SUR LU GRANDEUR DFS SAINTS
père par le fils. C'est l'époux qui devient le délateur de son épouse j c'est l'ami qui devient pour son ami uu implacable accusateur. Les lois si favorables aux passions , si indulgentes pour le crime lui-même, s'arment contre le Chrétien d'une inconnue et et inépuisable rigueur. Les roues et les chevalets, les grils brûlants, l'huile enflammée, les scies et les pointes de fer, toutes les inventions d'une haine ardente et féroce attendent les Chrétiens pour leur arracher un lâche désaveu , ou les punir de leur constance.
Où fuirez-vous , troupe foible et désarmée pour trouver un asile contre tant de fureurs? Agneaux innocents, où fuirez-vous pour échapper aux loups cruels qui s'apprêtent à vous dévorer? Quoi! prendre la fuite aux approches de l'ennemi! Chercher les ténèbres et la retraite quand la Religion invoque l'assistance de leur valeur ! Voyezles accourir de toutes parts, se précipiter en foule au-devant des gouverneurs et des juges, publier à grand cris le titre qui fait leur crime, et briguer l'arrêt qui va les condamner, avec la même ardeur qu'un accusé soupire après la sentence qui doit l'absoudre. Rien ne peut renverser ces
3o FÊTE DE LA TOUSSAINT.
cœurs généreux, ni la colère des Emi^ereurs , ni la perle des biens et des diguiléi, ni l'opprobre qu'on prétend imprimer à leur nom j rien ne peut amollir ces mâles courages , ni les espérances ou les promesses, ni les douces insinuations de la flatterie, ni les supplications elles regrets, ni leurs parents et leurs amis en pleurs; ) ien ne peut porter l'effroi dans ces âuies intrépides, ni l'appareil de ces tortures, ni la recherche de ces supplices, ni la vue de leurs frères qu'on immole à leurs yeux. Que dis-je ? à ce spectacle s'allume une ardeur nouvelle; pour un Chrétien qui meurt, naissent d'innombrables Chrétiens, et pour une voix qui s'éteint dans les supplices, s'élèvent mille voix qui appellent l'honneur d'une semblable mort. Point d'âge, de sexe, ni de condition qui ne montre un égal courage. Tciîtôt ce sont des esclaves, mais à qui le christianisme en leur donnant la vraie liberté, leur en enseigna le langage et leur apprit à montrer devant leurs juges les sentiments les plus hauts et la plus vénérable dignité ; tantôt , ce sont de nobles Romaines nourries dans la délicatesse, et accoutumées aux honneurs, qui sans frémir descendent dans les ténèbres.