LIVRE QUATAIÉME
jusqu'alors avait vécu libre au fond des forêts. Les cavaliers étaient en petit nombre, parceque l'art était nouveau; et OEag^rius, trop vieux pour l'apprendre, avait été obligé de se contenter du char grossier que je viens de dé» crire. Les cavaliers avaient des piques brutes; leurs tètes n'étaient point protégées par des casques. Les armes défensives n'étaient point connues, et ces peuples ne songeaient qu'à donner la mort , sans s'occuper du soin de ménager leur propre vie. Après cette petite troupe de cavaliers, marchait sans ordre la multitude des fantassins avec d'énormes massues , de lourdes haches et les flèches légères, qui n'avaient encore servi que pour percer les oiseaux dans les airs. Je parvins cependant à ré* gulariser les mouvements de cette troupe confuse, par les sons mesurés que je tirais de ma lyre. Plus tard l'hymne fraternel conduira aux combats meurtriers les différents peuples de la Grèce, et leur fera également affronter la fureur des flots.
u La bataille innommée à laquelle j'assistai en frémissant, et qui est restée inconnue aux Muses, cette bataille présentait quelque chose de fantastique et d'affreux. D'un coté, un
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peuple revêtu d'armes à peine façonnées, agitant des espèces de flèches et de javelots; de Tautre côté, des hommes demi-nus, les épaules simplement couvertes de peaux de bétes, sans armes , lançant des blocs de rochers et des arbres déracinés. Je croyais voir une apparition de ces (jéants farouches , dont la mémoire s'est conservée dans les traditions mythiques. La rencontre des deux armées fut comme la rencontre de deux phénomènes épouvantables, de deux trombes inanimées.
Ije désordre des éléments vint ajouter à l'illusion terrible d'un tel souvenir. La tempête parcourait l'horizon sur son char de feu.
Mille tonnerres retentissaient au loin sur le Rhodope et sur l'Hémus. Des nua(jes noirs d'épouvante semblaient ramper le long^ de l'Hébre. Mille fantômes sortaient des vallées silencieuses. Des voix couraient en gémissant; on ne savait si c'étaient les voix des dieux de la peur, ou celle des bétes affamées. Les cris des barbares dominaient tous ces bruits effroyables. Jamais on ne vit un tel dédain de la vie. La vie en effet ne pouvait avoir rien que d'odieux pour des peuples sans avenir, sans espérance, sans lien social. Après la pre-