‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 116 sur 217 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

son fils Ménécée, qui s était si généreusement dévoué pour la patrie. «Roi de Thèbes, lui disaient- « elles en embrassant ses genoux, prenez pitié de « ce reste malheureux du sang dOEdipe. Ah ! nous «vous en conjurons par tant de souvenirs cruels « qui reposent sur deux orphelines délaissées; nous « vous en conjurons par l'urne modeste où reposent « les cendres de celle qui se nommait votre sœur , et « qui nous donna le jour, ne prolongez pas les mi- « sères de notre frère Polynice. Jamais il ne ceignit « la triste couronne d'OEdipe : il est mort sous le « poids de l'exil, à la vue de sa ville natale, et au « milieu des champs où se joua son enfance fortunée. Hélas! ce ne sont point les honneurs du « bûcher funèbre que nous implorons pour lui; ses « mânes plaintifs, au défaut du trône, demandent « seulement quelques grains de poussière. »

« Je pourrais me dispenser, dit Créon , de vous « rendre compte des raisons qui m'ont porté à une « telle sévérité; néanmoins je veux bien vous en in- « struire. Etéocle est mort roi de Thèbes; et, avant « de mourir, il a défendu que Polynice , assassin de «la patrie, fût enseveli. Qu'y a-t-il de plus sacré « que la volonté des morts, sur-tout lorsque c'est un « roi qui commande du sein du tombeau? »

« Créon , s'écrie Antigone, ce n'est point le roi de « Thèbes qui a prononcé l'arrêt ; c'est le génie

« aveugle de la vengeance. Ah ! pour Etéocle lui- « même, ne croyez pas à des paroles que la mort la « empêché de rétracter ; ne le punissez pas d'avoir « laissé les Furies parler par sa bouche. »

« N'abusez point de ma patience , dit Gréon avec « colère : filles de l'opprobre et du malheur, ce n'est «point à vous à interpréter la volonté d'un roi « mourant. D'ailleurs le sénat de Thébes s'est expliqué. » En parlant ainsi, l'inexorable Gréon s'éloigne, et laisse les deux sœurs plongées dans un douloureux étonnement. Antigone alors comprend qu'elle seule pourra rendre les derniers devoirs à son frère. Semblable à l'alcyon timide, qui se cache parmi les algues du rivage, lorsque, sur la mer, la tempête vient lui causer trop de terreur, Isméne s'enfuit, épouvantée des dures paroles de Gréon, et se retire dans son appartement.

« Antigone se retire aussi dans le palais d'OEdipe, palais que désormais elle n'habitera plus; mais c'est pour aller pleurer encore une fois dans le liei obscur qui recelait les restes de la malheureuse Jocaste. Elle réunit, sur cette tombe ignorée, une boucle de ses cheveux à celle des cheveux de son père , qu'elle-même y avait attachée.

« Dès que la nuit a étendu ses voiles sur la terre, elle s'échappe furtivement, semblable à la magicienne qui va converser avec les mânes. Hélas! la

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