‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 11 sur 86 · LIVRE PRfiMŒR · texte numérisé non relu

LIVRE PRfiMŒR

M â elle qu'Orphée est venu donner la capacité ti du bien et du mal. >>

Pendant que les vieillards discouraient ensemble, PaUas entre dans l'appartement de son père. Le roi fait asseoir à ses côtés le jeune cliasseiif ^ vaine espérance d'un avenir qui n'existera jamais. Il lui dit: «Ecoute, mon u fils, tu peiïK prendre part aux graves entreu tiens qu'un envoyé des dieux veut bien avoir « avec ton père. Les discours des vieillards sont u toujours profitables à la jeunesse. Tfaamyris u sur- tout, si plein d'expérience, et qui a vu u tant de peuples célèbres, ne sait proférer que u des paroles qui doivent rester g^ravées dans u la mémoire. D'ailleurs il connaît la contrée u où vécurent nos ancêtres; il te rappellera une u patrie qui aurait dû être la tienne. Mais auu paravant prouve-lui que je n'ai point laissé u évanouir dans ton cœur des souvenirs qui « n'ont jamais cessé de m'être cbers : retrace (( quelque fait mémorable de la Grèce, dans le u Jaugeage, pour lui, si nouveau du Latium. En « tVgarant à la chasse, tu as vu le tertre fu- " nébre où viennent d'être ensevelis les trois n fils d'AmphiaraiJs , ce noble devin qui fut u englouti devant Thébes , après avoir été en-

« traîné, contre son ^, dans la querelle impie u des deux frères : c'est dans les belles retraites M de Tibur, au milieu de mille limpides fonu taines, que repose la jeune postérité du prêtre il g^uerrier; et la perfide Éryphile, sans époujc, u sans enfants, a vu, trop justement délaissée, u finir ses jours malheureux dans les palais socditaires d'Argos. Non loin de ce tertre fuit nèbre, et tout près de la demeure de' la siu bylle, un berger sicilien t'a appris des chants a que tu aimes à redire. Les aventures d'Or- « phée, telles que tu les tiens de ce chanteur (( habile, plairont sans doute à l'hôte auguste fcqui ne dédaigne pas notre irréprochable u foyer. Il ne les écoutera pas sans intérêt, parucequ'il saura ainsi ce que sont devenus les « récits de la Grèce en traversant les mers, en (( passant de bouche en bouche, et en se pliant c( aux lois de notre poésie sauvage. On nous a (( raconté, mon cher Pallas, que Thaniyris était u né dans la Thrace, et qu'il avait été disciple (( d'Orphée. Ceci n'est point entièrement exact : M toutefois nul ne peut mieux que Thamyris « lui-même rectifier l'histoire que tu vas dire; M nul ne peut mieux nous instruire de ce que « l'on sait sur ce génie sublime, à qui les dieux

«inspirèrent les lois de la société, celles du

u bien et du beau. Mais, mon fils, si la jeunesse

«doit être avide d'apprendre et de connaître,

uelle doit aussi être réservée et modeste. Ce

«que tu ne comprendras pas des discours de

u Thamyris, tu ne chercheras point à le péi|ié-

u trer; car, mon fils, ce n'est pas à ton âge que

utous les trésors de la sagesse peuvent être

u ouverts; et tu ne dois pas même t'étonner si

u dans de certains moments je t'ordMne de te

u retirer pour me laisser seul avec le poète di-

« Yin, Allons, mon fils, commence tes chants. »

A ces mots, le fils docile du vénérable Évan-

dre, le visage coloré d'une aimable rougeur^ se

mit à chanter en s'accompagnant de la lyre :

(i Muses agrestes de FOËnotrie, saurez-vous

u peindre des objets élevés? saurez-vous plier

u à une harmonie douce et savante vos rudes

«accents? Jusqu'à présent vous n'avez inspiré

a que des bergers. Les troupeaux errants dans

a les campagnes connaissent seuls vos rustiques

u concerts. Quelquefois vous avez assez bien

«exprimé les cris sinistres de la guerre, les

« mâles habitudes de hordes à demi barbares.

« Muses agrestes de l'OEnotrie , pour la pre-

u mière fois, imitez les suaves mélodies de la

« Grèce; pour la première fois, rivalisez avec a les nymphes de rHëlicon , avec les chastes a filles du Parnasse. »

Ainsi commença de chanter le jeune Pallas avec une voix pure et timide. Puis il peignit les rochers émus aux accents d'Orphée, les arhres des forêts s'inclinant aux puissants concerts du poëte inspiré, les animaux féroces accourant de leurs asiles , et venant lécher ses pieds, u Tels furent les prodiges de cette har- «monie ravissante, disait Pallas; muses de u rOCnotrie^ vous appartiendra-t-ii jamais de «renouveler de semblables merveilles?»

Pallas chanta ensuite comment Eurydice, fuyant la poursuite d'Aristée, fiit blessée mortellement par un serpent caché sous les fleurs de la prairie, comment elle descendit dans les royaumes sombres, où bientôt Orphée voulut la suivre , pour essayer de l'arracher à la rigueur de son sort. Le poëte divin, qui avait apprivoisé les tigres et les ours, obtint un triomphe plus grand encore; il répandit quelque calme parmi les lamentables habitants de rÉrèbe, il suspendit les tourments des coupables livrés à la justice divine, il adoucit le tyran des morts lui-même ; et il lui fut accordé

Je pouvoir ramener son épouse à la lumière du jour. Mais, hélas ! ce fut à une condition bien cruelle qu'elle lui fut rendue. Il devra marcher le premier, pour {juider Eurydice, et s'abstenir de se retourner jusqu'à ce qu'il soit parvenu sur la terre où l'on respire l'air de la vie, que baigne la lumière du soleil. Imprudent ! lorsqu'il souscrivit à ce pacte funeste, il crut qu'il serait assez maître de lui-même.

Songes enivrants de l'amour, bercez l'ame du poète ! endormez toutes ses pensées ! qu'il marche en rêvant le bonheur, mais qu'il se contente de le rêver! Un seul regard peut perdre cette grande espérance qui habite en lui ; et comment croire qu'il pourra résister au désir d'en acquérir la certitude par un regard! Le redoutable roi des morts connaissait bien les faiblesses du cœur de l'homme ; il savait que sa proie lui serait rendue ; vaincu par les accents d'Orphée, il avait cédé, et en cédant il n'avait accordé qu'un présent trompeur. Eurydice suivait son époux ; elle le suivait à pas furtîfe, osant respirer à peine, et craignant toujours d'être trahie par le plus léger frôlement de ses vêtements aériens; timide et trem- ]>lante, pleine d'un doute intinisur la mort,

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