‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 202 sur 217 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

société doit abolir la peine de mort. Que si je ne' devais pas in abstenir de faire entendre au frère de Louis XVI une voix odieuse, je le conjurerais par ce sang innocent de faire taire enfin le cri du sang. Ce prince, qui fut le héros de l'humanité, qui poussa plus loin que personne l'horreur du sang, aurait volontiers payé de sa vie ce grand bienfait de l'humanité.

L'abolition de la peine de mort est inévitable. Hâtons cette ère , qui sera dans les annales de l'humanité une ère égale à celle de l'abolition des sacrifices humains.

Louis XVI abrogea la torture. Apprenez que les criminalistes du temps faisaient contre cette bienfaisante innovation les mêmes arguments que des publicistes font à présent contre la suppression de la peine de mort. Louis XVI en crut son propre instinct et l'intérêt de la société. L'instinct de la société est à présent contre la peine de mort.

Par la prison de Louis XVI et de sa famille , par la détention arbitraire de tant de nobles créatures qui ont souffert les mêmes maux , adoucissez le sort des prisonniers.

Par la mort de Louis XVI et par celle de tant de victimes innocentes, abolissez la peine de mort.

Si l'homme n'a pas le droit de se tuer, parcequ'il 11 a pas le droit de fixer son sort définitif, la société

n'a pas le droit de hâter le sort définitif d'un homme, quel qu'il soit(i).

L'homme a le droit de défendre sa vie. La société a le droit de se conserver par la mort de ceux qui troublent l'ordre; mais il faut que ce soit nécessaire. Sitôt que la dure loi de la nécessité n'existe plus, le droit doter la vie cesse, comme après le combat, le carnage est illicite.

Ne parlez pas de l'exemple. D'abord, le motif de l'exemple ne suffirait point. Le droit passe avant l'utilité. Ensuite , le sang répandu par le bourreau ne peut que réveiller des instincts de cruauté.

Sous le régime même des lois, et en dehors des temps de factions, combien d'innocents dont l'innocence ne fut reconnue qu'après leur mort ! Ah ! ne mettez pas l'inévitable entre vous et celui que vous croyez coupable. Une destinée atroce et rail-

(i) Cette maxime est trop générale. Tant que ce droit n'a pas été contesté à la société, elle l'a eu réellement comme elle les a tous en elle. Il ne faut jamais perdre de vue que les progrès naturels de la société amènent des changements et des améliorations. Chez des nations anciennes le peuple luimême exécutait l'arrêt du juge. Sitôt que cette exécution a été confiée à un bourreau, on a dû désirer l'abolition de la peine de mort. La forme des jugements par jurés en fait une loi inévitable. Nos moeurs tendent à frapper de désuétude l'application de la peine de mort. Déjà des jurés prononcent avec répugnance : plusieurs même éludent la rigueur des preuves et des témoignages.

Page 1