LIVRE IL io
reurs: «Ma fille, dit-il à Antigonc, c'est en vain « que je lutte contre moi-même; je ne puis trouver « de soulagement que là où j'ai commencé à souffrir, « là où je fus coupable pour la première fois. Ma « fille, conduis mes pas sur le Cythéron. »
« Antigone obéit. Œdipe , appuyé sur sa fille , semblait diriger les pas de la vierge timide , tant il était en quelque sorte poussé par l'instinct de sa destinée. Ainsi une cavale de Potnie, dédaignant les gras pâturages qu'arrose l'Asopus , s'élance sur les monts escarpés: elle va au-devant de l'orage; elle sait qu'au sein de la tempête elle respirera le souffle fécond qui doit la rendre mère. Tel était OEdipe s'avançant vers son tombeau mystérieux. »
Ici Tirésias, accablé, s'interrompit un instant. Aussitôt Daphné prend sa lyre accoutumée à ebariner les ennuis du vieillard. « Ma fille, lui dit Tireras, n'articule aucune parole. Fais-nous seule- « ment entendre ces syllabes mélodieuses qui ne « forment aucun mot, mais qui , unies au son de la « lyre , imitent si parfaitement le ebant du cygne « près de mourir. »
« Prêtresse d'Apollon , s'écrie Hélène tout en lar- « mes , ne faites pas entendre le ebant du cygne. « Hélas ! vous me rappelleriez trop vivement les « bords de l'Eurotas. Les accents de l'oiseau mer-
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« veilleux ne me sont pas inconnus; ils ravissaient « autrefois mon ame; je n'aurais pas aujourd'hui la « force de supporter de telles émotions. »
Daphné alors accorda sa lyre en souriant, et elle en tira des sons isolés, sans les accompagner de sa voix.
Quand le calme fut un peu rentré dans lame de Tirésias , le divin vieillard reprit en ces mots :
« Ainsi, après plusieurs jours de marche incertaine, OEdipe et sa pieuse fille parvinrent au pied du Cythéron. Cette montagne est traversée par trois routes également fréquentées : l'une conduit aux vignes célèbres de la Phocide, et s'élève, par une pente insensible, jusqu'aux deux cimes du Parnasse, qui fendent les nues ; l'autre aboutit à la ville d'Éphyre, que le vertueux Sisyphe bâtit entre deux mers ; enfin la troisième descend jusque sur les frontières de 1 Eli de, où elle continue de serpenter le long des rives fraîches et sinueuses del'Alphée. Les deux exilés suivent la seconde route, et s'arrêtent au point où elle est coupée par les deux autres. C'est là qu'avait été commis le meurtre de Laïus. « Ah ! malheur à « moi , s'écrie à l'instant OEdipe , malheur à moi « d'avoir été si long-temps sans m'inquiéter de sa- « voir qui était cet inconnu que j'immolai avec tant « de fureur! Hélas! je revenais de Delphes, où j'é-