TOME I
« Oui, répond Antigone, mon père et ma mère « ne sont plus; je suis seule. »
« Ne vous reste-t-il pas au moins une sœur ché- « rie? » reprend encore l'un des gardes.
« Il me reste une sœur, dit Antigone en soupi- « rant; mais elle est plus jeune que moi, et elle ne « peut me servir d'appui. »
« Pauvre orpheline, dit alors le même garde, je m ne suis point étonné que la douleur ôte toute pru- « dence. Si vous veniez à être saisie par l'effroi , seule, « vous pourriez mourir dans d'inexprimables an- « goisses. Jeune fille , retirez-vous , rentrez dans «Thébes, et demain vous pourrez, à votre gré, « mener le deuil parmi les funérailles. »
« Mais Antigone, sans écouter davantage les discours qu'on lui tenait , franchit le seuil de la porte Néitide, et dirige ses pas du côté du tertre où repose Niobé avec ses filles.
« Des soldats veillaient auprès du corps de Polynice, jeté nu , comme le naufragé, sur les bords de la mer, et que les pirates ont odieusement dépouillé. Ce corps, éclairé par la lueur blanchissante de la lune, paraissait de loin un de ces monceaux isolés de neige qu'aux premiers jours du printemps on aperçoit encore parmi des mousses rougeâtres, sur les croupes élevées du Ménale. La vierge du Gythéron n'est point assez près pour re-