‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 10 sur 57 · SUR LA GRA>'DER DES SAINTS · texte numérisé non relu

SUR LA GRA>'DER DES SAINTS

d^une prison infecte, et bieniôt moment d'un pas ferme sur un échafand j quelquefois ce sont des guerriers, long-temps invincibles contrôles ennemis de l'Empire, et qni maintenant courbent la tète, sans se plaindre , sous la hache du bourreau j d'autres fois, c'est un vieillard à qui le juge ordonne de blasphémer Jésus-Christ : il y a , répond-il , quatre-vingts ans que je le sers , et qu'il me fait du bienj pourrois-je le maudire! Enfin, quelquefois, c'est une mère portant encore entre ses bras, l'enfant à qui elle n'apprit à délier sa langue que pour dire, je suis Chrétien ; il le redit encore au pied du tribunal , et l'arrêt du juge ne le sépare point de sa mèrej il ne sembloit pas mûr pour le supplice, il l'étoit pour la victoire. Nondum Jiiatura pœnœ^ jam matura victoriœ. D'autres fois , ce sont des vierges timides, et pleines de pudeur, mais qui, lorsque le combat les appelle, courent , parées de leurs habits de fêle et rayonnantes d'espérance, affronter les rugissements des bêtes féroces, et les clameurs homicides de l'amphithéâtre.

L'amphithéâtre ! ô éternel monument du courage des Saints , qui durant trois siècles entiers , reçûtes dans votre enceinte tant

d'innocentes victimes et vîtes ruisseler leur sang, vous survivez à la grandeur romaine ! Au milieu de ses débris, vous demeure»

encore debout pour rappeler sans cesse à Rome chrétienne , les merveilles de sa naissance, et lui dire plus éloquemment que ne le faisoient à la vieille Rome ses flatteurs, ce qu'il en coûta de travaux et d'épreuves pour l'établir surses immortels fondements.

Tantœ molis erat Romanam condere gentem !

Heureux qui peut visiter vos augustes ruines ! heureux qui peut descendre dans ces caveaux sombres, d'où s'élauçoient sur les Chrétiens, les lions et les ours 5 parcourir ces vastes galeries d'où un peuple immense applaudissoit à leur mort avec fureur 5 et dans ces mêmes lieux où le Christ fut accablé de tant de malédictions et d'outrages , entendre en son honneur de pieux cantiques , et voir déployer l'étendard de sa puissance et de son amour !

Honorons donc , Chrétiens, par d'humbles hommages et de ferventes supplications, ces Saints qu'entourent de si brillants honneurs, et que relève une grandeur si sublime j contemplons leur gloire, applaudissons à leur triomphe, on plutôt

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