‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 145 sur 217 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

un grand peuple. Ah ! de tous les peuples qui vivent sous le soleil, nul n'était plus éloigné que celui-là de mériter une pareille flétrissure. Il a fallu , je ne dirai pas faire violence à ses mœurs anciennes et nouvelles ; mais il a fallu le séparer de lui-même , le traîner d'excès en excès, de vertiges en vertiges, pour le courber sous le joug dune si exécrable fatalité. Ce terrible fardeau des vengeances célestes, qui a pesé si long-temps sur ma malheureuse patrie, c'est moi qui l'ai attiré. Dieu a dû punir la nation devenue par moi la nation régicide. Et c'est moi! juste ciel! c'est moi qui suis l'auteur de tant de maux. C'est moi qui ai créé pour notre belle et noble France l'affreuse solidarité de mon parricide. C'est moi , puisque moi tout seul , peut-être , je n'étais pas étranger à la connaissance de ces rapports intimes qui unissent les peuples et les souverains ; c'est moi, puisque les véritables croyances sociales n'avaient jamais cessé de reposer au fond de mon cœur. Les sophismes du siècle avaient pu égarer ma raison , mon imagination avait pu souvent être séduite par de vaines théories; mon ame n'a jamais été complètement aveuglée. Je savais ce que je faisais. Oui, monsieur, le vrai Régicide, c'est moi.

« Suis-je parvenu , monsieur, à vous faire comprendre pourquoi je me trouve si criminel , pourquoi je me regarde comme un être hors de la na-

Page 1