‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 28 sur 86 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

le retentissement de ses pas. Il est entouré d'épaisses ténèbres, il ne sait comment il retrouvera sa route; enBn il se met à jouer de sa lyre et à chanter. Lorsqu'il s'arrête, une voix part des profondeurs de la g;rotte, et murmure le long des voûtes du souterrain : cette voix était pleine de douceur et de tristesse, comme seraient les derniers accents de la fille la plus belle d'un héros, qui, toute pleine encore de vie et de jeunesse, lutterait en vain contre une mort lente et douloureuse; ou plutôt comme serait l'hymne funèbre d'unevierge résignée, douce et tendre victime, dont le sang innocent va tout-à-l'heure arroser un autel funeste.

uPoëte divin, disait-elle, que veux-tu de a moi? Laisse, laisse en repos une sibylle u inspirée comme toi, mais à qui tu viens rao vir sa puissance. Ah! ne crois point que je <( sois un être malfaisant. J'avais reçu le don « de l'avenir, mais c'est dans un ordre de a choses qui finit, et le don de l'avenir se rei( tire de moi. Plus d'une fois les Titans, dont u le régne alors paraissait devoir être immua- -i- ble, m'ont menacée de me revêtir d'une u iunique de pierres , parceque , par mes ora-

« des, je les troublais dans leur force. Je pré- <i disais le siècle nouveau qui me tue. Orphée, tt il faut que je te le dise , j^ai résisté , autant a que j'ai pu, à ton ascendant; c'est moi qui « ai rendu vaines tes premières tentatives : tel tt était mon destin. Je suis vaincue par toi et «parla fille de l'homme d'airain. Je n*ai aou cun ressentiment contre vous; je veux te le u redire, je ne suis point un être malfaisant « Écoute , poète divin , écoute le peu de pa* a rôles qu'il m'est donné de prononcer encore, « et qui sont les dernières ; tu peux les écouter «sans crainte, car maintenant mes paroles «sont sans puissance. Écoute donc, j'ai vu u un monde périr, et ce spectacle ne peutsortttir de ma pensée. Des races florissantes a existaient où sont à présent les abymes des umers. La grotte où tu m'as suivie, et dont « tu ne peux voir les tristes merveilles, est un «mélange confus de débris de rochers, de u fortes citadelles, de grands tombeaux. Tout u a été confusément entassé par le génie de la u mort. C'est au sein d'un si lamentable chaos u que j'ai fixé ma demeure, comme les oiseaux tt de sinistre augure qui bâtissent leurs nid» a parmi les ruines. Les pères de la race hu*

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