‹ Œuvres de Louise Labé (volume 3)Chapitre 7 sur 33 · Paris, 1761, 4 vol. in · texte numérisé non relu

Paris, 1761, 4 vol. in

2. Consultez, sur Clémence de Bourges, la notice sur Louise Labé, en tête de Tédition de ses Œuvres^ Lyon, 1824, in -8^, et la note, p. 207 ci-après, sur la dédicace des œuvres de Louise.

SUR LOUISE LABÉ

Clémence et Louise si celle-ci n'eut été au-dessus de la médisance.

Le logis du maître cordier était également le rendezvous des poètes lyonnais : Maurice Sève, Charles Fontaine, Loys Meigrct, Du Moulin, Claude de Taillemont, Pontus de Tyard, qui s'y rencontraient avec les célèbres imprimeurs de la ville, hommes experts dans leur art et de grand savoir : Pierre de Tours, un voisin, logé vis-à-vis Notre-Dame de Confort; Jean de Tournes, qui imprima les vers de Louise; Pierre Woeïriot, l'artiste lorrain qui grava son portrait, et plusieurs autres. On y voyait les auteurs venus pour confier leurs productions aux célèbres presses lyonnaises, ou de passage à Lyon : Clément Marot, son ami Sainct-Gelays, Bonaventure Des Periers, Jacques Peletier (du Mans), François Rabelais, Guillaume Aubert (de Poitiers), l'un des éditeurs des Marguerites de la Marguerite des Princesses; enfin des étrangers dont Louise parlait la langue, tels que le Florentin Gabriel Symeoni, Alfonso del Bene, qui plus tard chanta Ronsard; Luigi Alamanni, qui demanda la main de Louise avant que Perrin l'eût obtenue S et dont un fils ou un parent figura plus tard parmi les témoins du testament de la poétesse. Pour les énumérer tous, il faudrait nommer cette foule de personnages notables qui fréquentaient la grande cité, littéraire alors autant que commerciale, immense entrepôt, attrayante station entre le nord et le midi de l'Europe.

A l'époque où Louise allait joindre à sa réputation

I. Voyez, aux Escriz de divers poètes, Des Louenges de Dame Louïze Labé, Lionnoize, 3^ strophe, p. 166.

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d'esprit et de beauté les gloires poétiques, elle avait environ trente ans. On peut se figurer une femme d'une taille avantageuse, dans tout l'épanouissement d'une beauté quelque peu virile, aux yeux vifs, au teint blanc et rosé, cheveux blonds, sourcils noirs, lèvres vermeilles légèrement sensuelles, sourire adorable et fin : on aura d'elle une idée que rend plus vivante encore le portrait authentique gravé en 1555 par Pierre Woëiriot, l'orfévre-ciseleur, portrait à peu près ignoré jusqu'ici, et dont on ne connaît qu'un seul exemplaire, déposé à la Bibliothèque nationale.

Sans être de ces beautés splendides dont l'éclat éclipse toutes les autres, elle était éminemment attrayante et irrésistible; elle savait retenir, par les charmes de sa conversation spirituelle, de son âme passionnée, ceux qu'avaient d'abord captivés les grâces élégantes de sa personne.

Le vieux et bon Perrin, qui fut toujours pour elle plutôt un père adoptif qu'un époux, ne semble jamais avoir entravé son goût pour ces fêtes de l'intelligence et de l'art. S'il n'y prenait pas une part très-active, absorbé qu'il était par les détails de son commerce, il se trouvait du moins flatté d'y voir briller une femme qu'il a toujours aimée, puisque, sans avoir eu d'enfants d'elle, il l'institua son héritière.

Il ne s'inquiéta nullement des brûlantes déclarations, des vers passionnés qui pleuvaient aux pieds de sa jeune femme, sachant fort bien ce que vaut cette monnaie poétique. Elle-même, sans y attacher d'autre importance, les accueillit avec plaisir et s'en fit honneur, puisqu'elle crut devoir en donner connaissance au public et

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à la postérité \ Dans ces dithyrambes enflammées qui chantaient ses tendresses, ses baisers, ses plus séduisants appas^ elle ne voyait et ne croyait pas qu'on pût voir autre chose que des ga)Uez et folastreries de poètes exaltant avec une menteuse emphase ces faveurs légères, ces caresses sans conséquence qu'autorisaient parfaitement, à cette époque, des coutumes très-libres en apparence, mais innocentes en réalité ^.

Sainte-Beuve a dit, en parlant des vers mêmes de Louise :

« Les mœurs de chaque siècle sont si à part et si sujettes à des mesures différentes qu'il serait, après tout , très-possible que Louise , en sa qualité de bel esprit, se fût permis, jusque dans le sein du mariage, ces chants d'ardeur et de regrets, comme une licence poétique, qui n'aurait pas trop tiré à conséquence dans la pratique. » Puis il observe à ce propos que la sœur du Roi, la grande, la vertueuse Marguerite, écrivait alors VHeptaméron, et que les plus honnêtes femmes le lisaient sans le moindre scrupule. Il ajoute, plus loin : « Les sonnets amoureux de Louise mirent en

î . Ces sortes de vers n'étaient, en effet, que des jeux d'esprit. L'amour offrait un prétexte à poésie; l'imagination seule y avait part, au temps de Louise Labé, comme au siècle de Pétrarque, ou au temps de la comtesse de la Suze et de M^^^ de Villedieu.

[Note de Charles Livet.)

2. La Belle Cordière semble avoir prévu les accusations qu'on devait porter contre elle, à propos des parties de plaisir les plus innocentes : « Et quand on aura bien couru, on trouvera que ce n'est rien, et que c'estoit pour aller en compagnie se promener sur l'eau ou en quelque jardin. » {Débat de Folie et

Amour j p. 78, 1, 12.)

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veine bien des beaux esprits, et ils commencèrent à lui parler en toutes langues de ses gracieusetés et de ses baisers, comme des gens qui avaient le droit d'exprimer un avis là-dessus. » — On sait pourtant ce que valent toutes ces métaphores, et l'un des plus folâtres poètes du temps, Jacques Tahureau, après avoir dépeint les plus secrets appas et décrit les plus ardentes caresses de VAdmirée, que chacun savait être une demoiselle de Gennes, dont la vertu n avait jamais été soupçonnée, fut contraint de chanter la palinodie, de désavouer toutes ses Mignardises et de confesser, pour l'honneur de sa dame, qu'il avait rêvé tout cela *.

On voudrait avoir la certitude qu'il en était ainsi de la poétesse lyonnaise; on voudrait que le talent restât le privilège exclusif de la vertu. Mais, en définitive, ce qui nous importe avant tout aujourd'hui, c'est son génie poétique. Ayons pour ses faiblesses l'indulgence qu'elle demandait aux dames de son pays :

Ne reprenez, Dames, si j'ay aymé! *

car c'est à l'amour que nous devons ces pages charmantes et légères; c'est la passion qui les a fait éclore ; c'est par l'attrait de la passion qu'elles vivent encore à présent.

Le Débat de Folie et d'Amour est, malgré quelques longueurs, un petit drame aussi bien conçu que

1. Voir, dans les Poésies de Tahureau (Paris, Jouaust, 1870, 2 vol. in-i2), t. II, p. 141, la pièce intitulée : Chanson à VAdmirèe.

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