LIVRE V
de la foudre. Tout le sol d'alentour était devenu mobile: telle, sur les bords de la mer, cette arène infertile que l'on remue à la hâte pour y ensevelir de malheureux naufragés. Les roues du char d'Hémon s'enfonçaient jusqu'au moyeu dans la terre; et ses coursiers vigoureux, en s'enfonçant eux-mêmes, y creusaient avec peine de profonds sillons.
« Le prince Thébain, frappé d'étonnement, adressait au grand-prêtre des adieux qui ne pouvaient parvenir jusqu'à lui qu'en traversant la terre. Il serait sans doute encore resté long-temps immobile, sans des cris iqui, retentissant de tous côtés, l'arrachèrent à sa rêverie. Les Argiens, devant leurs tentes, les Thébains, du haut des tours de la ville, avaient vu la mort merveilleuse du fils d'Oïclée. Quels temps furent plus féconds en prodiges? Naguère Œdipe a disparu au milieu d'un orage; et voilà Amphiarïis qui s'enfonce dans le sein de la terre! On doutait de la réalité de cette scène lugubre; on n'osait se fier à ses sens; on craignait d avoir été trompé par ce jour incertain et douteux de la lune. Mais , peuples infortunés ! ce n'est que le commencement de prodiges plus extraordinaires et plus funestes. Un nuage de feu couvre la ville de Cadrnus, et s'étend sur toute la campagne d'alentour; des gerbes de flammes sortent des som-
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mets du Cythéron. Le mont Phicéus paraît tout embrasé. On entendait dans les airs comme un cliquetis d'à rines ; on entendait même le cri des combattants, le râlement des mourants, et les sifflements des serpents d'Erinnys: tous les éléments semblaient rentrer dans le chaos. Les Thébains ouvrent leurs sept poites; les Argiens soFtent de leurs tentes; tous ensemble client veFS le ciel. Terre de Cadmus , on eût dit que la funeste semence des dents du dragon hérissait de nouveau tes sillons terribles. Terre de Cadmus, vas- tu de nouveau dévorer cette moisson lamentable?
«Hémon rentre dans la ville, et raconte une partie des paroles d'Amphiaraûs. Les guerriers apprêtent leurs armes. Les femmes, les vierges, les vieillards, les enfants, remplissent les temples.
« Antigone et sa sœur Ismène , retirées dans le palais dOEdipe, se disaient leurs mutuelles inquiétudes et leurs trop faibles espérances. Le cœur de F homme est inépuisable en ressources pour se déguiser un sinistre avenir. Les deux infortunées, seules au milieu de ces appareils de combats, croyaient encore que leurs frères finiraient par entendre la voix du sang. Néanmoins elles ne s aveuglaient pas tout-à-fait sur l'excès de leur malheur ; elles savaient trop l'orgueil des fils dOEdipe, cet orgueil qui se révolta si fort contre l'opprobre et la