‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 165 sur 217 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le Maître souverain des peuples et des rois , le Régulateur éternel des destinées sociales, d'agréer le sacrifice de sa vie en expiation du parricide et des égarements du peuple qui lui fut confié : c'était la royauté elle-même, qui, restée pure et sans tache, se glorifiait de son inévitable résurrection , puisque nul crime, nul excès ne pouvait lui être attribué. La sublimité d'un tel spectacle semblait en voiler toute l'horreur pour moi-même, pitoyable complice de l'assassinat.

« Je vis donc avec une sorte de calme intérieur (c'était sans doute le calme de la victime auguste qui se réfléchissait sur moi , son ignoble bourreau), je vis bien distinctement, car je n'avais alors ni larme dans les yeux, ni trouble dans lame, je vis le prince magnanime lorsqu'il monta sur l'échafaud. Je le vis se tourner vers son peuple pour lui adresser ces paroles de pardon , qui reposaient au fond de son cœur paternel, et qu'il avait déjà con signées dans son testament de mort, monument sublime de la plus sublime clémence, puisqu'elle embrassait à-la-fois le passé et l'avenir. Il avait les mains liées derrière le dos, ainsi que le plus obscur et le plus vil des scélérats, car aucun genre d'humiliation ne lui fut épargné; mais il était encore roi pour pardonner, et il n'était plus qu'un homme pour souffrir avec douceur tous les outrages, pour

répéter, avant de mourir, qu'il était innocent ot comme roi et comme homme. Un satellite de cette ombrageuse tyrannie, à qui tout pouvoir était donné pour éprouver les bons, ordonne aussitôt un roulement de tambours, et la voix de Louis se perd dans ce bruit sacrilège. Ainsi donc ils firent tout ce qu'ils purent pour éloigner deux le pardon , pour rester à jamais sous le poids de l'anathème.

« Un prêtre du Dieu vivant, décidé à partager le martyre , avait accompagné Louis XVI jusqu'au pied de l'échafaud. Avant de se séparer de la victime résignée depuis si long-temps, il voulut lui adresser ses dernières exhortations; mais qu'avaitil à lui recommander? Tous les trésors de la miséricorde et de la religion n'étaient-ils pas renfermés dans cette ame sublime qui allait être dégagée de son enveloppe terrestre? Le ministre du Dieu vivant ne sut que prononcer les paroles de l'apothéose, paroles saintes que son Dieu plaça sur ses lèvres inspirées, et que le génie de l'histoire a gravées avec un burin d'or sur ses marbres immortels. Puis il bénit le fils de saint Louis, le fils du roi mort sur la cendre parmi les ruines deCarthage; et, se glissant derrière la foule consternée, il se perdit dans la solitude.

« Immobile, les yeux fixes, j avais vu l'un des bourreaux couper les cheveux de l'auguste victime; mais

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