‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 2)Chapitre 44 sur 180 · DEUXIÈME PARTIE. io · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. io

Toutefois je ne partage point l'opinion de Warburton sur le principe du polythéisme; j'admettrais plus volontiers cet autre principe : l'insondable unité de Dieu a besoin d'être dispersée, ou détaillée, pour être saisie; c'est ainsi que nous analys(NEi$ l'homme , pour chercher à le comprendre. Par là pensée humaine , Dieu est dispersé dans ses attributs, parceque la pensée humaine est condamnée à être successive. Les hymnes d'Orphée, dont il ne s'agit point ici de discuter ni l'authenticité ni l'origine traditionnelle, les hymnes attribués à Orphée sont des sortes de litanies liturgiques, qui con* tiennent des énumérations d'attributs. Tous les attributs de la puissance suprême, créatrice , sont donnés à chaque divinité, comme si chaque divitiité était le Dieu suprême , créateur, ordonnateur, unique; car, en effet. Dieu est tout entier dans chacun de ses symboles.

Dans les Mystères, on aurait donc rétabli l'unité de Dieu.

Les Mystères^ étaient encore , sous une forme évocatrice, le passé et l'avenir du genre humain par les traditions générales, plus ou moins conservées ^ plus ou moins altérées , plus ou moins transformées.

Il parait bien lG[u'on y enseignait les retours cycliques, la misère des familles humaines primitives:

io4 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.

c était sans doute une manière emblématique et mythique d'inculquer Fidée fondamentale de la perfectibilité successive de Famé humaine, à la condition des épreuves ; cette perfectibilité et ces épreuves représentées, dans les divers grades de Finitia- , tion , par la terreur ou le charme des spectacles dont on frappait les sens.

Quant aux paroles de Thémistius , citées par le comte Ouvaroff , il faut exclure de cet assentiment les cultes immoraux , les croyances qui ne sont qu U9e dépravation des idées religieuses , entendues dans lacception la plus générale; et cependant soyons toujours un peu en garde contre.de telles accusations d'immoralité , parcequ en effet nous pouvons être fort égarés par la nature menue et la forme des emblèmes. Les traditions, soyons^n bien convaincus, ne peuvent jamais être entièrement perverties. Sous ce point de vue élevé, la diversité des cultes a quelque analogie avec la diversité des langues: on a peine à suivre la pensée divine dans les enveloppes que lui prête la pensée humaine; mais c'est toujours la pensée divine. Je ne sais si l'opinion de Thémistius ne pourrait pas être prise aussi pour l'expression d'une tolérance universelle; mais, dans tous les cas, souvenonsnous que l'Egypte était loin d'avoir adopté un régime de tolérance.

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