TOME V
J'ai dit que j'avais fait un poëme antique.
Toute histoire commence par une épopée; j'étais donc tenu de commencer l'histoire de l'humanité par une épopée.
Il faut s'identifier avec le gfénie général des temps où les compositions symboliques étaient de l'histoire. Elles étaient saisies pour le fond, sans que l'on se rendit compte de la forme , sans que l'on eût besoin de les expliquer dans les détails. Ulysse faisait l'effet d'un héros différent du type héroïque : c'était le plébéien, à l'insu des poètes et des peuples, qui l'adoptaient tel que le donnait la tradition. Nul ne demandait pourquoi il employait toujours la ruse.; on savait bien que la force essentielle du héros lui manquait. Nul ne s'étonnait de voir sa tête couverte du pétase, parcequ'on le prenait pour l'homme voyageur. S'il voulut obtenk les armes d'Achille, avait-il un antre moyen que la parole? Les armes d'Achille étaient une Genèse, comme le démontre la célèbre description du bouclier, imitée depuis par Virgile , qui a fait aussi du bouclier d'Énée une Genèse.
L'emblème donné par la tradition ët^îc^
adopté dans toute sa rigueur, et homogènement complété. Il importe peu de savoir où Photius a trouvé qu'Ulysse fut changé en centaure par Halé, magicienne étrusque; il suffit de sentir que la l^ende est conforme à l'esprit du mythe.
Strabon niait les Amazones , parcequ'il ne pouvait les expliquer. Mais les Amazones étaient consacrées par la poésie et par les arts; et nous voyons , à côté de tous les ordres de civilisations primitives , apparaître un peuple d'Amazones.
Ainsi les Centaures; ainsi les Gyclopes; ainsi ces lies habitées seulement par des nymphes.
Quant aux personnifications, il serait permis de dire non pas qu'elles sont naturelles, mais qu'elles sont dans la nature même de l'esprit humain. Cette faculté primitive de personnification tiendrait-elle à un sentiment confus d'ime vérité cosmogonique, à savoir que l'homme universel fut divisé pour être expié?
Les personnifications, il n'est pas inutile de le remarquer, sont de deux sortes, de
Oi PREMIÈRE ADDITI09
même que pigrmi les hommes marqués poar marcher à la léte des siècles il en est de deux sortes.
En effet, il y a les hommes spontanés et les hommes assimilatifs ; ceux qui devancent leur temps, et ceux qui le représentent.
Voilà pourquoi il est arrivé que nous avons plusieurs personnages portant les noms de Thot, de Zoroastre, d'Orphée. Les uns sont les hommes spontanés , qui ont gouverné Pavenir; les autres sont les hommes assimilatifs qui ont été l'expression d'un temps.
Voilà pourquoi n'ayant fait qu'un Orphée, j'ai dû réunir dans le même type l'homme spontané et l'homme assimilatif. Cet Orphée a donc dû représenter quinze siècles , ainsi que je le disais tout-à-l'heure.
Déplus, toute doctrine , toute institution, ainsi que je le disais encore , se bifurquent : de là une nouvelle personnification , revêtue toujours du même nom.
Mais on ne peut exiger que je dise tout dans ce premier supplément aux Prolégomènes.
J'ai seulement voulu montrer que je pouvais justifier tous les éléments de ma composition.
Les arguments placés à la- tête de chaque livre sont les développements successifs de cette première addition.
J'ai donné au neuvième livre le nom de cosmogonie romaine.
L'épilogue qui termine l'Orphée s'unit intimement au prologue qui commence la Formule générale. Ce sont comme deux anneaux qui entrent l'un dans l'autre. La chaîne des destinées humaines étant continue, il fallait bien que la pensée essayât de suivre sans interruption cette chaîne.
La Formule générale sera précédée ellemême par une seconde addiâon aux Prolégomènes.
Toutefois j'ai dû désirer une transition métaphysique; Vico est venu me l'offrir. Son traité De'antiqua Italorum sapîentia est en quelque aorte le complément de cette cosmogonie romaine tentée dans le neuvième livre d'Orphée.
La psychologie que j'en tire , analogue à la grosse, et que je chercherai à rendre sensible, suppose que l'homme a gra<fuellement acquis la conscience ; j'oserai dire que la révolution