TOME ir
électorale du premier degré un cri terrible et unanime pour demander la plénitude de la prérogative dont elle n'aurait eu que la préparation. On aurait vu alors une révolution où Toligarchie aurait été obligée de reculer devant la démocratie, car cette dernière se serait appuyée sur un principe existant dans la société. Les centuries auraient voulu être égales entre elles.
Quoi qu'il en soit, cette loi devenue la force des choses a créé le véritable sol social. Ainsi, mon fils, c'est sur le corps électoral considéré dans son ensemble que doit s asseoir le trône légitime et constitutionnel.
Ce que nous venons de dire ne peut contrister le sentiment de l'égalité, puisqu'il n'y a pas de classe privilégiée, et que tous peuvent s'avancer vers la somme de propriété foncière ou industrielle qui a été assignée. La propriété a changé de mains et surtout a changé de nature, ce qui constitue bien une société nouvelle. La propriété industrielle a été affranchie, en ce sens qu'elle est devenue plus accessible pour tous , et qu'elle n'est plus un obstacle à s'élever dans la hiérarchie sociale. Il y a eu une bien autre révolution dans la propriété foncière : parmi les hommes, les uns ont cessé d'être attachés à la glèbe pour l'arroser de leurs sueurs dans toute abnégation de l'avenir; les autres ne peuvent plus
tirer de la glèbe toutes leurs prétentions aux distinctions sociales. Il n y a plus ni terres nobles ni terres roturières. En outre, la propriété a subi une grande division : elle gravite vers un partage égal , qui naura jamais lieu, mais qui donne l'espoir à tous. Il ne s'agit plus de donner la poule au pot de Henri IV; il s'agit de faire que le plus grand nombre possible ait sa maison , son jardin , son champ.
Peut-être un jour reconnaîtra-t-on l'utilité d'admettre d'autres signes delà prérogative électorale; peut-être celui qui aura rendu des services dans de certains emplois , ou qui aura illustré sa patrie par de belles actions, d'importantes découvertes, des écrits remarquables, sera -t- il admis à faîre partie du corps électoral ou du corps des candidats à la Chambre des députés. Alors nous aurions en France ce qu'on appelait à Rome les citoyens classiques, classici cives, citoyens désignés par l'opinion comme des modèles de toutes les supériorités morales et intellectuelles, et auxquels nous donnerions un rang politique, une existence sociale. La composition des jurés, qui n'est point encore faite, sera sans doute l'acheminement à ce progrès tout naturel de nos institutions. Mais ce qu'il était bon de faire avant tout, c'était de constater l'affranchissement de la propriété, parceque dès qu'un fait existe il
faut s'empresser de le reconnaître pour éviter toute lutte, toute contention. En un mot la liberté, c'est la justice.
x4lu reste, il y a une telle moralité attachée à la propriété, qu'il ne faut pas trop s'effaroucher de voir que la société nouvelle se fonde uniquement sur la propriété. Une fois que les institutions seront bien assises et bien affermies, il sera permis de chercher les titres au droit de cité ailleurs que dans les registres des contributions. S'il est vrai , comme nous l'avons déjà dit, que le droit de propriété soit une concession de la société , il est vrai aussi que c'est la première de toutes. Ainsi la société affranchie a bien pu prendre pour première base la propriété affranchie.