‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 4 sur 217 · LA GRANDE CHARTREUSE · texte numérisé non relu

LA GRANDE CHARTREUSE

PRÈS DE GRENOBLE, EÎN l8o4-

11 est difficile de donner une idée de la grande Chartreuse. C'est une gorge profonde et étroite où quatre mille arpents de terrain sont exactement fermés par une porte de deux toises. Un mur de rochers à pic forme l'enceinte de cette retraite. Il a fallu le génie de la religion et de la pénitence pour découvrir un lieu si caché. Un chemin, que la patience et le travail ont rendu très accessible, serpente le long des précipices. Un torrent, grossi de mille petits torrents, gronde au fond de cette gorge, qui, pendant si long-temps, ne fut connue sans doute que du chamois. Quelquefois les côtés opposés dun profond ravin sont réunis par des ponts ; quelquefois des ouvrages en maçonnerie s'opposent aux alluvions , ou soutiennent le chemin contre les éboulements de la montagne; quelquefois le rocher est taillé perpendiculairement, ou même percé dans son épaisseur.

Les Romains, avec des armées, ont fait des travaux immenses pour établir des communications entre leurs provinces , pour conduire les eaux dans les lieux où ils s'arrêtaient quelques instants, pour se procurer les commodités de la vie, ou pour faire croire aux âges futurs que des géants avaient passé par-là. Ici des hommes , qui avaient renoncé au commerce des autres hommes, sont venus se confiner loin du monde dont ils avaient appris à craindre les pièges , ou à mépriser les plaisirs. Ils n'ont point prétendu étonner les siècles futurs: ils étaient continuellement en présence de l'éternité; ils s'étaient exclus de la mémoire des hommes. Ce qu'ils ont fait n'était donc que pour obéir à ce terrible anathème qui condamne au travail la grande famille d'Adam. Gomme les premiers hommes , ils ont conquis , sur la nature sauvage, la terre qui devait les nourrir. Ces âpres cimes sont couvertes de bois de haute futaie, et l'on aperçoit, de temps en temps, différentes sortes de culture étonnées de se trouver parmi ces rochers.

Lorsqu'une fois on a franchi le seuil de la porte qui sépare absolument cette contrée du reste de la terre, on ne sait où on arrivera. Il semble qu'on fasse un long détour pour surprendre un aigle dans son aire. Cependant , après deux heures de marche , on commence à apercevoir le couvent. On le voit s'élever en amphithéâtre sur un plateau de la mon-

tagne. Le défilé s'élargit, on n'est plus autant resserré entre les rochers. A mesure que l'on approche de la région du silence, tout bruit cesse; et le torrent, dont on entendait tout-à-lheure gronder avec fracas les bruyantes eaux, coule à présent dans un si profond abyme , que ses mugissements n'arrivent point jusqu'à l'oreille : on le voit encore , mais on ne l'entend plus; il semble respecter lui-même l'austère règle de saint Bruno.

Le couvent est désert. L'herbe croît dans les cours et sous les vastes cloîtres. L'église est dévastée. Gomment ce coin ignoré de la terre n'a-t-il pas échappé à la rage dévastatrice des hommes sans foi et sans loi? Ils sont venus dans cette solitude; et, pour la première fois, ces rochers ont connu la voix de l'impie. Les bons religieux abandonnent, en gémissant, ces pieuses retraites où leurs longues journées furent si doucement partagées entre le travail et la prière. Etonnés de se voir exilés dans le monde, ils cherchaient à retrouver les souvenirs de l'enfance , et à se rappeler les charmes du toit paternel. Mais soins superflus ! tout change si souvent dans les demeures des hommes !

Nous entrons dans les cellules des chartreux : rien n'est plus touchant que l'abandon de ces petites habitations. On y retrouve encore les meubles de l'ermite : quelques uns sont à la même place où les laissa l'anachorète. Alors on dirait que l'homme de Dieu

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vient seulement de sortir. Le vent qui souffle sur ces hautes montagnes s'engouffre par les fenêtres délabrées , et disperse à son gré la paille du grabat. Devant chaque cellule est un jardin qui n'est pas plus grand que la cellule elle-même : il est à présent dévoré par le$ mauvaises herbes, car personne ne vient ni le bêcher ni le sarcler; et le seul arbre fruitier qui s'élève au milieu du jardin , s'il n'est pas mort par défaut de culture, produit en vain ses fruits délaissés.

On nous expliqua la manière dont l'hospitalité était exercée autrefois à l'égard des étrangers qui venaient visiter ce lieu. Nous ne cessions de nous étonner de ce que des religieux éloignés du monde en connaissaient si bien les convenances les plus délicates. Chaque voyageur était traité selon son rang, selon les mœurs et les habitudes de sa nation. Chaque classe d'hôtes avait des appartements très distincts. Tous les bâtiments sont dans un état de délabrement qui fait gémir.

C'était une cité entière que la grande Chartreuse. 11 y avait des ateliers où s'exerçaient différents genres de professions et d'arts mécaniques ; ils étaient placés sur les bords d'un ruisseau, et séparés du couvent par le même ruisseau.

Plus loin est la chapelle du fondateur de l'ordre : elle est assise sur un rocher près d'une source limpide, entre une belle prairie et une magnifique forêt. La tradition dit que saint Bruno, après avoir

parcouru toutes ces hauteurs, s'était arrêté là où a été bâtie dans la suite la chapelle qui porte son nom. Sans cloute, arrivé au fond de cette solitude, il avait trouvé le désert assez désert ; sans doute il avait vu par la pensée cette postérité spirituelle qu'il allait engendrer à la perfection chrétienne: il s'était complu dans cette vue de l'avenir, dans cette perspective de sa silencieuse thébaïde s'avançant merveilleusement à travers les siècles. La chapelle que la reconnaissance a consacrée à saint Bruno est simple comme une petite église de hameau: elle a été respectée pendant le temps de la révolution. On y voit encore les sculptures , les statues et les inscriptions dont les chartreux avaient aimé à l'orner. Les monuments de la piété de ces anachorètes ne sont remarquables ni par le fini du travail, ni par la richesse de la matière. On y remarque grossièrement sculptées en bois les images de ces hommes de l'ancienne loi, qui ont prédit la venue de Jésus-Christ; et les paroles prophétiques sont retracées sur le piédestal de celui qui les prononça. Le rapprochement de ces textes sacrés est l'histoire anticipée du Désiré des nations. C'était le Juste qui devait descendre d'en haut comme la rosée du ciel. Il devait avoir la force pour conquérir tous les royaumes de la terre; mais sa force devait être dans sa douceur, car ses paisibles conquêtes ne devaient coûter ni sang ni larmes. 11 devait ressembler au lion et à l'agneau. Il devait avoir les caractères de

la royauté et il devait naître dans l'indigence. Pour expier les folles joies et les vains orgueils du monde, il devait être abreuvé de douleurs et d'ignominies. Il sera de la race de David, il sera souverain-pontife, il sera roi ; il sera soumis aux puissances de la terre , il mourra sur la croix, et ses vêtements seront tirés au sort. Tels sont les oracles des anciens jours, répétés dans les jours nouveaux; et le Dieu caché de nos autels est aussi le Dieu dont Isaïe, Jérémie et David ont raconté les grandeurs et les humiliations.

Nous avions rencontré plusieurs voyageurs, qui étaient venus, comme nous, visiter la grande Chartreuse : nous nous trouvâmes réunis auprès de la fontaine de saint Bruno, ainsi qu'autrefois les pasteurs dans les plaines de Sennaar. Nous admirions cette étonnante sympathie qui rassemble sous les mêmes lois des hommes de goûts , d'habitudes , de caractères si divers et si opposés. Ils ont renoncé à la parole et à tous les sentiments qu'exprime la parole ; ils n'ont de voix que pour chanter les louanges de Dieu, les merveilles de la religion. Quelques uns de ces anachorètes étaient venus ici avec l'innocence du premier âge; et, par une inspiration secrète, ils avaient deviné tous les pièges et tous les dangers qui les attendaient dans le monde. D autres avaient goûté ce que la coupe de la vie a de plus doux et de plus amer, et ils avaient été détrompés. D'autres encore étaient venus expier les erreurs d'une jeunesse imprudente

et orageuse. Tel était le sujet des graves entretiens auxquels on se livrait près de la fontaine. Les monuments de la chapelle tournèrent ensuite nos pensées du côté des traditions religieuses.

Au nombre des voyageurs se trouvaient deux naturalistes que des études géologiques avaient conduits à visiter toute la chaîne des Alpes. Formés à l'école de M. Duluc, ils cherchaient, comme ce vénérable et savant vieillard, à concilier les découvertes de la science avec les récits de l'Écriture. Un prêtre applaudissait aux discours des deux naturalistes.

Un jeune homme qui était présent, et qui était resté étranger à la conversation , vint tout-à-coup s'y mêler. Il osa soutenir que les témoignages de la science étaient inutiles à la religion , parceque , tout étant incertain dans les systèmes , la vérité ne devait pas avoir recours à de si faibles armes pour se défendre. « D'ailleurs, disait-il, la religion doit méprise ser la science. » Ce qu'il y avait d'étrange, d'abrupte et presque de sauvage dans cette proposition parut scandaliser en quelque sorte les auditeurs. Le prêtre exprima son étonnement d'une manière assez vive. Le jeune homme comprit qu'il devait développer son opinion , sous peine de passer pour avoir tenu un propos inconsidéré. 11 demanda, en conséquence, la permission de s'expliquer, et il se mit à commenter un célèbre verset de l'Ecclésiaste , si souvent cité (III, 1 1 ).

L'orateur était debout, appuyé contre un vieux chêne; il avait les yeux attachés sur un album, où sans doute quelques unes de ses méditations rêveuses étaient confusément indiquées. Quoi qu'il en soit, il s'exprima à-peu-près en ces mots :

« Le monde semble avoir été créé pour exercer notre intelligence, pour être l'occasion de nos pensées, pour servir, si j'ose parler ainsi, de support à notre existence; mais ce but n'est qu'apparent. Le monde visible est le voile qui cache le monde intellectuel, et Dieu n'a pas voulu nous donner de connaître le secret de ses œuvres. 77 a livré le monde à la dispute, c'est-à-dire les plis ondoyants du voile à l'esprit de système., aux recherches interminables, aux études laborieuses des enfants des hommes. La nature est un abyme sans fond, dans lequel nous espérons puiser des connaissances plus ou moins utiles, plus ou moins certaines; et, tout en nous y précipitant de toute la force de notre nature , nous ne parvenons qu'à gratter les bords de l'abyme: heureux et mille fois heureux si nous n'y sommes pas entraînés par le vertige ! Cependant les sciences sont nées , le domaine de l'esprit humain s'est agrandi; mais ceux qui ont cru à la vérité de la science et à la certitude des découvertes de l'esprit humain , ceux qui ont vu dans les systèmes autre chose que des hypothèses explicatives, ceux enfin qui ont cru que l'absolu pouvait régner dans la région du conditionnel, se

sont, à mon avis, bien trompés. En astronomie, en physique, en cosmogonie, en métaphysique, une école succède à une autre école , un système détruit un système. Que d'opinions diverses entre Thaïes et Newton, entre Aristote et Descartes, entre Platon et Leibnitz , entre Pythagore et Kepler ! Un homme de génie est saisi dune idée qui absorbe celles des autres hommes; et voilà qu'elle va fondant des sectes, maîtrisant l'esprit humain, jusqu'à ce que l'esprit humain réagisse à son tour, et veuille reconquérir son indépendance.

« Les barrières de Gadès s'abaissent , le cap des Tempêtes est doublé, de nouveaux continents apparaissent; et l'instrument de Galilée abaisse les cieux à la portée de notre œil, en même temps que de hardis navigateurs explorent autour du globe des plages ignorées. Au milieu de tous ces changements, au milieu de toutes ces vastes conquêtes de l'intelligence humaine, l'oeuvre du Créateur continue de rester impénétrable, depuis le commencement jusqu'à la fin. Entre lui et nous il a mis le rideau de l'univers; il a mis les choses de la terre, les illusions de la vie, les prestiges de la science mobile et changeante. Empédocles veut sonder les terribles merveilles de l'Etna, et il lègue à la postérité la vaniteuse chaussure qu'il laissa au pied de la redoutable

montagne.

« L'homme a besoin de croire. Sa raison cherche

un appui , son cœur cherche un soulagement. Lorsqu'il renie les croyances générales, dans sa profonde misère, il demande aux puissances invisibles des superstitions pour son esprit , et il embrasse avec avidité celles que sa raison naturelle repousserait le plus. Bientôt il s'abandonne à cette pente rapide, et il en vient à dévorer toutes les absurdités. Les théories les plus obscures, les doctrines les plus folles ne peuvent décourager sa faculté de croire. Alors il lie à sa propre destinée , si éphémère , la marche immuable dune planète, comme l'apparition soudaine d'un météore, le vol d'un oiseau, le son d'une parole fortuite. Le savant stoïcien, le guerrier intrépide, l'habile politique, Julien, las àla-fois et du polythéisme décrépit et du jeune christianisme , donne tête baissée dans les mystères de la théurgie. Et combien d'esprits forts, après avoir fait le tour des opinions religieuses et philosophiques, et les avoir toutes épuisées , ont fini par adopter, malgré eux-mêmes, la certitude des pressentiments, la sagesse des songes, la vertu des nombres, le préjugé des jours heureux ou malheureux! Combien ont fait comme ce roi d'Israël qui , abandonné de l'esprit de Dieu, allait chez lapythonisse interroger l'ombre de Samuel I

«Mais, sans sortir du cours ordinaire de la vie, voyez l'homme dans les circonstances les plus simples et les plus communes. Les leçons de l'expé-

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rience lui sont toujours inutiles, et son cœur reste continuellement ouvert aux séductions les plus grossières, les moins revêtues des fascinations de l'idéal. Ainsi il croit à l'ivresse des passions, aux douceurs de l'aisance et de la fortune, aux charmes dune condition plus élevée que celle où il se trouve placé par le sort; enfin il croit à la réalité de la science. Voilà ce qui explique son stupide étonnement toutes les fois que la fausseté de ses illusions lui est démontrée par la douleur de ses plaisirs, par l'amertume de ses passions, par la mobilité de ses goûts, par l'incertitude de ses connaissances.

« Que chacun se scrute soi-même , sans prétendre s'expliquer, il verra qu'il n'y a en lui que misère, que changements, que contradictions: l'homme le plus sage en apparence, le plus conséquent dans ses principes, le plus uniforme dans sa conduite, le plus irréprochable dans ses mœurs; s'il venait à noter jour par jour, instant par instant, la succession de toutes ses idées, le tableau de toutes ses pensées, le motif de toutes ses actions, l'occasion, le sujet et le terme de toutes ses rêveries , ferait, n'en doutons pas, l'histoire la plus étrange, peut-être même assez souvent la moins compatible avec la morale, mais à coup sûr la plus lamentable de toutes celles qui ont jamais été écrites: tant il y a, en nous, d'inconstance, de fragilité, de petitesse! tant est intense et intime notre dégradation originelle !

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« Tous les jours de sa vie éphémère l'homme doune un gage à la mort; ses facultés s'émoussent peu à peu; les objets de ses affections meurent autour de lui, leur souvenir finit presque par s'éteindre dans son cœur; et, chose affreuse à penser! il ne peut attendre de la durée pour aucun de ses sentiments, pas même pour celui de la douleur la plus profonde et la plus juste. Il est bien temps que cet être délaissé, demeuré seul sur la terre, privé à-la-fois de sympathie et de souvenir, descende enfin dans la tombe vers laquelle il n'a fait que se traîner ; il est bien temps que celui qui a tant vu mourir meure à son tour, car, à force de gémir, la source de ses larmes s'est tarie, et il n'en a plus à répandre sur ses propres malheurs.

«Enfin, après tant de disgrâces, il est enseveli sous la froide pierre du sépulcre ! Il y est avec ses projets, avec ses prétentions aux honneurs et à la gloire; le silence habite son ancienne demeure, l'herbe croîtra tout-à-1'heure sur celle qui vient de lui être donnée: aujourd'hui, on ne s'aperçoit déjà plus qu'hier il existait encore. La trace de ses pas est effacée : c'est presque comme s'il n'était jamais né ; il ne valait pas trop , en effet , la peine de naître !

« Qu'est donc devenue cette intelligence qui voulait embrasser le monde, qui prétendait deviner les secrets de Dieu? Qu'est donc devenue cette imagination qui créa tant de merveilles , qui enfanta tant

de systèmes? Qu'est donc devenu ce cœur, siège de tant d'amour, de tant de passions diverses; ce cœur qui eut des désirs si vastes, et où il y eut toujours une solitude immense, malgré tous les sentiments qui s'y pressèrent tour-à-tour? Qu'est devenu ce roi de l'illusion? Tout cela est-il sous cette poignée de cendre , et l'homme repose-t-il tout entier dans la poussière? Parmi tant de doctrines, en existe-t-il une qui nous fasse l'héritage du néant; qui, avec une ironie dédaigneuse, et sans pitié, livre à l'horrible faim des éléments la triste proie embellie un jour par la noble figure humaine?

« Nous rêvons un instant sur la terre ; notre rêve est tantôt paisible, mais le plus souvent inquiet et troublé : une crise bienfaisante , qu'on appelle la mort , survient et cause notre réveil. C'est la plus petite partie de notre histoire; la tombe nous révélera le reste. Il serait donc utile que l'homme eût toujours présent à la pensée que sa mère lui a donné le jour au milieu des souffrances, et qu'à lui-même son premier cri a été un cri de douleur. C'est un gémissement qui a commencé avec sa vie , et qui finit avec elle; tout, jusqu'à l'ombre du bonheur, lui coûte des larmes.

« Et si tout est fugitif, incertain, fantastique, dans le songe de la vie, qu'y a-t-il de plus fugitif, de plus incertain, de plus fantastique que la science ellemême? Ceci n'est pas nouveau: d'antiques tradi-

lions, perpétuées d'âge en «âge, disent que la science est le principe de tout mal, que l'orgueil de l'homme est la source de toutes ses misères. »

Le prêtre voulut repousser la vive attaque du jeune orateur, et réhabiliter la science. Il parla des condescendances de la vérité se pliant à autant de genres de démonstrations qu'il y a de modes dans l'esprit humain , se rendant successive pour s'accommoder à une intelligence qui appartient au temps. Mais nous Fécoutions peu; nous étions occupés d'autres intérêts que de ceux d'une raison ferme et élevée. Comment un jeune homme paraît-il détrompé à ce point de toutes les choses de la vie? quel est cet incroyable effet de l'imagination qui sitôt agit sur ses facultés neuves, qui sitôt fait naître dans sa poitrine le gémissement de la douleur, et produit avec une tristesse si amère cette longue plainte contre la destinée? qui a pu, à peine sorti de l'adolescence, lui découvrir déjà tout ce que l'homme renferme de misère ; et la science , de vanité ?

Toutefois le fond de cette arae n'avait pas échappé à tous. Ceux qui avaient passé par les mêmes épreuves l'avaient compris. Cette douleur intime qui s'échappe de ses paroles, cette mélancolie de ses habitudes tient à un malaise moral , à une solitude du coeur. Il se croit rassasié de la vie, et il ne l'a pas pontée encore. Peut-être les chagrins et les ennuis sont venus le saisir prématurément. Il n'était pas armé

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