LIVRE CINQUIÈME
tion. Il me semblait que toat ce qui m'arrivait en était comme une préparation.
(( Mais avant de vous faire connaître mon voyage dans les royaumes de la sagesse, je veux, ô roi pasteur, vous dire les malheurs d'Êrigone, jeune et belle ménade, dont un amour sans égal causa la fin lamentable.
Comme tout est symbolique dans Texistence des hommes signalés par les dieux, je ne puis m'abstenir de vous raconter une aventure qui sans doute contient un sens profond , sous un emblème de tristesse et de malheur.
« Cette vierge, qui a reçu le nom d'Êrigone, occupée aux 'danses religieuses de Bacchus, courait quelquefois avec ses folâtres compagnes, la tête couronnée de pampres verts. Plus souvent on la voyait errer seule, le front chargé d'eanuis , tes paupières doucement abaissées sur ses yeux noyés de larmes. Il était facile de connaître qu'un feu secret la consumait.
Souvent aussi elle apparaiji^ait tout-à-coup, échevelée, le sein nu, lethyrseàla main, poussant de plaintives clameurs; de loin sa chatoyante nébride, flottant sur ses belles épaules, la faisait ressembler à un faon effarouché qui fuit les chasseurs. Elle allait dans les forêts et
ZQi ORPHÉE.
sur les ikioûta^es accuser TimplacaUe destinée. Ni Jes danses, ni les chants, ni les jeux des orgies sacrées ne pouvaient tcpopérer le sentiment de ses maux, u Qu'y a-t-il en moi, K disais -elle, qui me rend rêveuse et iosen» tt sée? Je me plonge en vain dans l'eau des (c torrents; en vain je fais couler aur mot K Tonde glacée des fontaines. Je me livre à a mille emportements; je fais retentir Faîr de « mes cris, je déchire mes pieds délicats en a courant parmi les forets les plus saavaf^es , «et sur les âpres pointes des rochers. Puis a soudainement je retombe affaissée sur moi* « même. Nulle divinité ne viendrait- elle à « mon secours? Culte insensé, es*tu fait pour aune viarge? » La vue des jeuoes honunes alarmait sa farouche pudeur, et néanmoins elle voulait être remarquée par eoz. Les hommages lui plaisaient. Lorsqu'elle traversait la foule , et que par-tout sur son passage elle entendait vanter sa beauté, elle était enivrée de ces louanges. Mais rentrée dans la solitude , les louanges n'étaient pour elle qu'un vain bruit. Ces acclamations, qui la sorti ient d'elle-même, ne vivaient pins en elle. Que lui importaient les louan{;fes ^^^