TOME III
çon aux avantages de la nationalité qui jusqu alors avait dominé, le peuple, sans garantie, sans force organisée, avait pris son appui où il lavait trouvé. L'abjuration d'Henri IV a donc profité plus qu'on ne croit à la seconde nationalité, celle qui un jour devait entraîner l'autre par le nombre, par les lumières, effet du mouvement progressif. Qu'Henri IV eût persisté dans le protestantisme, involontairement et malgré lui , il aurait armé de puissantes réactions , encouragé des prétentions exclusives qu'il n'aurait pu diriger. Il dut donc se faire catholique pour se mettre en sympathie avec la France catholique. Si je parle ici du choix d'une religion , comme du choix d'un moyen ou d'un système de gouvernement, il ne faut point le prendre en mauvaise part. Je suis loin d'avoir l'intetition de contester en aucune manière la croyance d'Henri IV, comme je ne voudrais pas que le lecteur eût la pensée de contester mes propres convictions. Le sanctuaire de la conscience doit être respecté dans tous. Je remarque seulement que des situations sociales agissent sur les esprits qui y sont soumis, sans vouloir prétendre pour cela qu'elles les déterminent. Henri IV aurait pu sans doute rester fidèle au protestantisme, comme Jacques II resta fidèle à la religion catholique; et je n'ai pas besoin d'un grand effort pour supposer dans l'un
toute la magnanimité qui eût pu le porter à affronter une lutte même inégale contre la force apparente des choses , comme il m'est démontré que l'autre espéra toujours obtenir, par des voies détournées, le triomphe définitif de sa propre croyance. Cette considération est bien de quelque poids pour apprécier la conduite d'Henri IV.
Quoi qu'il en soit, il lui fut impossible de rendre complètement le calme à cette puissance générale, dont toute sa loyauté ne sut jamais vaincre les ombrageuses méfiances. Sa position fut donc faussé, et à Végard de ses anciens co-religionnaires, qui se croyaient trahis, et à l'égard des catholiques dont il devait méconnaître les exigences passionnées. On pense à présent qu'il ne rétablit les jésuites que par terreur, et les jésuites étaient la tête même de cette puissance générale dont nous avons parlé. Mais rien ne réussit à apaiser de pareilles méfiances ; et tôt ou tard le principequi avait conditiotmellement triomphé par l'abjuration d'Henri IV devait se venger de ne plus régner d'une manière absolue.
La théocratie ^ lorsqu'elle parvient à figer la société, ne saurait, malgré son principe, la garantir de l'athéisme et du matérialisme, car la foi^ réduite à des pratiques, n'est plus une foi vivante. La Pro-
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vidence a d autres moyens pour concilier le principe progressif avec le principe conservateur, la loi générale, qui gouverne toutes les intelligences dans un but commun, avec la loi morale qui donne à chaque individu la faculté de mériter ou de démériter. Les prétentions théocratiques ont toujours été combattues par les prétentions du pouvoir militaire, dans-un temps; du pouvoir civil ou du pouvoir judiciaire, dans un autre temps. Les nationalités ont réagi contre les universalités. Que le pouvoir civil , ou , si Ion veut , le pouvoir temporel soit représenté par un prince , ou par un corps collectif, c est la même chose. Si Grégoire Vil eût pu réaliser ses grands desseins , l'Europe serait devenue l'Orient. Les princes contemporains résistèrent, et durent résister. Cette lutte , voulue par la Providence , aide prodigieusement aux progrès de l'esprit humain. C'est par elle que s'est développée cette plante plébéienne dont la Palingénésie sociale nous montrera toute la vigueur. Nous verrons comment le grain de sénevé est devenu un arbre immense qui couvre le monde.
^ Ceci ne doit pas empêcher d'exprimer le sentiment de la reconnaissance que l'on doit au pontife théocrate dont l'ascendant délivra les peuples de la force sous laquelle ils étaient près de plier.
Je n'examinerai point si l'autorité <^ deux puis-
sances existait, ou pouvait exister avant le christianisme , je veux faire une seule remarque. Le mot autorité temporelle est, à mon avis, une locution qui a été une source d'erreurs. L'autorité temporelle elle-même est une intelligence; c'est là qu'est placée l'union hypostatique, et non comme l'a placée Bellarmin. Ne dirait-on pas que, à part l'autorité spirituelle , la société soit un être brutal ? Il n'en est point ainsi. L'autorité temporelle gouverne ce monde, mais ce monde composé d êtres intelligents qui se manifestent par des organes; l'autorité spirituelle nous prépare au monde futur, et ne considère celui-ci que comme une épreuve. Il est certain que si l'autorité temporelle était telle qu'elle est définie par certains théologiens ou par une philosophie sensualiste, il fendrait bien admettre l'ultramontanisme, puisque seul il spiritualiserait la société. Mais , il faut en être bien convaincu , la puissance temporelle^ quelles que soient ses limites, est* éminemment gouvernée par l'intelligence. L'homme^ n'accomplit pas toutes ses destinées dans ce monde : la religion entre dès cette vie dans les voies préparatoires de l'autre monde. Elle saisit dans l'homme ce qui de sa sphère d'activité actuelle appartient à sa future sphère d'activité. Notre vie mortelle est un moyen , et non une fin. La société aussi est un moyen , et non une fin.
Les masses actuelles de TEspagne, longuement façonnées par le sombre génie de Philippe II , et par les redoutables maximes d un tribunal inflexible, sont restées étrangères aux mouvements des idées qui ont entraîné les autres civilisations de TEurope. L'Espagne n'a pu conserver Tunité générale , identifiée avec Funité individuelle , qu*à un prix bien plus douloureux encore que celui dont l'Angleterre a payé la conquête du sentiment contraire ; elle a eu pour surcroît l'abrutissement, la pauvreté, la barbarie, la dépopulation. Elle a échangé contre les progrès intellectuels et industriels la déplorable apathie qui convertit un sol si riche en solitudes ou en terres de mainmorte. Dieu me préserve d'accuser l'Espagne , car même avec de telles conditions , elle nourrit des sentiments nobles et généreux qui tôt ou tard produiront l'émancipation! L'énergie vitale y lutte vigoureusement contre la décadence. Elle qui a sacrifié son individualité à l'ascendant d'un sentiment général finira par entrer dans un autre sentiment général, qui la presse de tous côtés, et qui lui permettra de conserver son individualité. Je suis convaincu , au reste , que l'Espagne de ce moment a une grande analogie avec la France, sous la Ligue. En effet, s'il ne s'était pas trouvé un
héros pour vaincre la Ligue, si les Guise eussent fondé une dynastie , nous aurions été placés dans la même situation que l'Espagne ; nous aurions eu la terrible monarchie de Philippe II ; nous aurions eu., avec Finquisition , cette lamentable fixité des mœurs farouches ; et sans doute qu'à présent nous en serions peut-être aussi à secouer péniblement un linceul de plomb et de mort. Dieu voulait autre chose de la France et du monde par la France , gardien ne des destinées progressives du genre humain.
Les sacerdoces de l'antiquité avaient la direction du monde social tout entier; ils avaient la science, la police , l'administration politique ; et ce fut l'âge primitif de la théocratie. Et encore ne parlé-je point ici de cette théocratie tout-à-fait primitive , qui s'enfonce dans la nuit des temps cosmogoniques, désignés, chez plusieurs peuples de la gentilité, par le nom d'âges divins. On pourrait considérer, dans l'histoire du genre humain, la constitution romaine, telle du moins que nous la concevons, comme une espèce de transition de la théocratie aux gouvernements que , pour faire abstraction de toutes les diverses formes sociales, nous devrions dire anthropocratiques. En Egypte, des dynasties de rois hommesavaient succédé à des dynasties de rois dieux.
Lorsque les sacerdoces chrétiens ont voulu s'investir de la prérogative qui ne fut point disputée aux sacerdoces de l'antiquité, ils l'ont usui'pée; elle ne leur appartient point par la nature de leur institution. Le sacerdoce catholique, en dernier lieu, a accepté là solidarité de tous les autres sacerdoces anciens. Je ne crois pas qu'une telle profession de foi ait jamais eu lieu ailleurs qu'en France. Quelle suite d'erreurs il a fallu traverser pour arriver à cette dernière erreur, la plus grande de toutes ! Logique violente et aveugle , qui a produit l'impie loi du sacrilège.
Au reste , ceux qui ont un sentiment vif de l'époque actuelle, comprennent bien que le monde social est en travail d'une nouvelle unité catholique. Plus tard, cherchant à m'associer aux esprits religieux de mon temps , j'essaierai de signaler, autant qu'il sera en moi, les caractères de cette tendance, qui est dans les communions romaines aussi bien que dans les communions dissidentes. Mais cette immense révolution, qui atteindra certainement l'Orient, ne sera point, comme le croyait M. de Maistre, au profit de la théocratie.
Je ne vous dirai pas d'arranger, par la pensée , le monde à votre gré ; il est trop certain que le mopde
ne pourrait pas être ari^angé d après les données dé chaque intelligenciev de chaque être moral et libre; quoique encore il ne puisse êt!*e question que d'uiié théorie purement spëculiative. Les pliis grands gé-^ nies, les plus vastes têtes iie'suffiràierit point poui* concevoir une telle création, toute vaine qu elle serait. Ainsi, abolissons, parla pensée, toute notion d'un plan général, nécessaire: laissons-le à la souveraine intelligence qui seule pouvait le concevoir, parceque seule elle pouvait l'exécuter; même dans la sphère spéculative où nous nous sommes placés, tenons-nous-en à celui qu elle a cru devoir réaliser, et que nous ne pouvons juger. Réduisons-nous à composer, autant que cela est possible, par Fimagination, une seule destinée, celle d'un homme doué d'éminentes facultés. Pour être plus libres dans l'hypothèse que nous formons, pour ne pas être gênés par un sentiment personnel quelconque, que cet homme ne tienne à nous par aucune espèce de lien. Ne songez ni aux temps, ni aux lieux, ni aux institutions, ni aux croyances. Donné-je assez carrière à votre liberté d'inventer et de combiner? Eh bien , lorsque vous aurez fait tous vos efforts pour composer une seule destinée telle que vous voudriez quelle fût, je ne dis pas dans tous ses détails , mais dans son ensemble ; vous serez étonné de sentir qu'une telle exception serait impossible pro-
videntiellement parlant. Une seule destinée complète, harmonieuse, telle que vous la rêveriez, serait en dehors de Tordre général , serait contraire aux vues, quelles quelles soient, de la création, vues que nous ne faisons que pressentir, et qu'il serait trop téméraire de vouloir scruter. Songez encore que dans ce problème que je vous propose, il ne peut pas être question d'une vie heureuse. Il s agit du sentiment moral, du développement des facultés intellectuelles; il ne s agit point du bonheur.
Je n ai pas besoin de dire que nul ne peut êti^e isolé , ne péîit sëpàferSa dSSnéeHe^cê^ des autres. Nous aurions beau mettre les autres destinées dans la dépendauce de celle de notre choix , nous n'y parviendrions jamais, dans le monde tel qu'il est. Ainsi donc voilà ce qui rend impossible le danger que nous serablions craindre comme un résultat de l'état actuel des choses , le danger de voir la société se résoudre en individualités ; car il est trop évident qu'aucune destinée ne sera jamais séparée des influences dont elle se compose et des influences qu'ellemême exerce à son tour. Nous sommes donc conduits à affirmer que la solidarité peut s'affaiblir sans détruire le lien de la société , le lien du genre humain ; puisqu'il subsiste toujours la dépendance des destinées les unes à 1 égard des autres, et de toutes
à regard de Tordre général , dans le passé et dans 1 avenir. La solidarité ne sera plus exprimée dans les lois sociales; elle subsistera dans lés lois providentielles. Que sais-je? Il est peut-être dans les desseins^ de la miséricorde divine que dès à présent la contagion diminue pour le mal , sans diminuer pour le bien. Ne serait-ce point là le fruit de la transformation de la solidarité en charité? Cette transformation seule serait donc exprimée dans les lois sociales futures.
La Ville des Expiations nous révélera les merveilles de cette transformation.
Quant à présent, qu'il me soit permis d'ajouter encore quelques mots.
Deux systèmes d'idées partagent le monde. L'un , c'est la nécessité, l'imployable nécessité qui régit tous les êtres; Tau tre, c'est la liberté accordée aux êtres moraux et intelligents. Si le premier système est vrai, le mal qui existe, et que nous voyons, est une image du mal éternel. Si le second système est vrai, toute créature intelligente et morale, en se perfectionnant , comme elle en a reçu incontestablement la faculté, parviendra tôt bu tard à un état définitif qui sera bon.
Laissez-moi lire ce dernier système dans la loi chrétienne.
Je n'y mettrai qu'une restriction , et la voici ; elle
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$éra encoire modifiée par la suite: si la liberté morale était sans limite, la Providence serait obligée à chatpie instant de refaire le plaa de la criéation , et de le refaire pour chaque être intelligent , ce qui implique impossibilité et contradiction.
On demande quelquefois : « A quoi suis-je bon? Que fais-je dans cette vie? » La réponse est facile. Vous êtes bon à vous préparer une destinée immor- . telle ; vous faites dans la vie ce qu'il faut que vous y fessiez. Vous accomplissez une mission que j'ignore, mais certaine, vous êtes placé par la Providence à un poste que vous devez garder. Avant vous le moude^ allait, après vous il ira encore pour des créatures intelligentes et morales comme vous. Demander pourquoi vous êtes, et à quoi vous êtes bon, c'est demander pourquoi Dieu a créé toutes choses. Ah ! j'ai bien une autre pensée. Toutes choses sont faites pour chaque homme; tous les hommes aussi sont faits pour chaque homme, et chaque homme est fait pour tous. Cela ne vous suffit point. Écoutezmoi , ne vous consumez pas en efforts superflus , abstenez-vous de faire ce que vous ne savez pas faire, et ne faites que ce qui vous a été donné de pouvoir faire, car c'est ainsi que vous contribuerez au bien de tous, car c'est ainsi que vous ferez votre propre
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bien. Ainsi donc faites des souliers si vous êtes cordonnier. Faites des livres si Dieu vous a départi le talent d'écrire. G)mmandez si vous êtes maître. Obéissez si vous êtes serviteur. Soyez roi, poëte, législateur, ouvrier, laboureur. Ne faites rien si vous n'avez rien à faire : toutefois ne soyez point oisif. Vous le voyez, je ne suis pas exigeant. Mais, quoi que vous fassiez, obéissez à la loi du devoir, car il y a des devoirs pour tous; suivez la loi morale telle qu'elle vous est connue, car la loi morale est pour tous. Perfectionnez autant que vous le pourrez votre être, puisque plus tôt vous arriverez à la perfection qui vous est accessible, plus tôt vous arriverez à l'état définitif qui vous est destiné.
Le phénomène miraculeux de la vision • donne une idée bien imparfaite, il est vrai, mais enfin donne une idée de la toute vue de Dieu sur l'ensemble des choses. Notre œil embrasse un horizon immense, et Dieu voit l'universalité des choses dans le passé, dans le présent, dans l'avenir; ou plutôt il n'y a pour lui qu'un présent sans fin. Le temps n'existe que pour l'homme de ce monde, c'est-àdire l'homme apparaissant dans ce monde pour y subir le genre d'épreuves qu'il doit y subir.
Ce qui aide à concevoir un peu la prescience de Dieu , c'est que les effets sont tous renfermés dans les causes, quoique tous ne se réalisent pas, et que
le* effets à leur tour deviennent causes, lorsqu'ils sdnt réalisés et développés.
La lumière de Sirius traverse un espace dont le calcul effraie Fimagination , et finit par arriver certainement dans Toeil imperceptible du plus imperceptible des insectes. Quel est le rapport entre la masse prodigieuse de Sirius et cet insecte? Et rhomme, qu est-il?
J'ai cherché à expliquer ailleurs Taccord de la Providence de Dieu régnant par le moyen d'une loi étemelle avec la liberté humaine.
Je ne yeux ici qu'entrevoir des détails.
Dieu a prévu toutes les contingences auxquelles pourraient donner lieu les pensées successives d'un être libre, intelligent et moral.
Deux éléments fort différents l'un de l'autre compliquent l'explication même hypothétique des contingences: i° la liberté de l'homme toujours circonscrite par la nécessité d'une loi générale ; 2® la chose qui n'a pas de nom et que j'oserais appeler le hasard providentiel , c'est-à-dire ce qui , à cause de notre intelligence bornée , ressemble au hasard , mais qui est régi par une sorte de statique comme le balancement et l'équilibre des fluides. Ce qu'il y a de fortuit, d'impossible à prévoir dans la cause
ou dans Foccasion des déterminations les plus libres et les plus spontanées deThomme, doit entrer en ligne de compte. Le hasard providentiel , nom que j'emploie à regret , pourra-t-il être comparé en effet au fluide inconnu , à l'élément réel ou imaginait^ dans lequel roulent si facilement et si invariablement les mondes ?
Un graiti de blé contient en lui tout ce qu'il faut pour produire autant de grains de blé qu'il y en a dans le monde, qu'il y en a eu , qu'il y en aura jamais. Tous les grains de blé qui ont été produits depuis l'origine des choses ont chacun contenu la même faculté; et tous ceux qui seront produits dans la suite des temps la contiendront également aussi vaste, aussi indéfinie. Il n'a manqué à chacun des grains de blé perdus que l'occasion des développements. Et combien de germes perdus! Mais cela ne coûtait rien à Dieu , qui avait multiplié les ger^ mes sans mesure , et qui avait limité le nombre des occasions de développement. Il en est de même relativement aux contingences. Ainsi donc des millions de myriades de millions de contingences dont une seule se réalisera ; car, pour suivre la comparaison, il est évident qu'un seul graiii de blé non réalisé détruit une infinité de réalisations possibles qui n'auront pas lieu. Et cette Contingence, la seule réalisée parmi des millions de contingences
prévues, modifiera à son tour des contingences prochaines ou éloignées, qui exerceront chacune diverses influences sur d'autres millions de contingences. Tout cela, encore une fois, ne coûte rien à la prescience de Dieu, comuie la multiplication des germes à l'infini ne coûta rien à sa puissance. S'il a voulu assurer la perpétuité de la création , if a voulu aussi, en créant Thomme, que l'homme fût un être moral, et par conséquent un être libre. Cette comparaison que je me suis permise nous conduirait à bien d'autres réflexions, si nous voulions nous y livrer. Dieu a multiplié les germes comme il a multiplié les mondes ; car nous sommes toujours entre deux infinis. Mais est-il certain que les germes perdus en apparence le soieût en réahta? Y a-t-il dans l'ouvrage du Créateur aucune force, aucune faculté qui s'anéantisse? et ensuite la vie d*une intelligence commence-t-elle et finit-elle dans le temps, comme la vie d'une plante? Une ame habite-t-elle un lieu, existe-t-elle dans un temps? La faculté végétative qui repose dans ce germe , et que vous croyez détruite, ne subsiste-t-elle pas toujours comme la force tangentielle d'une planète reculée dans les profondeurs de l'espace? et toute ame humaine, émanée de Dieu , n'existe-t-elle pas indépendamment du corps qu'elle semble habiter? Ne fautil pas alors que toute réalisation soit consommée?
Le monde tel qu'il est, tel que rhomme Ta fait; la déchéance, preuve de la liberté humaine ; la réhabilitation, preuve à-la-fois de la bonté divine et de la liberté humaine; le plan primitif et éternel de la création, altéré en apparence, resté intact en réalité; laccomplissement des destinées générales de l'univers lié à l'accomplissement des destinées de l'homme dans le temps , et hors du temps : c'est la contemplation de ces mystères qui a produit la Théodicée de Leibnitz.
he système des contingences offre, il est vrai , un plus grand nombre de combinaisons à prévoir que n'en offre celui de l'harmonie préétablie, quoique celui-ci en contienne déjà assez pour effrayer l'imagination ; mais quand on est sur la route de l'infini, il est permis de ne pas s'arrêter. D'ailleurs il s'agit ici de Dieu, et l'on ne risque jamais d'aller trop loin. N'est-ce pas lui qui a mis dans un seul végétal la puissance d'être de l'espèce tout entière? n'est-ce pas lui qui a semé les mondes dans l'espace comme il aurait semé une vile poussière?
Sans vouloir donner à mon système l'appui d'une autorité sacrée, qu'il me soit permis néanmoins de dire qu'il y a dans nos livres saints des expressions et des faits qui pourraient être invoqués en témoignage.
Toujours est-il qu'on ne peut s'abstenir de con-