‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 178 sur 180 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

dure la liberté de rhomme et le respect de Dieu pour la liberté de l'être moral.

Solidarité et charité, telle est toute la destinée humaine dans le monde actuel.

Le grrand problème de la liberté amène naturellement la question des jésuites, question qu il faut aborder, je ne dirai pas avec impartialité, mais en la transportant tout-à-fait dans la région des principes les plus généraux, les plus indépendants de toute discussion passionnée. Toutefois un sujet si mêlé de considérations générales ne peut être traité, dvec rétendue qu il mérite , dans les bornes étroites d'une simple note. Je devrai donc me contenter de le signaler à la méditation sous le rapport qui laisse le moins de prise possible à l'esprit de parti.

Je me garderais bien de relever ces accusations de principes relâchés qui sont attribués aux jésuites : ces maximes d'accommodement avec les passions et les vices ,ces formules évasives ou de restrictions, vous pouvez les flétrir du nom de condescendances coupables; mais, au défaut de leloquente ironie de Pascal , n avez-vous pas le sentiment moral pour les combattre et les vaincre à coup sûr? Je ne pourrais pas non plus relever sérieusement les accusations de régicide, s'il n'était pas nécessaire

d arrêter, malgré soi , ses regards sur un passé dont tous les partis cherchent^ à s'emparer. Vous savez bien que, dans les jours des fureurs de la liigue, les jésuites n'ont pas été seuls à tenir des discours empreints de violence ; vous savez bien que des docteurs de Sorbonne, que des moines de tous les ordres, que des prêtres séculiers, que des corporations laïques, n'hésitaient pas sur les dernières conséquences de leurs opinions; vous savez bien qu'ils étaient tous , en cela, l'expression trop juste et trop fidèle des terribles sentiments d'une multitude égarée par le fanatisme, et le fanatisme le plus farouche était l'esprit public du temps; vous savez bien qu'Henri IV excitait une aversion unanime dans ceux pour qui se laisser gouverner par un prince hérétique était une apostasie. Voudriez^ vous que la conscience des jésuites ne fiât pas plongée dans la piscine commune où se trempent toutes les âmes d'une même époque? Au contraire, le reproche le plus fondé que l'on- puisse faire à leur institut, c'est de ne s'être jamais élevé au-dessus de son siècle; par la même raison, lorsque le temps a marché , il est resté immobile, et ensuite il s'est trouvé complètement en arrière du temps. Il na jamais eu de doctrine; par conséquent il n'a jamais dominé les lieux, les temps, les hommes et les choses. DegÉésuites n'ont pas reculé devant la pen-

•ée du régicide, lorsque le régicide était une pensée devant laquelle les esprits ne reculaient pas. La résistance à cette déplorable rigueur d'un principe admis par le plus grand nombre, cette résistance était une exception dans laquelle ils n avaient pu se placer. Heureusement qu'à présent nul ne songerait à justifier le meurtre et Tassassinat. Je ne nie point que dés passions furieuses ne puissent armer encore quelques bras ; mais il faut la solitude et Tisolement à des âmes telles que Louvel. Ce n est plus au sein des foules exaspérées qu'ils peuvent nourrir leurs funestes pensées. Ainsi toutes les raisons qu'on a données pour repousser les jésuites sont mauvaises. Sortons une fois enfin de la triste polémique des récriminations, et allons droit à la véritable raison, celle qui interdit le privilège d'une tolérance spéciale et exclusive. Les jésuites doivent entrer dans le droit commun , dans la liberté garantie la même à tous par la Charte : rien de plus, rien de moins.

Il s'agit donc de savoir si vous voudriez confier l'éducation publique à des hommes réunis par un lien qui vous serait étranger, à livrer ainsi l'avenir de la société à des influences mystérieuses dont vouf ne pouvez prévoir tous les résultats. Des hommes qui auraient un pacte dont vous ignoreriez les conditions , voudriez-vous leur laiagfe; falsifier à

leur gré renseignement, fausser les doctrines, reconstruire les hierarchies.de rangs, fonder frauduleusement tout un ordre de choses contraire à votre ordre légal, fortifier l'autorité aux dépens du sens intime? Sans doute il doit être permis à M. de Maistre de mettre toutes les couronnes dans la dépendance de la thiare; sans doute on doit laisser à M. de La Mennais, et à ses disciples, la faculté de publier^ dans le Mémorial, tout ce qu'ils croient bon et utile. Je vais plus loin ; sous un régime de liberté, non seulement il est permis, il est même ordonné d'énoncer son opinion. C'est un devoir analogue à celui de l'électeur exerçant la portion de souveraineté que lui délègue la loi. Mais lorsque un institut quelconque, secret ou public , philosophique ou religieux, tend à s'emparer de toutes les positions; lorsqu'il tient sous sa dépendance, dans une sorte de tutéle, vos femmes, vos enfants, vos serviteurs, les ouvriers que vous employez; si, par son ascendant ou ses fascinations, il dispose des grâces et des emplois; s'il occupe les plus secrètes avenues du pouvoir; s'il est parvenu à captiver la pensée du pouvoir lui-même; enfin s'il enveloppe d'un réseau les intérêts domestiques, aussi bien que les intérêts publics, et qu'encore le pays ne soit qu'une province d'un autre empire, dont la doifbination embrasse^ le monde; alors, je

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]e demande, peut -il être question d'une liberté spéculative? Tant que la guerre nest que dans les ' esprits, feites la guerre des intelligences; opposez système à système; mais lorsqu'une doctrine s'incarne à la puissance publique, le temps de la simple et libre discussion est passé. Il faut que la volonté publique réagisse par des actes.

Toutes les institutions qui embrasant un système général, indépendant de tout esprit patriotique, et qui s'étend sur le monde civilisé tout entier, ces institutions, par le génie qui vit en elles, sont naturellement en opposition avec cet esprit patriotique. Une nationalité s'alarme de la domination qui peut peser sur elle, même pour son amélioration. Par conséquent ces institutions générales excitent l'inquiétude des gouvernements et des peuples. Voilà ce qui explique l'abolition des instituts de Pythagore dans la grande Grèce, celle des Templiers, celleenfin des jésuites. Toutes les fois qu'une institution mai> che à l'envabissement de la société , ou plutôt indique le but de la faire disparaître dans une sorte de panthéisme religieux et politique, la société, menacée de perdre son individualité , quelle que soit la nature des pouvoirs qui la dirigent , veut à toute force conserver cette individualité, la raison qui ÉBiit qu'elle est telle société et non telle autre. La loi des êtres est de voulojr être. Les moyens qu'emploie

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la société menacée dans son existence intime, dans ïexercice de ses facultés individuelles, sont ou des coups detat, ou Tusage de formes légales, ou l'emploi d'une violence plus ou moins tempérée par les mœurs, selon les temps et les lieux; moyens le plus souvent condamnables, parceque de tels actes, imposés par la nécessité du moment , toujours spontanés et subits, ne peuvent jamais être réglés par la sagesse, par la prudence, par la modération. Je^ ne justifie aucune violence; je l'explique. Et en effet, dans le dernier siècle, l'expulsion des jésuites fut quelquefois environnée de rigueurs bien odieuses. Si le mal était nettement aperçu lorsqu'il commence, il pourrait facilement être réprimé; et, avant de blâmer le dernier acte, il faudrait peutêtre blâmer l'imprévoyance qui a laissé aller les choses.

Théopompe attribue à Pj^thagore un but politique, et prétend que cet illustre philosophe voulut s'emparer de la puissance suprême. Il est certain seulement qu'il voulait réformer tonte société.

Sans doute, les pythagoriciens se mêlaient de la chose politique y car ils savaient bien qu'il ne suffit pas d'améliorer Thcmime moral , mais qu'il faut perfectionner l'homme collectif; qu'il faut par conséquent s'occuper de la constitution sociale. Le christianisme, en s identifiant avec la nature hu-

maine elle-même, a pu seul se déclarer désintéressé dans les questions qui tenaient aux formes diverses de la société. Il savait bien d ailleurs que . toutes ces formes sont initiatives. Plusieui^ législateurs sortis des écoles de Pythagore, et plusieurs pythagoriciens ont gouverné. Et de plus il est certain que les guerres contre la ligue de Sybaris furent suscitées par les pythagoriciens. Quoi qu'il en soit, ils furent exterminés, non comme philosophes, mais comme ayant voulu s'emparer du pouvoir.

Les jésuites ont réellement gouverné. Ils ont régné au Paraguay; ils ont voulu même se maintenir v^ par les armes.

Mais la grande différence qu'il y a entre les pythagoriciens et les jésuites, c'est que les premiers étaient à la tête de toute la science de leur temps, qu'ils avaient pénétré dans tous les sanctuaires, qu'ils avaient une doctrine, et que les jésuites sont sans corps de science, sans doctrine. Je dis qu'ils sont sans doctrine, parceque leur pensée profonde est un système, et non une doctrine; ils professent l'obéissance passive , qui est l'abolition de l'homme. Les pythagoriciens avaient la prétention de gouverner les esprits en les dominant par l'ascendant de la philosophie ; les jésuites veulent les gouverner en enchaînant leur liberté, en les dépouillant de la volonté.

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Le christianisme est aussi la tendance générale qui ne tient pas compte des nationalités; mais, comme nous venons de le remarquer, il opérait la réforme de rhumanité, en s'identifiant avec elle; il ne voulut ébranler aucune institution établie. Toutefois cette tendance générale suscita contre lui les épouvantables proscriptions que nous savons.

Une société secrète qui s appuie sur le passé, et non sur lavenir d'un peuple ou du genre humain , est une société essentiellement mauvaise.

Des philosopbies plus ou moins puissantes ont eu pour objet de rétablir F unité du genre humain en le perfectionnant; les jésuites ont voulu cette unité en paralysant ses forces, en essayant de le retenir dans le statu quo, v

Si les jésuites se fussent alliés aux idées de progrès, il serait tout simple que les peuples leur eussent accordé leur confiance : encore eût-il mieux valu que le gouvernement eût voulu accomplir luimême un devoir, le plus élevé de tous, car nous ne sommes pas sur la terre pour être gouvernés, mais pour nous perfectionner.

Je considère les jésuites comme un instrument irrationnel, puisqu'ils nont ni traditions ni corps de docti'ine: cet instrument formerait de nous des automates chinois. X

Mesurez par la pensée la différence de cet in-

strument, en quelque sorte aveugfle , s appliquant à une société encore dans ses rudiments, et ce même instrument appliqué à une société dans le mouvement évolutif du progrès.

Remontons au berceau de cette puissante association.

Les jésuites ont été établis pour arrêter les progrès du protestantisme, et non pour vaincre Imcrédulité ; pour fixer la foi, et non pour la développer. Ils deviennent sans objet, dès qu'ils ne peuvent plus lutter utilement contre le protestantisme; peut-être même serait-il permis de penser qu une modification dans la discipline , dans les choses extérieures au dogme, eût mieux réussi: le protestantisme a usé d'une voie insurrectionnelle , et l'autorité légi* time l'aurait absorbé, si elle eût senti le besoin de se réformer elle-même. Quoi qu'il en soit , Ganganelli abolissant l'ordre des jésuites est un général qui licencie son armée lorsque la guerre est finie. L'Europe avait constitué son état politique en fixant les limites respectives du catholicisme et du protestantisme.

Les nouveaux jésuites auraient dû s'enquérir de la différence des époques , et apprendre que s'ils pouvaient avoir une mission, il Mlait que cette mission fût entièrement nouvelle. Il fallait donc que, comme M. de Maistre et M. de la Mennais,

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ils se missent au niveau du temps, et qu'ils ne crai- {puissent pas d'entrer dans la belle discussion pour laquelle il me semble que le monde est mûr. Miiis ils ne peuventcroire à une ère nouvelle, sans cesser d'être ce qu'ils sont; pour eux, consentir à discuter, c'est abdiquer.

Est-il bien étonnant qu'il y ait une église gallicane? La foi n a-t-elle pas été prêchée dans les Gaules dès les premiers temps? L'église gallicane a eu ses apôtres, ses docteurs, ses martyrs, sa forme d'enseignement, ses moyens de perpétuer la doctrine des pères aux enfants; nous allons plus loin, et nous disons encore l'église de Lyon , pour conserver la mémoire de ceuxqui , les premiers, ont scellé de leur sang la foi dans cctt^gartie des Gaules. Dès l'origine on désignait par tos noms particuliers des églises qui déjà avaient leur vie propre. Voulezvous e£BBicer tous les souvenirs individuels qui sont une partie si considérable de l'existence? Ce qui constitue la noblesse, comme il est dit dans les historiens anciens, c'est la faculté de nommer ses pères. L'église gallicane peut nommer ses pères dans la foi. On ne se contente pas d'être dans le présent, on veut avoir été dans le passé; on veut s'assurer d'être dans l'avenir. Le christianisme n'exige pas

quon se dépouille de son individualité; c'est une loi d émancipation. Dites un do{][me qui soit contesté par Féfjlise gallicane, ou qui soit expliqué autrement qu'il ne Test par l'église universelle. Il est donc évident que la question porte, au fond, sur une direction politique. On veut régner en vertu des pouvoirs donnés par celui qui déclara que son royaume n'était pas de ce monde. Et toutefois tous ces débats entre l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle ont eu leur grande utilité; il est évident que la j>ensée de Grégoire VII fut elle-même une pensée protectrice, à l'époque où elle surgit pour contenir une multitude de pouvoirs divers, tous oppresseurs. Le besoin d'unité alors luttait contre une anarchie puissante.

Le malheur de notre temps a voulu que le clergé, datord persécuté, puis resté sans appui, dans une société où tout avait été Bouleversé , ait pris pour lui le cosmopolitisme qui efface la nationalité. Il faut bien ne pas oublier aussi cette sorte d'oppression où jusque-là il avait été tenu par les parlements ; et les parlements furent à son égard de rudes tuteurs. Il n'est pas gallican ; il se rattache à l'universel, il se détache du particulier. Le gouvernement aurait dû intervenir dans la situation tout entière, puisqu'il la reconnaissait, et qu'il ne se contentait pas de légaliser la liberté de conscience ;

s'il voulait un établissement relifjieux, il devait le fonder en môme temps qu'il fondait Tordre social. Les récentes expériences de l'empire lui avaient assez appris ce qui était à éviter, ce qu'il était possible de faire. Le gouvernement a donc eu un tort immense, celui de ne pas définir ce qu'il entendait par religion de l'état. L'existence gallicane n'empêche point de faire partie de l'existence universelle. Être Français n'est point incompatible avec être homme; être tel homme se concilie avec être homme. Ce qu'on a appelé chez nous les libertés de l'église V gallicane est une locution qui exprime le sentiment du libre arbitre appliqué au sentiment religieux d'une nation.

Tout pouvoir qui demande à un autre pouvoir d'assigner ses propres limites , se déclare soumis; il accepte la capitulation dont il n'a pas discuté les conditions, il est vassal. Louis XIV a fait cette faute, et jamais il n'a pu avoir la paix religieuse, même au sein de 1 église orthodoxe. Ce n'était pas ainsi qu'en agissaient saint Louis et Charlemagne. Si Louis XV n'avait pas été vigoureusement soutenu par les parlements, qui étaient, du moins en cela, l'expression de la nationalité, il aurait été obligé de se soumettre humblement.

Toutefois Bossuet a pu croire avoir fondé une autocratie pour Tjouis XIV. L'intolérance fut orga-

nisée en pure perte, et Féglise gallicane, il fout le dire, opprimée par les parlements, était sans protection auprès du Saint-Siég[e.

Il y avait un autre ordre de choses à constituer.

La Déclaration de 1682 nest donc point une loi de séparation. Elle est lacté conservateur d'une individualité qui est le sentiment même de lexistence, et j oserai dire de la moralité. On a pu en abuser, tantôt au profit du despotisme royal, tantôt au profit des prétentions parlementaires, cela ne fait rien ; elle n en est pas moins la garantie d'une individualité nationale, Texpression du libre arbitre d un peuple. Il est tout simple qu un corps de magistrature, au défaut d'une autre institution^ ait cherché à s'approprier cette individualité en qui est la vraie force , qu'il ait voulu en prendre ce qu'elle a de plus intime, à savoir la vertu religieusci Une telle vie ne peut s'éteindre; elle va quêtant des organes, parcequ'elle veut se manifester. Chassée du corps féodal, elle a fini par se réfugier dans les parlements. Cette Déclaration de 1682 a donc tous les inconvénients des actes vrais et fondés sur la nature des choses. Elle doit les avoir. Tous les partis n'ont-ils pas voulu se saisir tour-à-tour de la Charte? tous ne lui ont-ils pas demandé des armes? Cela devait être, puisque la Charte est un acte vrai, et fort d'une force réelle.

Sans cloute il faut défendre Funité dans le sens de Funiversalité , mais jamais à la condition de détruire toute individualité. Ici revient la doctrine philosophique de M. lahhé de La Mennais, si parfaitement concordante avec la doctrine politique de M. de Maistre, et avec la théologie ultramontaine de Tun et de Tautre. C'est la même thèse dans deux sphères différentes. Que le Siège de Rome, qui représente le sentiment universel , veuille étendre son existence universelle, cela se conçoit, parceque son existence individuelle repose sur ce sentiment universel ; mais lorsqu'il veut convertir ce sentiment en prérogative, alors il doit trouver de l'opposition, car tout être veut avoir sa vie propre, dont il ne peut, à aucun prix, faire le sacrifice. Le dévouement de ce genre ne peut appartenir à un peuple. v

En un mot, c est le christianisme qui a fondé la société des temps modernes. Cette société veut à son tour son émancipation; et l'émancipation est contenue dans la loi chrétienne.

Il faut hien faire attention que l'on a nié l'évidence, en niant que le christianisme gouvernât encore la société. Ceux qui avançaient ce paradoxe y ont trop légèrement fait croire ; la foi des croyants en a été ébranlée. Us n'ont pas voulu voir que le christianisme, loin d'être épuisé, reprenait

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une sève nouvelle ; que loin d'être intimement uni à la société du moyen âge, cette société lui était antipathique, et qu'il avait par sa nature réagi contre elle.

, Non seulement le christianisme gouverne la société; j'oserais dire qu'il est la société elle-même.

Le moment est venu où les gouvernements doivent à leurs peuples une profession de foi, mais telle qu'elle n'exclue aucune liberté, et qu'elle entre dans le véritable esprit du christianisme, en déclarant qu'ils le regardent comme identique avec Vesprit de développement universel. En effet, le christianisme est une loi d'affranchissement et d'émancipation. Si Ion veut en foire autre chose, si l'on veut le rendre incompatible avec toutes les idées généreuses, on repousse dans les abymes de l'incrédulité une génération nouvelle que le doute fatigue, à qui l'incrédulité est en horreur.

Le monde religieux, je le sais, est en travail d'une nouvelle unité. Mais cette unité future ne consiste point dans une reconstruction éphémère du passé.

Voyez donc ce qui s'agite autour de nous.

Est-ce là ce qu'on appelle le christianisme universel, le christianisme affranchi de toute nationalité? est-ce là le christianisme qu'annonçait saint Paul à

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Athènes , qni se cachait dans les catacombes de Rome , qui fut persécuté par les empereurs , qui a conquis le monde par les prodiges de la charité?

Quels sont ceux qui ont sollicité des secours pour la Grèce chrétienne l Et cependant les héros de . Missolonghi n étaient-ils pas chrétiens , eux qui re^ cevaient la communion de leurs prêtres avant de se livrer à la mort dans le vaste tombeau qu ils avaient eux-mêmes creusé à leurs femmes , à leurs enfants, pour les soustraire à la prostitution ou à Tapostasie? C'était bien un chrétien cet archevêque qui , dit-on , mettait lui-même le feu à une des mines de cet eflFroyable volcan, où périrent tant de nobles et d'inhocentes victimes du patriotisme et de la foi ! Ces hommes réactionnaires dont les souvenirs sont restés si amers n ont-ils d entrailles que pour les msilheurs sur lesquels ont passé toutes les affaires humaines qui ont remué le monde , depuis trente ou quarante ans? Ne connaissent-ils que les calamités d'une révolution terrible, il est vrai, mais d'une révolution accomplie , et dont les sanglants phénomènes, un jour, seront à-la-fois de l'épopée et de l'histoire? Ils évoquent des croyances qui sont les nôtres; ils les évoquent comme si nous les avions oubliées; par ces croyances, qui reposent sur toutes nos véritables sympathies, ils mettent la discorde dans nos villes et nos familles , et ont déjà conduit

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