‹ Œuvres de M. BallancheChapitre 62 sur 86 · LIVRE QUATRIÈME. S · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. S

mière mêlée, lorsque lesThraces eurent épuisé . leurs flèches, ou brisé leurs lances et leurs javelots, et que le combat devint un combat corps à corps, l'infériorité se déclara pour le peuple qui apprenait à estimer la vie, car il n'y avait encore rien de généreux et d'élevé dans des hommes si nouvellement appelés à l'état social. Le sentiment de l'amour de la patrie, le sentiment de la gloire, noble compensation du danger, ne seront développés que dans l'âge suivant. Dans l'âge suivant, pour la première fois, les poètes tresseront des couronnes immortelles , mais il faut auparavant que les hommes et les lieux aient des noms; car, quel que doive être votre étonnement, sage Évandre, je ne puis vous le taire, OËagrius était encore le seul qui eût un nom , le seul dont le père eût un tombeau. Les Titans n'avaient laissé de noms que là où était marquée l'empreinte de leurs pas puissants»

a Le roi barbare vit le désavantage de ses troupes. ttC'en est fait, me dit- il, si nous ne u parvenons à rendre le courage à nos^Thraces, u amollis déjà par de si rudes ébauches de soie ciété, amollis sans être domptés. Si nos bruu tes ennemis savaient ce qu'est la victoire, la

u victoire serait à eux, et la société naissante userait étouffée dans soq ^ossier berceau.

« Heureusement pour nous, ils n'ont pas des u yeux pour voir, des oreilles pour entendre. « Cherchez, Thamyris, sur la lyre d'Orphée, «les nombres qui raniment le courage des «hommes; ce n'est pas le moment d'inspirer u de pacifiques émotions. Faites triompher la «force intelligente sur la force aveugle.»

OËagrius ignorait que même Hercule enfant ne peut être dévoré par des couleuvres; il ignorait que la victoire, qu'elle se fût trouvée du c6té de la force intelligente ou du côté de la force aveugle, toujours eût créé un peuple. Toutefois j'obéis au roi barbare. Cea sons merveilleux, quoique produits à l'insu de ma faible science, opèrent un double prodi^^e.

Les Thraces prirent une attitude menaçante, en même temps que leurs ennemis sentaient un ascendant qui les dominait. Les éléments se calment, l'obscurité immense se replie comme un voile, la lumière du soleil vient éclairer jp triomphe de la civilisation. Dèslors le combat ne fut pas long à se décider.

OËagrius, réprimant la sauvage fureur de ses arimaspes, fit cesser le carnage. Il laissa les

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