‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 43 sur 180 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

9» PALÏNGÉNÉSIE SOCIALE,

Quelques personnes pourront trouver que j'ai été bien hardi , en donnant aux prêtres de rÉgyplé la magistrature du monde. Quoique ceci suit en^ tièrement une vue de mon esprit , j y ai cependant été amené par une forte et puissante induettoa. Cette direction que s était arrogée le sacerdoce égyp-< tien pourrait, au reste, s'appuyer £eicilement sur des preuves historiques. Virgile a fait initier son héros: en cela sans doute il a obéi à un préjugé qui subsistait encore de son temps , quoique fort affaibli^ à^savQÎiLqu^^^ çt les institu*-

teurs des peuples ava ient besoin d'être in itiés poiir accomplir leur haute mission. Serait* cq aussi le motif qui aurait portéTSjuguste à recevoir Finiti»-! tion d'Eleusis? Il est certain qu il a fallu longtemps être initié ou inspiré, pour que les hommes desti*^ nés à lobéissance eussent une raison de leur docilité. Je ne sais même si à ce sujet il ne serait pas permis de disculper Virgile de laccusation qui lui a été souvent faite d avcûr composé son poëme dan^ une intention de flatterie. Nous examinerons ail^ leurs le fait primitif, le fait qui a précédé le droit ,:^ qui l'a précédé par-tout.

Je disais tout-à-l'heure que Virgile n'est ni un poëte mythographe ni un théosophe; je ne le mets

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point non plus au nombre des hommes spontanés : qu'il me soit permis d'affirmer que l'inspiration à laquelle j obéis est plus près des inspirations primitives; oui^ j'ai plus que Virgile, incomparablement plus, le sentiment de ces choses que j'oserai appeler divines; car enfin il ne faut pas craindre de manifester sa propre justification, lorsqu'on est entré ikins la voie difificile où je me trouve engagé. Et qui croirait en moi. si je n'y croyais pas moi-même? Virgile fut atteint par les philosophiez douteuses et incrédules de son temps, et jamais aucune de mes convictions intimes n'a été ébranlée. Dieu sans doute voulait quelque chose de moil

Une remarque à feire ici , c'est que l'ère alexan*difim^^quî Pist 1^^. ^ r<^ d'imitation ^ a marqué par la poésie les premiers pas d une carrière nouvelle p our les facultés humaines cessant d'élre intuitives. L'âge deJa poésie spontanée était donc fini^epuis 1< temps lorsque Virgile entreprit sofi épopée: de plus, il était un homme nouveau , étranger à ces sympathies patridenned qui survécurent à tant de cabH mités^ ^ qui dans Lucain exhalèrent les derniers acocnts d'un feroucbe patriotisme* Toutefois, 1^tacbant la chose religieuse romaine aux traditions de l'Orient, ainsi qu'il y était autorisé, comme nous l'avons vu pAus haut, il s'est rendu l'historien de la

loo PAUNGÉNÉSIE SOCIALE.

cité , de la même manière que Tite-Live est Thistorien de la ville.

La chose romaine, au reste, lorsque nous aurons à nous en occuper, nous signalera mieux cette sorte de mythe que nous avons désigné sous le nom de mythe civil, et que par induction nous devons retrouver plus ou moins chez tous les peuples, aux diverses époques, correspondantes entre elles, d'une chronologie générale dont les cycles successifs sont des temps indéterminés, des périodes de civilisation, sans mesure fixe.

J'ai encore à dire, au sujet des prêtres de FÉgypte: Les destinées humaines n auraient -elles eu une direction que chez le peuple hébreu? Le reste des nations aurait-il été abandonné à l'incertitude de la pensée humaine , ou plutôt à Tignorance qui constitue la pensée humaine, lorsqu'on la considère séparée de sa source, dégagée de son principe, cest-à-dire dépouillée à-la-fois de toute révélation et dé toute tradition? Tqus les documents de rhistoire, tous les témoignages des siècles, seraient-ils menteurs en ce point? Ceux à qui fut attribuée l'éminente fonction de civiliser les hommes, voulez-vous les faire descendre de la sphère élevée où ils dominent, pour les changer, de votre propre autorité, en de vils et d'heureux imposteurs? voulez -vous que votre dédain aille ensuite

DEUXlÈMÊ^PÀllTÏE.:

des jongleurs au genre humain hA- m^e, ^ qui toujours se laisserait abuser? voulez -vôlts»\êïrf?û. \ substituer les aveugles contingences du hasard aU- '• : /" gouvernement régulier, à la conduite initiative de la Providence? voulez- vous encore donner un démenti formel à la plupart des premiers Pères de rÉglise, qui n'ont pas hésité à reconnaître des missions dans la gentilité? Et sur-tout n est-il pas écrit, dans les Actes des Apôtres, que Dieu ^e s'est jamais laissé sans témoignage? N^est-ce pas en cela que consistent les^-tcaditioGS^générales ^ du genre hjimaia , traduites dans toutes les langues , acclimatées chez tous les peuplés , selon le génie des peuples et des langues , transformées dans tous les cultes, selon les temps et les Ueux? Pour ne pas sortir de la thèse particulière où nous sommes en ce moment, n'est -il pas écrit, dans ces mêmes Actes des Apôtres , que Moïse s'était instruit dans toute la science des Égyptiens? Or la science des Égyptiens entrait donc au moins dans les voies préparatoires pour nos propres traditions. N'est-il pas naturel , de plus , de penser que ceux qui , parmi les nations, occupaient alors le point cul- » minant de la civilisation devaient être attentifs siu mouvement de toutes les affaires humaines ? Mais ici il faudrait entrer dans l'essence des Mystères, et ce n'est point mon but. Qu'il me soit permis

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seulement flo'franscrire quelques lifpies du comte -Oùvakrff , sur ceux d'Eleusis.

'.\ \' '' « Le grand principe sur lequel reposait le poly* «théisme était, comme Warburton Fa savamment «démontré, Tadmission de toutes les idées reliw gieuses. > « Le Maître de lunivers , dit Thémis* «c tins , semble se plaire à cette diversité des cultes. « Il veut que les Égyptiens l'adorent d'une manière, «les Grecs d'une autre, les Syriens d'une troîttsième; encore tous les Syriens n'ont-- ils pas Iç « même culte. »

J'ajouterai que l'esprit des prêtres de l'Egypte fut d'accueillir tous les systèmes, toutes les opinions, à^peu-près comme les Romains adoptèrent tous les dieux des nations. L'influence qu'ils exercèrent fut donc toujours relative à l'esprit, aux mœurs, aux traditions plus ou moins accréditées de chaque peuple. Si cette conjecture a quelque fondement , la direction que se serait arrogée le sacerdoce égyptien serait en quelque sorte une imitation hardie et philosophique du gouvernement même de la divine Providence.

Les enseignements, les doctrines des Mystères, venaient saisir ceux que l'incrédulité aurait pu entraîner au sortir du sein de tant de croyances suj^erstitieuses que nous ne pouvons apprécier. Il fallait bien un appui au sentiment religieux.

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