‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 144 sur 217 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

vous en ont-ils pas remis la peine? Dieu pardonne à sa faible créature; est-ce à la faible créature qu'il convient de conserver un immortel ressentiment? Elle doit pardonner aux autres, et se pardonner à elle-même. »

« Monsieur, monsieur, répondit cet homme , penseriez-vous qu'un fils , qui aurait tué son père , pût jamais être absous? Et immoler son roi , n'est-ce pas commettre plus que mille parricides? Monsieur, Dieu avait mis dans mon cœur des sentiments élevés dont le souvenir me reste pour augmenter mes tourments. Je suis plus criminel qu'un autre, parceque je suis descendu de plus haut pour me jeter dans cette fange odieuse. L'assassinat de l'auguste martyr n'a point été le forfait d'un obscur scélérat, d'un aveugle fanatique. Il y a eu , à son égard , l'apparence et le plus grossier déploiement de quelques formes juridiques, parodie monstrueuse delà justice légale, de la justice des sociétés humaines. La victime , dévouée d'avance , a été interrogée ; elle s'est résignée jusqu'à ne pas refuser de répondre. Ses prétendus juges, qui étaient en même temps ses accusateurs , se dirent , et paraissaient être en effet les délégués de la nation française. Louis XVI fut condamné en présence de cette nation elle-même. Voilà, monsieur, ce qui ajoute à l'énormité de mon crime. Il ne m'atteint pas seul, je l'ai fait partager à

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