LIVRE I
pos. Il s'était trouvé avec les héros de la Toison d'or, qui visitèrent mille régions inconnues ; et il avait appris deux tous les prodiges de cette expédition merveilleuse. Il redisait le navire Argo, dont les rameurs étaient tous des rois, ou des fils de rois; la poutre prophétesse, coupée dans les forêts de Dodone, et qui continuait de rendre des oracles parmi les abymes des mers; le Pont-Euxin, séjour des plus affreuses tempêtes; la glèbe féconde donnée par Triton , en signe d'hospitalité , au chef d'une si mémorable entreprise; les riches campagnes qui s'étendent au pied du Caucase, et que le Phase arrose de ses eaux immenses; le dragon, redoutable gardien du trésor de Mars. Il redisait Orphée, tantôt faisant oublier, par des chants inspirés, les fatigues et les ennuis d'une longue navigation , tantôt dirigeant la manœuvre par les sons de sa lyre divine ; le bel Hylas, doucement attiré au fond des eaux par les nymphes des fontaines ; la magicienne de Gol chos, sacrifiant à l'amour iaimable pudeur d'une vierge , les devoirs les plus sacrés , et le trône de ses pères, mais ne pouvant retenir par la force des enchantements un cœur qu elle avait conquis par le simple attrait de la beauté. Il redisait Hercule, bienfaiteur de tant de peuples; le fameux pilote Typhis; Castor et Pollux, célèbres par leur amitié frater nelle, et par leur indomptable valeur ; le vainqueur
du Minotaure ; l'amant infidèle d'Hypsipyle et de Médée ; Nestor de Pylos , déjà renommé par les charmes de son éloquence; Pelée, que, depuis, une déesse n'avait pas dédaigné de prendre pour époux; Télamon, Méléagre, Adméte, tous ceux enfin qui partagèrent et la même gloire et les mêmes dangers.
Tirésias mêlait à ses récits de graves leçons sur la piété envers les Dieux immortels , sur le gouvernement des peuples, sur la nécessité de pratiquer la vertu. Daphné, lorsque son père suspendait ses discours, tirait de sa lyre les accords ravissants que lui avaient enseignés les Muses. Toute la famille de Priam était plongée dans une admiration mêlée de respect; car, alors, la sagesse et la poésie étaient regardées comme les plus beaux présents des Dieux.
« Illustre étranger, dit un jour Priam à Tirésias, « vous ne nous avez point encore parlé de la ville « d'Amphion, qui vous a vu naître, de cette ville où « viennent de se passer tant d'événements funestes ; « vous ne nous avez point parlé d'OEdipe, ni de ses « deux fils, ni de cette guerre terrible des sept chefs. « Le rapide Hellespont, la vaste mer que partage « l'Eubée, nous séparent des belles contrées où s'é- « tablirent les descendants d'Agénor ; et nous n a- « vons, jusqu'à ce jour, recueilli que des bruits in-