PRÊCHÉ A SAINT-THOMAS D'AQUIN
Quelle grandeur,Ch ré tiens, dans ces Apôtres illustres de la France , dont la solennité nous rassemble ! quels droits à notre vénération , à notre reconnoissance et à notre amour! ils sont nos pères dans la Foi : si les ténèbres dont ces contrées étoient couvertes ont été dissipées , si la lumière de l'Evangile brille pour nous, si nous connoissons le vrai Dieu , si le nom de Jésus est sur nos lèvres, si son amour est dans nos cœurs, c'est à leur zèle que nous devons ces inestimables privilèges. Ils sont nos amis : quelle amitié que celle qui, pour nous porter les seuls biens désirables, pour nous guérir des seuls véritables maux , compta pour rien les travaux, les outrages, les
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tourmenis et la mort ! Ils sont dos vaiflqueuis : ue rougissons pas de notre deTaitej c'est pour nous arracher à l'esclavage qu'ils nous ont subjugués j c'est pour nous faire régner qu'ils nous ont vaincus. Quelle grandeur ! tout ici nous la rappelle, et cette auguste Basilique élevée en leur honneur non loin de cette Capitale , et ces tombes royales placées près de leurs tombes , et ce pieux concours célébrant avec allégresse la mémoire
du jour où leurs dépouilles mortelles, après un indigne bannissement, furent de nouveau replacées dans ce temple par un pontife héritier du siège de Denis comme de ses vertus. Toutefois , ne nous arrêtons pas à celle .seule vue j contemplons , avec nos saints Apôtres,' tous ces Saints qui sont réunis avec eux dans la cour céleste , et dont l'Esprit- Saini révèle aussi et proclame la grandeur. Qui timentte magni eruntapud teperomnia*
PÉRORAISON
Adressons, avant tout en ce jour, de ferventes prières aux saints Mart3'rs, dont {a solennité nous rassemble, qui firent briller sur les Gaidesla lumière de l'Evangile , et fécondèrent notre patrie par leurs sueurs
Pour la fête de saint-denis. 37 et leur sang. Saints Apôires de la France , entendez les prières d'une patrie qui vous fut toujours chère, et dont les longs malheurs re'clament, plus que jamais, les preuves de votre sollicitude, et les miracles de votre puissance. Et vous surtout, ô saint et premier pasteur qui jadis fûtes envoyé vers nos pères, et qui leur apprîtes à bénir le seul Créateur de l'iuiivers, et à prononcer avec amour et actions de grâces le nom si longtemps inconnu du Sauveur des hommes, veillez toujours sur votre troupeau , et défendez un héritage dont, par votre zèle, vos travaux et votre mort, vous files autrefois la conquête j mais veillez aussi sur ce pontife révéré (i), que l'Eglise de Paris appeîoit par de si vifs désirs, et qui vient enfin la consoler de son long veuvage cl de ses amères douleurs. Ah ! s'il est votre successeur, comme vous il est envoyé par le successeur de Pierre 5 comme vous il aime ses brebis j comme vous il donneroit pour elles la preuve la plus généreuse de l'amour. Il est votre successeur : comment ne pas le reconnoîlre à la majesté de son front, au sou-
(i) M. ie cardinal de iaileyrand-Périgord , archevêque de Paris.
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1 ire si doux de ses lèvres , à la tendresse de ses regards, mais surtout à ces vertus qui depuis si long-temps le rendent l'honneur de l'épiscopat français , et dont le plus léger nuage , durant une si longue carrière , n'a jamais terni l'éclat. Que long-temps il étende sur nous sa houlette j que long-temps il nous distribue les pâturages de la vie 5 que nous nous courbions long-temps sous sa bénédiction paternellç j que long-temps il s'appuie sur ce prélat (i) qu'il forma par ses leçons , qu'il aime à appeler son fils , et dont la piéic, les lumières et le courage s'environnent déjà par avance de l'honneur (jni ne semble réservé qu'aux cheveux blancs.
Mais pourquoi faut-il que, dans celte allégresse publique des enfants de la Foi , je voie le sujet de mes amertumes et de mes douleurs! Hélas! n'étoit-ce pas ici que j'avois trouvé ma patrie, mes amis et mes biens les plus doux! puis-je espérer de rencontrer jamais des conseils plus sûrs, de plus pieux exemples, un plus aimable support, un plus tendre intérêt ! Souffrez pour-
(i) M. de Quelen , alors coadjuleur de M. le cardinal de Pérîgord.
PEROBAISON. 39
lanl.que je ine plaigne à vous-mêmes, mes frères, de ce nouvel ordre qui me sépare devons. Oui, c'est vous qui m'avez perdu par voire iudulgence même; c'est vous qui, payauc par trop d'éloges plutôt les désirs que les preuves de mon zèle, avez appelé sur moi les regards, et me faites sortir d'une obscurité qui devoit être mou partage pour jamais. Cependant, quelque amers que soient les fruits de tant de bonté , recevez ici ma reconnoissance. Je vous rends grâces, avant tout, pasteur vénérable de ce troupeau (1), vous qui m'accueillîtes avec une affection si douce au retour d'une terre étrangère , qui m'appelâtes votre ami quand je n'étois qu'un inconnu pour vous; vous qui, durant vingt-quatre années, m'apprîtes qu'on pouvoit allier l'affection la plus intime avec le respect le plus profond , f[uand je vovois de si près une piété si tendre , un noble désintéressement , une ineffable fermeté ; vous enfin qui me fîtes si coustamment comprendre les douceurs de l'amitié chrétienne , et surtout la sainteté de mes devoirs! Je vous rends grâces, prêtres de ce clergé , qui fûtes pour moi des frères , et
(i) M. Delalande , depuis éveque de Rodez.
io PERÛRAlSON.
dans lesquels la Providence m*a ménagé de si louchants modèles et des amis si sûrs. Je vous rends grâces aussi, enfants que j'ai vu croître sous mes yeux; je vous rends grâces d'avoir prêté à mes leçons une oreille si docile , et récompensé mes travaux par tant de consolations, par votre attachement, et trop souvent par vos louanges. Hélas ! c'est votre amitié que je dois surtout accuser; car^ qui jamais m'auroit connu si je n'avois instruit l'enfance ! Ah! du moins mon cœur ne perdra jamais ce doux souvenir , et mon titre le plus cher sera toujours celui de votre ami et de votre Apôtre.
0 mon Dieu , bénissez des cœurs que vous m'avez commandé vous-même d'aimer d'un amour si tendre, et conduisez-nous tous ensemble à la bienheureuse éternité.
Ainsi soit-ii.
EXORDE DU MÊME SERMON
POUR LA FETE
DE SAIINT-PIERRE,