‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 138 sur 180 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Je voulais seulement étaiblir que la peine de mort, dans un temps, fut en effet un sacrifice, un acta religieux , et , osons le dire puisque cela est ainsi , un autonia-^fé.

Suivons cette ligne d'idées, 3uivons-la en queU que sorte chronologiquement , toujours dans l'hypothèse secondaire où je viens de me placer, pcmr ne pas quitter M. de Maistre.

Les sacrifices humains et Fanthropophagie.

Les sacrifices d'animaux et le régime Carnivore.

Le blé a été le don de la prévoyance, et de plus la modification du régime Carnivore.

La modification du régime Carnivore pur a été un pas vers labolition de fanthropophagie.

Le régime herbivore pur n'a jamais existé pour f homme tel qu'il est aujourd'hui: c'est une erreur de croire que le monde actuel ait commencé parlà. Nous avons déjà parlé des fables de fâge d'or.

C'est une erreur encore de croire que les sacrifices sanglants ne sont venus qu'après les sacrifices non sanglants. Selon Macrobe, ce fut Hercule qui abolit en Italie les sacrifices humains» Les peupli^ de la péninsule italique auraient donc aussi com.*mencé par fanthropophagie, car ce genre de sacrifice en serait toujours la preuve.

Je n écris point une théosophie : sans cela j ai^rais à parler du sacrifice d'Abel et de celui de Qàiu ,

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comparés ensehible;] aurais à parler du sacrifice chrétien.

Je reste dans les considérations les plus générales, sans porter un œil téméraire sur nos propres traditions, siir nos dogmes : ce n est pas ici le lieu.

M. de Cesare, auteur d'un traité où il applique le système de Vico à la théorie du sacrifice, s*est trompé sur l'origine 4u sacrifice lui-même, et sur les idées qui y ont conduit. C'est M. de Maistre qui a raison. Lg sacrifice, très certainement, repose sur la pen- ^éejde l'expiationTeT^j n^ sur celïe Tte^ésent ër aux Dieux une nourriture semblable à celle des hommes. Ce qui Ta égaré c'est l'analogie que^nous venons de remarquer entre la nourriture de l'homme et la nïatière du sacrifice. Les Dieux , ou n'avaient pa^ besoin de nourriture, ou avaient le nectar et l'ambroisie. La Bible, sur ce sujet, explique parfaitement Homère.

Toutefois ne négligeons pas de remarquer que la pensée fondamentale de l'expiation a pu s'altérer et même se pervertir entièrement, et qu'il y a un état de barbarie qui n'est point un état primitif; mais au contraire un état de dégénération d'où il faut que les peuples se relèvent. Ainsi donc ce n'est point dans telle ou telle tradition locale; c'est seulement dans ce que chaque tradition a de commun avec toutes les autres , que se trouve la grande pen-

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sée de lexpiation. D est facile alors de comprendre pourquoi je ne puis m arrêter à présenter tant d appréciations diverses.

Toute Finduction que nous avons à tirer de cette digression, c'est, comme je viens de le dire, que la peine de mort, à un âge de tous les peuples anciens, fut un sacrifice : elle est une forme primitive, une expression générale du genre humain. Rien n était plus facile que labus ; aussi labus n a-t-il pas manqué. La victime innocente a été quelquefois immo- ^ lée comme victime innocente ; plus souvent, il faut le dire, le coupable; plus souvent encore le vaincu, quelquefois aussi le malheureux comme spécialement marqué du sceau du malheur, car sacré a voulu dire, dans ces mêmes langues, fatal, dévoué au malheur, prédestiné au mal. Des Dieux cruels voulurent qu'on leur immolât des naufragés; dans de grandes calamités ils voulurent être apaisés par des hécatombes humaines. Un certain nombre de victimes étaient réclamées par le ciel irrité ; on prenait d'abord des coupables, puis des innocents pour compléter le nombre exigé. Des guerres même défensives cohamencèrent par cette odieuse supplication. Des traités de paix furent cimentés par le sang. Mais je ne sais plus m'arrêter.

M. de Maistre menace des plus grands malheurs, d une dissolution complète la société qui abolira les

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supplices. Je ne sais s'il est permis de regretter f atrocité de la législation criminelle que Louiâ XVI , le premier, avait commencé à détruire. Les malheurs et les crimes de la révolution seraient-ils par hasard une punition de cette haute imprudence de Iiouis XVI? La société, pour employer une expression remarquable par son étrange énergie, par sa barbare originalité , et que lapôtré du passé pouvait seul trouver, la société serait-eHe devenue insohnàble à Tégard de la justice divine? Voilà, il faut l'avouer, une singulière explication de l'anarchie et des échafauds de 98 ; et sur-tout voilà qui me confond, et qui en confondrait de moins hardis, car cette législation criminelle, lorsqu'on en lit à présent les détails, nous fait frémir dans tout notre être. Cest un véritable chaos d'horreur, d^îneptie, de froide cruauté. Il fallait toutes les indolences dans lesquelles nous étions malheureusement bercés, pour que nous pussions ne pas y prendre garde au milieu même du progrès de toutes les idées de justice et d'humanité. Pour le dire en passant, et pour rendre justice à qui elle est due , c'est Voltaire sur-tout qui , par ses cris puissants , ses cris de tous les jours d'une si longue et si éclatante vie, appelait notre attention , contraignait notre pensée pusillanime à s'arrêter sur ce triste objet de notre indifférence et de nos trop longs dédains. Ce rire sardo-

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