‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 15 sur 217 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

66 ANTÏGONE.

sang ; et Jocaste pleurait toujours l'enfant quelle laissa arracher de son sein maternel

« Au milieu de ces douleurs, augmentées par le pressentiment de douleurs plus grandes encore , Gréon , frère de la malheureuse Jocaste , commence à laisser paraître cette ambition farouche que jusqu'alors il avait eu tant de peine à dissimuler. Après la mort funeste de Laïus , il avait connu , un instant, les charmes du pouvoir suprême , et n'avait pu voir, sans un profond chagrin , Œdipe le forcer de descendre presque aussitôt du trône où il était si paisiblement assis. « Quel est cet étranger, disait-il « alors en lui-même , qui vient ainsi régner sur la « race de Cadmus? On ignore jusqu'à son origine, « car enfin il n'est pas bien prouvé qu'il soit le fils de « Polybe et de Mérope. Et, s'il l'était, comment, sur « la foi d'obscurs oracles , aurait-il quitté la contrée « qu'il devait gouverner un jour, pour venir s'em- « parer d'une couronne qui peut lui être disputée? « Le bel exploit, murmurait-il sans cesse, le bel ex- « ploit qu'une énigme devinée , pour mériter de « ceindre le bandeau royal ! » C'est ainsi que Gréon exhalait, dans le secret de son cœur, ses plaintes a mères. Mais au moment où il vit OEdipe entouré de tant de présages affreux , et comme précipité du haut de sa gloire , alors l'ambitieux crut inutile de se contraindre davantage. Il parle hautement de ses

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