‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 26 sur 86 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

194 ORPBÉE.

(I point pour dompter les hommes; et les seu crets de la poésie ne sont pas tous dans les « hautes pensées. »

«Ici, Évandre, je ne puis ni'ahstenir de m'arréter encore pour vous communiquer une observation importante. Plusieurs peuples se disent nés du sol qu^ils habitent. Il n'en est point ainsi. La race humaine est une; elle est par-tout la même. Les muses antiques de la Piérie en racontent l'origine. Mais avant d'avoir des lois 9 ne peut-on pas se représenter l'homme semblable à cette belle statue d'argile que façonna Prométhée? L'homme né du sol n'est donc que l'hypothèse de l'homme avant la société. Toutefois, sage Évandre, ne nous laissons pas éblouir par de tels récits, et cherchons toujours la vérité qu'ils contiennent. J'insiste sur ces choses en ce moment, parceque souvent elles doivent être présentes à notre esprit. Les Pélasges donc n'étaient pas nés du sol ; les chants d'Orphée et d'Eurydice évoquèrent l'ame des ancêtres ignorés de ces peuples : la race exista pour eux.

«Alors ils s'empressèrent d'offrir k leurs hôtes des fruits et des racines. Orphée leur donna en échange une poignée de ce graia ,

UVRE TROISIÊBIE. 196

le far iSécond, qai est destine par les dieux à être la nourriture de Thomme, bienfait pour lequel ces peuples reconnaissants ne tardèrent pas d'instituer les mystères de Gérés et de sa fille Persëphone. Le don du blé, comme vous le savez , roi pasteur, et comme l'avait dit le puissant Talaon , c'est le don même de la prévoyance, c'est le don de cette faculté qui porte la pensée dans l'avenir; car il faut ensemencer dans une année et recueillir dans l'autre. L'homme apprend aussi, par le retour périodique des moissons, à distinguer les météores , à connaître ainsi la succession de la vie. Chez vous, illustres Latins, Saturne est à-la-fois le dieu du temps et le dieu de l'agriculture. Sans doute que les phénomènes du ciel et les phénomènes de la terre ont été unis ensemble dès le commencement. Les prérog;ativcs de la propriété ont été transportées du ciel sur la terre; la propriété a eu des confins dans le ciel avant d'avoir des limites sur la terre. Le droit se forme dans le ciel avant d'apparaître sur la terre. Telle est la raison des attributs éminents de la lyre*

M Cest , je crois , le moment , modeste Évandre, de vous dire une aventure d'Orphée,

tm ORPHÉE.

qui sera pleine ponr tous d'ane iostmction ininie.

« Un jour, à Fheare du soir, le poète di^in errait avec Eurydice sur les bords de cette mer agitée, qui n'était célèbre encore par aucan naufraf^e. Le temps était calme, la mer entndt dans le majestueux repos de la force indomp table , repos plein de charme et de puissance. Le poète et sa noble compagne s'assirent sur un rocher que les yagues venaient caresser en murmurant; quelquefois l'écume blanche s'élevait jusqu'à eux comme en se jouant , et venait légèrement mouiller leurs pieds. Le soleil avait disparu dans les abymes resplendissants (le la mer, une nuit transparente s*avançait en silence sur les flots. Orphée, ému par la solennité d'un tel spectacle , prit sa lyre et chanta. Eurydice, tout occupée des chants inspirés de son glorieux époux, ne vit pas d'abord une apparition qui se montrait <, non loin de \h , sur une cime la plus escarpée et la plus sauvage de Tile. Cétait une femme dWe taille toute divine. Une iongue robe blanc!: e, serrée au-dessous du sein par une mature bleue que fermait une agrafe d'or, * destinait les contours nobles et gracieux dt*

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