LIVRE VI
vierge magnanime ignore les enchantements et l'art d'évoquer ceux qui ne sont plus; mais elle croit que la mort ne peut rompre les liens de nos affections. Couverte d'un long voile, elle se glisse mystérieusement dans l'ombre. Arrivée près de la porte Néitide, elle est interrogée par les gardes vigilants : « Sans doute , lui dit - on , vous êtes une jeune « épouse que la guerre vient de rendre veuve, et « vous allez nourrir votre douleur autour des bû- « chers qui ont consumé le guerrier courageux ; «mais, femme infortunée, croyez-nous, il serait « plus sage d'attendre que le jour fût venu. Vous « allez être effrayée par les ombres des morts ; car « c'est l'heure où les mânes qui n'ont pas encore « traversé le Styx accourent, avec un triste empres- « sèment, pour se repaître des libations faites au- « tour des tombeaux, et pour goûter le sang des « victimes expiatoires. Croyez-nous donc; il serait « plus sage d'attendre que le jour fût venu. »
« Hélas! répond Antigone, je ne suis point une «jeune épouse; je suis une fille délaissée qui a « perdu ses deux frères , moissonnés misérablement «à la fleur de leur âge; et maintenant je suis « seule. »
«Infortunée, réplique l'un des gardes, ceux qui « vous ont donné le jour ont-ils donc aussi péri? »