‹ Œuvres de M. Ballanche (volume 5)Chapitre 63 sur 217 · LIVRE IV. i5o · texte numérisé non relu

LIVRE IV. i5o

ils s'étaient furtivement introduits clans le vallon , par un chemin détourné qui leur était connu. Tls croient n'avoir rien à craindre de ces femmes, de ces vieillards livrés tout entiers à la douleur, et ils se jettent à l'improviste sur les riches baudriers, sur les casques étincelants, sur les fortes cuirasses. Mais Piri thons, comptant plus sur son courage que sur ses forces, s'élance en criant d'une voix terrible: «Brigands, vous ne savez imiter que les ex- « ploits des loups et des vautours : il ne s'agit plus «de dépouiller impunément des cadavres, de vio- «ler la religion des tombeaux; votre impiété vous « coûtera la vie. » Il dit, et se précipite au milieu d'eux.

« Leur chef, homme fort et robuste , et dans la fleur de la jeunesse, accourt au-devant du roi des Lapithes, et le renverse du premier choc. Tel est un vieux taureau qui fut le roi de la bergerie : naguère sa corne menaçante défiait ses rivaux jaloux; maintenant il est inhabile aux combats comme à l'amour. Si un loup ravissant pénétre dans le parc où reposent en paix les blanches génisses et les innocentes brebis , le taureau , cassé de vieillesse , ne peut plus les défendre. Le souvenir de son ancienne gloire lui donne un instant de vigueur; il s'avance avec courage contre un ennemi que jadis il eût immolé avec dédain; mais aujourd'hui il succombe

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clans un ignoble combat. Le loup s'attache à la gorge du roi de la bergerie, déchire de cruelles morsures son fanon flottant, le terrasse, et exerce ensuite avec sécurité ses hideux ravages. Ainsi Pirithoiis fait de vains efforts: il ne peut seul résister aux nombreux assaillants qui l'entourent ; et la mort est près d'envelopper de ses ailes ce généreux vieillard , noble victime de l'hospitalité. Il ne protégera plus la troupe timide des veuves et des orphelins, qui font retentir l'air de leurs lugubres clameurs. Mais Hémon a entendu le bruit des armes, et les cris des femmes et des enfants?*!! se précipite dans le vallon avec la rapidité de l'éclair. Ses Thébains et les Athéniens sont accourus en même temps des différents points de la forêt. Le fils de Gréon les précède tous. Il arrive assez tôt pour sauver Pirithoûs : seul il dissipe cette troupe lâche et féroce, comme un vent impétueux chasse devant lui des tourbillons de poussière, comme une froide rafale d'automne enlève les feuilles sèches des arbres.

« Prince de Thébes, lui dit Pirithoûs, vous venez « de sauver la vie à un chef vaillant; car je ne lais- « serai pas un nom obscur après moi. J'ai vécu avec « les héros d'un autre âge, et je n'étais pas indigne « d'eux; je marchais leur égal. Néanmoins, si vous « n aviez fait que me sauver la vie, votre victoire

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