LIVRE IV
« se calmera; et, à la tête de mes soldats, je les acu compagnerai jusqu'aux portes de Thébes, eu sui- « vaut une autre route que la vôtre. » Hémon obéit aux ordres de Pirithous; et, suivi de ses compagnons, il prend, avec Antigone, le chemin de la foret de Némée.
« Les femmes thébaines poussent de nouveaux cris , mais ce sont les derniers accents de la fureur ; les larmes recommencent à couler, et le calme rentre dans leur a me en même temps que la tristesse. Les veuves et les mères désolées, après avoir déposé les ossements dans les urnes, retournent en silence dans la ville de Cadmus ; les enfants et les vieillards marchent au milieu délies, et les guerriers de Pirithous forment une escorte à ce faible troupeau.
« Pendant qu'Antigone et Hémon , suivis des soldats thébains , erraient dans la forêt , sans tenir de route certaine, d'épaisses ténèbres couvrent la terre. Bientôt on entend mugir les vents précurseurs de la tempête, le tonnerre roule son terrible fardeau dans les airs; de formidables éclairs traversent l'obscurité immense ; les animaux sauvages font retentir les montagnes de leurs tristes hurlements ; les arbres sont brisés par la violence de l'orage. Antigone se voit environnée de mille fantômes: e est le grand Laïus , assis dans un char de feu ;
i7o . ANTIGONE.
c'est Jocaste, la plus belle des femmes, amassant autour d'elle des nuages pour cacher toutes ses hontes et toutes ses misères; c'est OEclipe, privé de ses yeux, le front sillonné, les cheveux et la barbe souillés de poussière, exhalant l'odeur de la foudre, et murmurant, d'une voix rauque et inarticulée, les paroles du malheur et de l'opprobre.
« La vierge timide, dans l'abattement de la douleur, parle ainsi à son noble guide : « Fils de Gréon, « vous pouvez peut-être me défendre contre la mé- « chanceté des hommes , contre la faim des bêtes «féroces, mais non contre la colère des Dieux. « Voyez comme je marche d'infortunes en infor- « tunes, portant toujours avec moi ce funeste héri- « tage d'OEdipe. Les Immortels veulent poursuivre «jusqu'à la fin le sang dont je suis issue. Qui a pu « tout-à-1'heure inspirer aux femmes de Thébes une « telle horreur pour ce sang malheureux? et cette « tempête, toute semblable à celle qui éclata sur le « Gythéron lorsque mon père disparut de dessus la « terre, qui l'a excitée? »
« Rassurez-vous , répondait Hémon , souvent la « tempête éclate dans ces solitudes. Cette contrée « est voisine de l'isthme ; les vents qui tourmentent « la mer de Tyrrhène et celle de Myrthos viennent « quelquefois essayer ici leur puissance, et se livrer «de terribles combats; mais voici que le soleil se