DEUXIÈME PARTIE
des choses les plus primitives, sort d'une source mystérieuse, la même que toutes les origines.
M. de Maistre a voulu justifier la Providence sous le rapport temporel. J'avoue que ce genre de justification me touche peu, et je dirais volontiers: Que m'importent les succès des méchants et les revers des bons? n'ai -je pas la vie à venir? Cette forme de justification , que maintenant j'oserais presque nommer impie, tient au reste à l'ensemble d'une doctrine qui a dû s'atténuer à mesure que le sentiment moral s'est perfectionné. On sait que la Bible est pleine de promesses et de menaces temporelles ; et l'on en sait aussi la raison : elle a été dite de mille manières, dont aucune ne me parait convenable; j'aurai sans doute occasion de dire celle que je crois vraie, et qui tient à mes idées de progrès, d'avancement, d'épreuves successives. Pour me servir d'expressions déjà consacrées par une sorte de style théologique , il fallait bien faire l'édiication de l'homme charnel avant de faire celle de l'homme spirituel. Ainsi donc encore je dirais volontiers à M. de Maistre et à ses disciples : Vous êtes les Juife de l'ancienne loi , et nous sommes les chrétiens de la loi de grâce.
On a trop dit que la santé et la maladie , la du-
vée plus ou ^ moins longue de ia vie , étaient une récompense ou un châtiment, le fruit de la rési»* tance ou de l'abandon à nos passions, à nos penchants, de l'emploi plus ou moins sage, plus ou moins réglé de nos &cultés^ Pourquoi faire de la lÉoraleavee de la physiologie? Notre liberté a plus de latitude qu'on ne croit, relativment à no. organes. Je ne nie point ce qu'il y a d^inévitable et de résultats nécessaires dans les lois de notre organisa* tion 5 telle qu eUe est devenue, telle que nous Favoiis £tite, mais nous avons toujours en notre pouvoir le refus ou l'acquiescement de notre volonté; et, en remontant plus haut, nous trouverons que lame informe le corps, en bien ou eii mal, quîl y a en iKNis des ressources pour ce qui est mauvais , des périls pour ce qui est bon, que notre nature ne repousse pas invinciblement Tabus lorsqu'il se change en habitude. Je veux donc puiser la raison et la récompense d'une bonne conduite non dans l'espérance de la santé ou d'une longue vie, mais dans le sentiment moral de notre perfectionnement. Dieu a bien d'autres moyens de récompenser et de punir ; l'homme n'est pas un être borné au temps.
Ce que je viens de dire de l'organisation humaine, relativement à la liberté, je pourrais le dire, du moins en partie, de l'organisation sociale.