‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 3 sur 217 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

i8 PRÉFACE GÉNÉRALE.

« nous nous sommes arrêtés sur une de ces idées que « le génie de Platon savait trouver, à moins, toute- «fois, qu'il ne l'ait apprise! Mais aujourd'hui, jai « plus que jamais la conscience de notre réhabilita- « tion. Dieu ne nous a point déshérités; il nous fera «recouvrer un jour notre dignité perdue. Oui, je « crois le sentir, nous touchons à une rénovation de « siècles. Les systèmes religieux croulent de toutes « parts ; les philosophes , qui avaient méprisé les « doctrines mystérieuses , les interrogent avec une « curiosité inquiète. N'entendez-vous pas une voix « sourde qui court par tout l'univers , et qui réveille «< toutes les puissances de l'ame?... Ah! la terre, cette « fois-ci , ne sera pas vaincue par un barbare affamé « de carnage ; elle ne se tiendra pas en silence de- « vant un dominateur superbe : elle sera conquise « par l'attrait tout pacifique de la vérité... »

« Le vieillard avait cessé de parler, un rayon du ciel semblait briller sur son front. Nous l'écoutions encore, et nous nous aperçûmes que sa vie s'était éteinte au milieu de ses paroles prophétiques. Nous nous empressâmes de lui prodiguer des secours, mais inutilement ; son ame s était enfuie dans la région de l'éternelle félicité.

« Il y avait là quelque chose de terrible et de doux en même temps : un homme privilégié qui échappe aux angoisses de la mort, qui annonce des jours nouveaux; et qni donne un gage de sa faculté pro-

phétique, par sa mort même. A la vive douleur d'une si grande perte, nous ne pouvions nous empêcher de joindre l'espérance des prochaines merveilles qu'il avait prédites. Il avait soulevé à nos yeux un coin du voile qui venait d'être levé tout entier pour lui. Ainsi Timagène était pour nous un envoyé du ciel. Quand nous eûmes rassasié notre amour et notre respect des derniers témoignages qu'on donne à un mort, nous portâmes en pleurant la dépouille du vertueux vieillard à sa dernière demeure. Nous nous retirâmes ensuite en méditant ses paroles qui avaient acquis toute la solennité des tombeaux. »

Tel fut le récit de Philoclès. Polydore l'avait écouté avec une profonde attention, et un attendrissement tout mêlé d'un généreux enthousiasme. « Je "veux, dit-il, je veux, à l'exemple de Timagène, « aller à la recherche de la vérité ' . *>

(Ce fragment de l'ouvrage en était l'exposition. Je m'étais donc proposé de faire voyager Polydore, pour s'enquérir de la vérité. Je voulais peindre ainsi le monde entier à cette époque d'attente générale qui précéda immédiatement le christianisme. Polydore, après toutes ces courses entreprises pour un si noble but, revenait à Athènes, l'esprit tout plein de pensées confuses ; mais, en arrivant, il assiste à la première prédication de saint Paul, et le Dieu inconnu lui est enfin révélé. )

2o PRÉFACE GÉNÉRALE.

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