‹ Œuvres de Louise Labé (volume 3)Chapitre 4 sur 33 · Appréciation parfaite, exprimée en fort bons termes · texte numérisé non relu

Appréciation parfaite, exprimée en fort bons termes

SUR LOUISE LABÉ

Si de mes bras le tenant embrassé, Comme du lierre est un arbre enlassé, La mort venoit de mon aise envieuse,

Lorsque plus fort il me rebaiseroit, Et mon esprit sur mes lèvres fuiroit; Qu'en cest estât, je mourrois bien heureuse^ !

ce Ces vers ne passeront pas auprès de ceux qui voudront les examiner sur un pied de morale et de religion. Pour en juger plus favorablement, on pourroit ne les regarder que comme des licences poétiques; mais il est sûr que Louise Labé en prenoit encore plus en conduite qu'en poésie. Ses élégies et ses autres pièces de vers ^ ne sont pas moins tendres que ses sonnets. On les peut lire dans la seconde partie de ses Œuvres, qu'elle fit imprimer in-octavo, à Lion, en i^^^^t i^^6. La première partie contient un discours en prose, intitulé Débat de Folie et d^Amour, ouvrage également recommandable par la nouveauté de l'invention, par la délicatesse des pensées et par la netteté du style. On ne sait en quelle année mourut Louise Labé. Les beaux esprits du temps n'ont pas manqué de consacrer sa mémoire par un grand nombre d'éloges en grec, en latin, en françois et en italien, dont on voit un recueil à la fin de ses œuvres.

« Jacques Peletier (du Mans) et Olivier de Magny, qui étoient amoureux d'elle, se sont distingués entre les

1. Il est curieux de comparer ce sonnet avec le XIII® de Louise Labé, page 121, et de constater combien il est défiguré ici.

2. Lesquelles? Colletet aurait-il eu connaissance de poésies aujourd'hui perdues ? Je ne le crois pas; mais c'est qu'il parle aussi étourdiment des œuvres de Louise que de leur auteur.

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ÉTUDE

autres. La Croix du Maine * et Antoine du Verdier font mention de Louise Labé dans leurs Bibliothèques.

«Guillaume Colletet. »

(Bibliothèque nationale. Manuscrits. Nouvelles acquisitions françaises 3073, foL 257-258).

Nous nous sommes contenté d'annoter en passant quelques-unes des assertions du vieux biographe. Nous allons, à notre tour, étudier avec plus de soin cette figure poétique si intéressante, et démontrer qu'on ne saurait voir chez Louise Labé ni la femme folle de son corps représentée par Colletet et ensuite par Bayle et La Monnoye, d'après François de Billon, Rubys, Calvin et du Verdier-, ni la vertu chaste et pure exaltée outre me-

1. La Croix du Maine ne fait guère que nommer Louise, qu'il qualifie de femme très-docte, composant fort bien en prose et en vers, et dont il cite l'anagramme : Belle à soy.

2. Consultez F. de Billon {Le Fort inexpugnable de l'honneur du sexe féminin, Paris, J. D'AlIyer, 155^, in-40, ff. 14 et 15). Il n'est pas d'ailleurs aussi explicite qu'il le paraît au premier abord, car il met les propos qu'il tient contre Louise dans la bouche de badauds, qu'il traite ensuite d'ivrognes et presque de calomniateurs. — Voyez aussi Bayle, en son Dictionnaire; La Monnoye, dans ses Notes sur Du Verdier; Rubys, dans les Privilèges^ Franchises et Immunités de la ville de Lyon (1574, in-fol.), et dans son Histoire véritable de la ville de Lyon (1604, in-foL); Calvin, dans le recueil de ses Opuscules (Genève, 1 566, in-fol.); Paradin, Mémoires de l'Histoire de Lyon (i 573, in-foL). Si les assertions de ces écrivains eussent été fondées, Louise aurait-elle osé écrire, dans le Débat de Folie et d'Amour: « On n'ust non plus parlé d'elle (de Didon) que de mile autres hôtesses, qui font plaisir aus passans »? (Page 17, lignes 12 et 13.)

SUR LOUISE LABÉ

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sure par Claude Paradin. Ce n'était pas une Marion de Lorme, dont les faveurs vénales appartenaient à qui voulait y mettre le prix. Ce n'était pas même, quoi qu'on en ait dit, une Ninon du XVI® siècle; car, si une fois ou deux peut-être elle se laissa subjuguer par l'amour, du moins elle ne se vendit jamais.

Elle serait mieux comparable à une autre Lyonnaise dont l'esprit et les charmes irrésistibles brillèrent, au commencement de ce siècle, du plus vif éclat. De même que la Belle Cordière, mariée à un époux bien plus âgé qu'elle, s'entourant d'artistes, de littérateurs, desavants, de grands personnages, elle n'accorda jamais un regard de ses beaux yeux, un battement de son cœur qu'à ceux qui possédaient en même temps les grâces de la personne et les séductions du talent. A quoi bon taire son nom? Chacun a reconnu l'amie de Châteaubriand, de Ballanche, de Benjamin Constant, du Prince Auguste de Prusse, la belle Juliette Récamier.

D'après un calcul fondé sur quatre vers delà élégie de Louise Labé, on a placé sa naissance vers 1^25. Elle serait même d'un an plus jeune si, comme elle le dit, elle n'avait que seize ans lorsqu'on la vit

... en armes fiere aller, Porter la lance et bois faire voler *,

c'est-à-dire paraître en Marphise et en Bradamante au siège de Perpignan, qui eut lieu en 1 542. Mais il est assez supposable que les dames du bon vieux temps,

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