LIVRE QUATRIÈME
a la terreur qui habitaient dans vos retraites (( jusqu'alors inaccessibles. Ah ! ces gfëmisseu ments que nous entendions, et qui semblaient u des plaintes funèbres, n'auraient-ils pas dû «être pour nous un avertissement salutaire?
u Les dieux de Tobscuritë et du silence nous «punissent, et nous' mourons de faim dans u nos sillons impies. »
ti OËagrius leur laissa exhaler leur fureur; puis me donnant la lyre d'Orjphée, il me conjura d'en tirer quelques uns des sons que m'avaient enseigfnës les Muses. J'obéis, et le souvenir seul du poète divin, réveillé par mes chants, fut comme une vive apparition pour cette multitude. Toutes les facultés de l'imagination furent ébranlées à-la-fois par la lyre aux confins célestes; les murmures confus se perdirent dans l'harmonie civilisatrice.
a Cependant le roi fit comme des dispositions militaires. Ilréunitles hommes, il choisit les plus jeunes et les plus forts; il n'avait pas besoin dé tous. Pour la première fois, on vit une armée.
u Le vénérable OEagrius monta sur un char traîné par de puissants taureaux, qui n'étaient point encore accoutumés au joug, emblèmes
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YÎvants de ces peuples. U me fait placier à cAté de lui sur ce char informe, dont le fer presque brut faisait toute la solidité. Le roi avait une longue lance, armée d'un fer aigu. Une peau d'ours couvrait ses larges épaules , et enveloppait ses reins vigoureux. Sa longue iMurbe descendait rudement sur sa poitrine vdne, siège de la force; sa chevelure terrible flottait au gré des vents ; ses yeux lançaient des éclairs, son sourcil faisait trembler. J'étais assis à ses côtés, et je tenais la lyre d'Orphée. Je n'étais point aveugle, je n'étais point cassé parla vieillesse, mon âge était celui d'une sève ardente et généreuse, et mes yeux , comme ceux de l'aigle, s'abreuvant avec joie des rayons du soleil , voyaient jusqu'au bout de rhoriaon. De jeunes hommes, forts et nerveux, armés de javelots longs et durcis au feu, tenaient de leurs mains imployables les cornes recourbées des taureaux qui obéissaient avec révolte. Tantôt ils les piquaient de leurs javelots , poor les faire avancer; tantôt ils les saisissaient par leurs naseaux fumants, pour les contenir.
M D'autres hommes étaient montés sur des chevaux sauvages, caries Centaures venjùent de parvenir à dompter ce noble animal, qui