FIN DE LA PREMIERE ADDITION AUX PROLÉGOMÈNES
ARGUMENT
lU L^RE PREMIER.
Le lecteur doit savoir maintenant ce qu'est le poëme d'Orphée. Le lieu de ma fable est cette partie de rhorizon historique qui est le lieu de i'épopëe prtmitÎTe.
Dans les Prolégomènes, j'ai fait sentir l'idée ^énérale; dans les arguments de chaque livre, je m'occuperai de quelques détails.
Le premier livre est l'exposition du poème.
Le vieux Latium représente ce qu'il y a de plus recalé dans les origines romaines.
Évandre est sorti de la région anté-lunaire , c'està-dire conserve la mémoire d'une époque antérieure au défrichement primitif, alors que les rayons de la lune ne pouvaient pénétrer jusqu'au sol encombré d'une végétation exubérante. Les hiéroglyphes des bois sacrés nous apprendront plus tard à apprécier cette tradition de la grande foret de la terre, éclaircie çà et là par les premiers travaux de l'homme.
Évandre est un meurtrier^ car, ainsi que cela a
70 « tM^S^ënt
été dit, tout auteur d'un ordre de choses, dans la langue du mythe primitif, es^ un meurtrier. Ce meurtrier fiit même un parricide^ car, dans cette même Un^ue, un dynast^^ âjfrJoiidateur de dynastie, est un parricitàe.
Je me sépaîs Bien mal explique jusquà présent si j'avaf^ ^esahi de revenir sur les idées attachées à -cesmeottres, à ces Incestes, à ces expositions d'enfîtin$s pr<kiestinés, qui sont des événements si communs non seulement dans les mythoiogics, mais aussi dans les premières narrations de toute hbtoirç iiptique.
Toutefois ces meurtres, ces crimes divers, qui sont des mythes, ont besoin d*étre expiés; et c*est là que résidé le principe ^enveloppé de la grande loi des sociétés humaines.
Carmenta est une prophétesse palingénésiqne ; j*ai conservé la désinence de son nom à cause de sa transformation en sibylle latine : j'aurais pu aussi bien la désigner sous le nom de Nioostrate pour le temps ou elle fut thyade arcadienne.
La succession des muses théogonûjues et des muses cosmogoniques exprime une succession de flits antérieurs au défrichement primitif. Les muses de Vhumanité expriment une troisième période qui se partage elle-même en trois autres périodes, celles qu'ont signalées Varron et Vice,
i)F LlVnf PBHMIBR. 71
celles dont ii à été si souvent pêàé dans les Prol^omènes. »^ , ,,
Hortuna est la Fartiine^ mais la Fortune italique^ primitive. J ai conservé Taspiration et la désinence; la vétusté da mot dit la vétusté 4u sens» que j*ai voulu réveiller. Il en est de même du mot Fatum ^ qui désigne le Destin latin primitif, dans Je sen? déterminé par Vico et par moi. ^
En général , je n'emploie ces sortes de mots que poar leur conserver un sens originel qui ^e perdrait soit par une t^adaction française^ soit même si je ne prenais pas le soin d'en étudier les vieilles acceptions, quelquefois perverties pai* les élégances latines du siècle d'Auguste, quelquefois aussi ignorées de ceux qui s'en sont servis. Mais, il faut bien le dire, nous nous sommes tant occupés, dans nos écoles, de la langue du siècle d'Auguste, que la plupart de ces inflexions de sens ou ^ d'acceptions peuvent nous être attribuées. De là la nécessité de remonter le plus possible aux sources.
Le mot numèn est déjà expliqué dans les Proieg^oméoes : chaque dieu avait son numèn ^ et était * lui-même un numèn : ceci tient à une idée sur laquelle repose la cabale, car cette idée, qui est celle de la puissance des noms, n'appartient pas aux Juifs seulement.
lie mot géniùs ne pouvait se traduire, parceque
72 ARGUMENT ^
je voulais liiLdoiiner une signification spéciale, et que le rapt g^ie eût eu besoin d être restreint par une périphrase.: d ailleurs il fallait bien que plus tard le lecteur fut préparé aux mots ingenuùs et in^énuiims. In^éniùm, c'est comme on le verra, la capacité du bien et du mal. Et ici nous nous trou* vous en présence du dogme universel, si souvent démontré par les destinées humaines.
Je ferai , au reste , Thistoire de tous ces mots que j*ai nommés mots témoins , de leurs diverses phases, de leurs significations succ|^ssives*
Pour mieux compr^idre ce que les Latins entendirent par le géniù$ de famille, il est bon de se rappeler que les Indiens et les Chinois prennent collectivement une race cfxmme un individu. L'enfant céleste, le type de la race, agit dans tous ses successeurs. Les actions des ancêtres et des descendants sont toutes mises sur le compte de ce personnage qu'on pourrait nommer mythique. Nous attachons quelque chose de cette idée à l'unité d'une race royale, dont les destinées commencent, durent et finissent.
Loi-mosy au pluriel, lois-morès .* c'est la désignation de toute loi antérieure à la constitution civile des sociétés humaines. Si je m'étais servi de la locution loi traditionnelle y j'aurais égaré le lecteur dans un sens incomplet : le sens vrai et légitime
DU UVIUE PREMIER. 73
sera fixé dans le IX* livre. La ioi-mos est éminemment ésotërique.
Ops, au pluriel opes: c'est la terre, cest la richesse^ cest Thomme identique avec la terre, c'est . le possesseur par sa nature propre, cest le défricbear primitif, c est Thomme dans le sens le plus absolu et le plus virtuel. Ici, il faut que je l'avoue, j'ai tout pris sur moi. Néanmoins ma hardiesse sera pleinement justifiée dans les volumes de preuves.
L'ops est dcnic pour moi le vir d'un âge antérieur, Yiiomme qui a en soi la raison de lui-même , et qui par conséquent, né dans la capacité du bien et du mal, peut s'attribuer l'impunité.
Le vir eit Yops d'un âge suivant. Ainsi le mot vir sefait mal traduit pai* le mot héros. Énée est appelé dans Virgile vir et pater. Il aurait dû être appelé aussi auctory dans le sens de la vieille langue latine, dans le sens où Romains disait fides ArFcrroniTASQUE mea^ c'e^-à-dire dans le sens de source et cause.
Je me suis plus d'une fois arrêté sur le mot hosHsy et j'y reviendrai encore.
Maintenant nous savons ce que sont les religions ypiques et les religions hostiques. Ce n'est pas seulement la différence de l'ésotérisrae à l'exotérismé, >uisqu'il s'agit ici d'une différence dans la nature