‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 40 sur 217 · LIVRE IL n · texte numérisé non relu

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long voile, tenant dune main le couteau sacré, et de l'autre la parère pleine du sang de la victime. L'auguste misérable est entouré dune lumière dont la vierge ne peut soutenir tout l'éclat, et qui s'éteint aussitôt: alors d'épaisses ténèbres lui dérobent la vue de son père ; et du sein de ces ténèbres mystérieuses sort ce dernier cri : « Hélas ! hélas ! adieu , « ma fille ! » A l'instant même renaît la clarté du jour. Antigone s'approche en tremblant; mais elle ne trouve que la brebis égorgée : il ne restait plus rien d'OEdipe. Ainsi disparut de la terre le fils de Laïus. Fut-il consumé par la foudre? fut-il englouti dans un abyme? fut-il enlevé vivant dans l'Olympe? Les Dieux se sont réservé ce secret.

«La généreuse fille d'OEdipe, restée seule, partagée entre l'étonnement et la douleur, chercha trois jours entiers le corps de son père, pour lui rendre les honneurs de la sépulture. Les chênes embrasés brûlaient encore. Elle ne foulait qu'avec terreur ce lieu consacré par le jugement des Dieux. A la fin, excédée de fatigue, elle se réfugie dans la modeste demeure d'un vieux pasteur, en attendant qu elle puisse exécuter les dernières volontés de son père, et se rendre à la cour de Thésée.

« Cependant la renommée commençait à publier la mort du malheureux OEdipe. Mille récits divers circulaient parmi les peuples. Hémon croit qu'An-

'l'OME i.

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tigone maintenant ne refusera plus son appui. Il sort de Thèbes , et va sur le Cythéron pour y découvrir quelque trace des illustres bannis. Il arrive ainsi, conduit par le hasard, devant une cabane ombragée par de vieux chênes. Deux jeunes filles semblables à des Oréades étaient assises à la porte de la cabane, et s'entretenaient à voix basse. L'une d'elles avait un luth qui par intervalles faisait entendre de légers sons pareils au frémissement du zéphyr dans le feuillage d'un arbre; l'autre accompagnait doucement les accords de l'instrument harmonieux : parfois elles s'interrompaient pour s'entretenir. Et alors on eût dit deux ombres heureuses, dans les retraites de l'Elysée , se rappelant les souvenirs de la vie.

« Le fils de Gréon , immobile, n'ose respirer, dans la crainte de troubler le concert et les charmants entretiens. Voici ce que disaient les jeunes filles semblables aux Oréades : « La belle étrangère goûte .< maintenant les douceurs du repos. Ah! ne trouât blons pas le silence qui entoure la demeure où « dort la belle étrangère. Sans doute depuis longtemps elle n'a pas joui du repos, car ses larmes « nous ont révélé ses longs chagrins. As-tu re- .< marqué, ma sœur, la noblesse de tous ses traits? «Oui, j'ai vu sur son visage l'empreinte d'une « haute origine. Cependant elle s'est offerte à notre

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