LIVRE TEOISlÉBfE
« CTeit peut-être, disait-il, Famé de mon père it qui veut finir mon opprobre en m'éclairant usur mon origine. Auteur inconnu de ma u vie passagère, disait-il encore, viens-tu ver- « ser sur moi les génies de ta race immortelle? u Ah! si j'ai refusé d'aller te consulter à Foraacle de licucade, pardonne-moi; tu sais ce u qui m'a détourné de ce dessein, v Mais Faigle augurai s'enfuyait, et allait se perdre dans le vague azuré du ciel* Eurydice à ce moment douloureux était pleine d'une tristesse infinie, tt Toutefois, lorsque Orphée et Eurydice étaient retirés, ils passaient dans d'aimables entretiens les heures de Fcxil. Ils parlaient du puissant Talaon et de la charmante Vola. Ils se rappelaient les graves leçons de Fun, les douloureuses inquiétudes de l'autre. Ils ne sa-* vaient s'ils devaient continuer de vivre ensemble comme un frère et une sœur, ou s'ils pouvaient entrer dans la société conjugale, après y avoir £ait entrer les habitants de File. Hélas l leurs courses n'étaient point finies, et ils ressemblaient toujours aux oiseaux voya«* geurs. Cette incertitude de l'avenir, qui exi»« tait pour eux seuls, mêlée aux douces alarmes de l'amour, faisait que leur vie mystérieuse ne
s'écoulait pas sans de vives agitations au fond du cœur. Cette tristesse intime incessamment s'augmentait pour Eurydice : c'était une belle plante dévorée par le soleil du midi. £lle n'avait d'autres pensées que celles dont Orphée était l'objet ; et elle s'épanouissait en sa présence; mais sitôt qu'il s'éloignwt, ou pour se livrer à d'utiles travaux, ou pour instruire les peuples, elle languissait à l'égal de la fleur du lotos, lorsqu'elle cesse d'être baignée par la rosée du matin, ou par l'eau de la fontaine. Elle s'étonnait de ce que la musique, qui peut civiliser les hommes, ne connaît aucun prestige pour tromper les ennuis du cœur. Lorsque Orphée était auprès d'elle, c'était comme une joie douloureuse qui lui donnait une sorte d'effroi tout semblable au malheur de l'absence. La lyre elle-même n'avait plus pour la fille de la vision qu'un charme difficile à soutenir. Elle demandait l'air de la tempête; mais l'orage était dans son cœur. Elle demandait les baisers de l'amitié fraternelle; mais il n'était plus au pouvoir d'Orphée de lui donner les baisers de l'amitié fraternelle. Dieux! rendez-lui les anciennes .rêveries du premier âge! Faites-lui retrouver les images