‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 15 sur 57 · EXORDE POUR LA FETE DE S.\^^■TE GENEVIEVE · texte numérisé non relu

EXORDE POUR LA FETE DE S.\^^■TE GENEVIEVE

pressés d'un peuple portant aux pieds de Geneviève ses hommageset ses snpplicaiionsj ces cantiques , dont la prière seule interrompt la touchante et céleste harmonie} ces vénérables apôtres de la France, nourrissant aux autels de leur sainte Patronne le courage qui les soutient et le zèle qui les consume; etce Pontife enfin (i), dont le front, au premier aspect , trahit tout à la fois le cœur si tendre et la ferveur si vive, qui déjà ne peut plus parler de sa jeunesse à ceux qui comptent ses travaux , ses conquêtes et ses vertus ; mais qui place au rang de ses plus doux souvenirs le jour, où les portes de ce temple auguste, ces portes que depuis long-temps la piété ne regardoit qu'en pleu- -aut, s'ouvrirent enfin devant lui, et virent, après trente années de solitude et de îiilence, un peuple immense faire retentir ces voûtes de ces pieux transports , et inonder cette enceinte sacrée devenue trop étroite pour tant d'adorateurs : tout nous parle donc aujourd'hui de la grandeur de Geneviève. C'est ainsi que Dieu se plaît à la glorifier, et qu'il nous montre ce qu'il réserve à ses élus d'éclats et d'honneurs, car ils sont vériiablement grands; etc. , etc.

(i) Monseigneur de Quélen, archevêque de Paris.

PÉRORAISOIN.

Mais adressons surtout de ferventes prières à cette Yiergc illustre qui tant de fois fit éclater en notre faveur sa sollicitude et son pouvoir. Abaissez, ô Geneviève, abaissez en ce jour un regard plus bienveillant encore , et plus tendre , sur une ville qui depuis si long-temps est placée sous vos ailes, et trouve toujours , dans votre appui , sa consolation et sa gloire. Reconnoissez encore, à cette ardeur qui rassemble ces Chrétiens innombrables autour de vos autels, à la vivacité de leur foi , à leur religieuse allégresse , reconnoissez les enfants de ces Français qui, durant treize siècles , invoquèrent votre nom par de si fervents soupirs, et chargèrent vos autels de si riches offrandes. Hélas! un violent et cruel orage sembloit avoir dissipé tous ces biens sans retour; ïnaisles monuments les plus précieuxxîe votre gloire ont survécu à la tempête, et en vous attestant , ô Geneviève , notre respect et notre amour, vous rappellent aussi nos titres et nos droits. Cette montagne , du haut de laquelle vous veillez sur votre héritage , et dont on ne peut prononcer le nom sans dire aussi le vôtre j ce temple , miracle

PERORAISON. 4-7

de l'art, ou plutôt de la Fol, qui porte sur sou front auguste l'acte désormais inefJGiçable de notre réconciliation avec notre Dieu, notre Patronne et nos Rois; et cette Croix enfin qui, placée sur le faîte de ce saint et sublime édifice, se montrant avant tout aux yeux du voyageur, lui dit que nous sommes aussi les disciples de l'Evangile et les enfants de Geneviève, et que cette cité, dont il vient admirer les merveilles, n'a pas à lui en offrir qui soit , plus que votre temple , digne de fixer ses regards : tout publie notre confiance, tout parle de votre grandeur : soyez-nous donc propice, et montrez toujours pour nous votre charité maternelle. Que le pauvre trouve toujours près de vous la constance de la résignation ou les douceurs de l'espérance ; que toujours l'habitant des campagnes, pour prix de son espoir en votre appui, soit réjoui par la prospérité de ses troupeaux, de ses vignes et de ses moissons ; que toujours le malade, se revêtant , dans une pieuse confiance , du lin consacré par l'attouchement de vos dépouilles mortelles, sente circuler la force et la vie dans ses veines , mais surtout dans son âme le courage et la Foi.

48 PERORAISON.

Enfin , ô Geneviève , protégez la noble famille que depuis tant de siècles Dieu charge de nous donner des loisj gardeznous notre Roi j prolongez son auguste vieillesse j ses cheveux blancs nous le rendent plus cher, son langage nous en semble plus doux , et sa piété plus vénérable et plus tendre : il nous le faut long-temps encore ; la Religion a besoin de ses exemples j la paix, de sa prudence 5 notre cœur, de son amour. Gardez ce glorieux vainqueur dont la Foi a doublé le courage , dont les lauriers ne coûtent point de larmes , qui pacifie les peuples et affranchit les rois. jGardez tous les augustes rejetons de saint Louis , si justement appelés fils de France , puisqu'ils chérissent si tendement leur mère , et sont payés par un si doux retour. Ainsi vous protégerez toujours notre patrie, et vous lui ménagerez , dans les biens de la vie présente, un gage de réternelle félicité.

EXORDE DU MEME SERMON

POUR LA TÊTE

DE SAENTE >L1DELEENE.

Ubicumque prœdicatum fuerit Evangelium istud in universo muncio , et quod fecit hœc narrabitur in memoriam ejus.

Partout où sera prècbé cet Evangile , qui le doit être dans tout le monde , on racontera , à la louange de cette femme , ce qu'elle vient de faire pour moi.

Marc, 14. 9.

Telles sont les douces paroles que recueille de la bouche du Sauveur celle heureuse pénitente : c'est ainsi qu'il relève, par de glorieuses espérances, un cœur qui sembloit flétri pour jamais par le souvenir de ses foiblesses et la douleur de son repentir. Oui , au milieu de son humiliation profonde, delà rougeur répandue surson front, de l'abondance de ses larmes et de ce lon*^ voile dont ses cheveux la couvrent , son àme s'ouvre encore à une joie secrète, quand le Maître divin , dont elle arrose les pieds de ses pleurs, lui annonce que le monde entier retentira d'âge en âge de l'histoire de

Avent. 3

5o EXÛRDE

ses égarements et du récit des divines miséricordes , et par cette prédiction inattendue, confond les détracteurs de Madeleine et contente les vœux de son humilité, comme de son amour.

Mais jamais cette consolante promesse ne reçut son accomplissement avec plus d'éclat que dans ce jour à jamais mémorable dans les annales delà piété, où les dépouilles mortelles de votre illustre Patrone, placées pour la première fois dans cette enceinte sacrée, sont venues relever la gloire de ce temple auguste, que le nom seul de Madeleine rendoit déjà pour vous si vénérable et si cher, et ajouter par leur présence je ne sais quoi de plus tendre à votre piété et de plus profond à vos hommages. C'est ainsi qu'après dix-huit siècles, Jésus-Christ tient encore sa parole à Madeleine et la dédommage de ses abaissementsparla plus solide grandeur.

Toutefois ils sont grands aussi, etc.

PÉRORAISON

. Mais implorons surtout en ce jour la sainte Patrone dont le nom est si familier à vos lèvres , si cher à votre oreille , et retentit si doucement à votre cœur. Regar-

t»OUR LA FETE DE SAIÎsTE MADELEÏKE. 5l

dez, ô Madeleine , regardez du haut du ciel un troupeau à qui vous avez déjà ménagé tant de bien et devant lequel vous ouvrez encore de si riantes espérances. C'est vous qui avez obtenu pour le Pasteur cette piété si tendre, cette prudence si éclairée, cette éloquence si vive, ce zèle que rien ne rebute, cette constance que rien n'abat ; c'est vous qui avez rassemblé autour de lui tant de brebis fugitives, qui s'étonnent de marcher avec fidélité dans une route long-temps inconnue, et viennent se presser dans cette enceinte sacrée , devenue trop étroite pour tantd'adorateurs j c'est vous qui tout-à-coup avez fait naître pour lui une génération nouvelle : tous ces jeunes agneaux si ardents à le suivre dans les divins pâturages, si dociles sous sa houlette, si attentifs à consulter son front et ses regards. Achevez, ô Madeleine, achevez votre ouvrage, faites descendre chaque jour sur ce troupeau des bénédictions nouvelles. Que toujours les cœurs folbles trouvent près de vous leur appui, les cœurs affligés leur consolation, les cœurs pénitents leur espérance j qu'enfin le pasteur avec le troupeau obtiennent par vous ces grâces puissantes qui leur asstirent un jour l'éternité bienheureuse.

MORT DE .L'IIVCRÉDULE.

Statutum est omnibus hominibus semel mori. Il est établi que tout homme doit mourir un jour.

Heb. 9.

Voici, Chrétiens, voici du moins uu dogme dont les passions et l'orgueil ne peuvent ébranler la certitude 5 voici une vérité contre laquelle l'incrédulité voit échouer l'audace de ses doutes et de ses sophismes; voici une doctrine que le ministre de l'Evangile peut publier avec confiance, sans avoir à craindre de rencontrer dans les cœurs des objections secrètes qui affoiblissenl l'aulorilé de ses leçons, ou rendent inutiles les efforts de son zèle. Nous mourrons tous j il faut que cette maison de boue qui sert de prison à notre âme s'écroule tôt ou tard, et ime dissolution inévitable doit rendre un jour

MORT DE l'incrédule. 53

à la poussière qui nous réclame , la poussière dont nous fûmes formés. Il est vrai, tandis que l'enfant de la foi poursui sa course et s'achemine sous l'œil de la Providence, vers le terme de son pèlerinage , l'impie se croit Bnlraîné par une nécessité irrésistible vers un gouffre fatalqui doit tout engloutir. Tandis que le premier, au milieu des ténèbres de la dernière heure, voit briller la lumière de l'immortalité, le second veut descendre tout entier dans le tombeau et ensevelir avec soi toutes les espérances. Mais dans des sentiments si divers, ils s'accordent du moins à reconnoître qu'il faut mourir, et que cette loi qui trouve tant de murmurateurs ne peut pas trouver de rebelles. Mettons à profit cet accord si rare entre les disciples de l'Évangile , et les disciples de l'incrédulité ; conduisons-les à une école dont ils puissent ensemble entendre les leçons, à l'école de la mort, et qu'ils y reçoivent ensemble ou de consolantes promesses, ou de salfltaires terreurs. En effe^, l'impie doit mourir : qu'il tremble à la pensée des angoisses cruelles que lui réserve son incrédulité pour ce moment funeste ! Le Chrétien doit mourir : qu'il se rassure en voyant la Religion lui préparant

pour la fin de sa course ses consolalions et ses secours !

Ou plutôt bornons-nous aujourd'hui à nous pénétrer d^une juste horreur pour la mort des impies , en voyant ce que l'incrédule mourant doit attendre de son*incrédulité.

L'incrédulité, loin d'adoucir pour son disciple mourant les douleurs du corps, ne fait que les aigrir. Premier point.

L'incrédulité, loin de calmer les agitations de son âme , ne fait qu'en accroître les tourments. Deuxième point.

Implorons, etc.

PREMIER POINT

On dit que Péloquenc humaine , afin de former ses disciples à l'art si difficile de persuader les hommes, leur impose la dissimulation et Fartifice pour première loi. Comme elle leur propose pour prix de leurs efforts, non la gloire de protéger les intérêts de la vertu , ou d'assurer à la vérité son triomphe , mais le frivole honneur de subjuguer leurs semblables par l'imposante autorité de leurs discours , ou de les séduire par l'éclat mensonger de leurs sophismes,

MORT DE l'incrédule. 55

elle leur ordonne de taire les oLjecdons qui sapperoient leurs raisonnements, et d'écarter avec habileté les souvenirs qui en trahiroient la foiblesse. Mais ce n'est pas à un minisire de l'Évangile qu'il convient de faire un tel apprentissage, et quelque valeur qu'il attache au salut des âmes, à quelques condescendances qu'il se plie , à quelques supplications qu'il descende pour l'obtenir , il croira l'acheter trop cher, s'il faut, pour le payer, recourir aux détours et à l'imposture.

Commençons donc par reconnoître, Chrétiens, que ce siècle si fécond en disciples de l'incrédulité , offre quelquefois en spectacle à la Religion consternée , des impies conservant jusqu'à leur dernière heure les horribles privilèges de leur endurcissement, repoussant avec rage et dédain les consolations de la foi et ses charitables sollicitudes; ouvrant encore une bouche mourante aux imprécations et aux blasphèmes, et s'apprètant enfin à se plonger dans les abîmes d'une vie à venir avec une affreuse sécurité. Mais ce mépris pour nos plus redoutables vérités , soutenu jusqu'au dernier soupir^ cette haine furieuse contre un nom, l'objet de notre amour; ce calme ou celte indifférence en dépit des

terreurs de la foi, tous ces sentiments enfin dans des hommes prêts à franchir le seuil des portes éternelles , ne semblent-ils pas répondre par avance à tous nos discours, convaincre noire zèle d'impuissance, ou de vanité, et préparer un sujet de scandale au disciple de la Rehgion, plutôt qu'à Tincrédule un sujet d'épouvante ?Non, Chrétiens, de tels hommes ne sont rien pour nous, et nous pouvons dire avec l'apôtre : qu'avons nous à faire de juger ceux qui sont dehors ; quid mihi de us qui foris suntjudicare. Ces hommes sont étrangers à notre foi , étrangers à notre ministère, étrangers aux traditions et au langage de leur patrie. Les uns, jettes presqu'en naissant dans les bras de l'incrédulité, ontsucé comme avec le lait le poison de ses maximes, n'ont connu l'Evangile que pour le déchirer par leurs blasphèmes, Jésus-Christ que pour le combattre avec fureur; et semblables enfin à cet empereur dont le nom doit être à jamais poursuivi par le souvenir de son apostasie , ont effacé le caractère d'enfants de Dieu, par les lus- Irations sacrilèges de l'impiété j Quid mihi de iis qui foris sunt Judicare. Les autres , condamnés à une grossière ignorance par leur origine et leur obscure destinée, n'ont

MORT DE l'j>'Credi:le. 5;

eudurant de longues années pour précepteur que les furieux qui ont déchiré tour-à-lour le sein de notre patrie , et pour code, que leurs décrets impies et sanguinaires. Espèce d'hommes nouvelle et inouïe, qui, dans une terre si long-temps cultivée par la Religion, offrent le hideux aspect d'une sauvage barbarie, ne connoissent d'autre Dieu que l'intérêt , d'autre loi que la crainte , se confondent par leur brutalité avec les animaux qu'ils conduisent à la pâture, et ensevelissent toutes leurs espérances dans ce champ qu'ils arrosent de leurs sueurs : Quid mihi de us qui foris sunt judicare. Qu'ils meurent en blasphémant des dogmes qu'ils n'approfondirent jamais , en rejettant une autorité dont ils voulurent ignorer les fondements et les principes : qu'ils meurent dans cette obstination fatale , dernier châtiment de leur perversité : cette mort remplira un cœur fidèle de douleur et de consternation, mais sa foi ne peut en recevoir la plus légère atteinte. La pitié qu'un enfant de l'Eglise ressent à cette vue est celle qu'il éprouve aussi , lorsque , sous ses yeux , un Chrétien né au sein de l'erreur, meurt sans invoquer sa véritable mère, ou qu'un homme transporté d'un autre hé-

58 tÊ JOtR DES MORtS.

mispïière dans nos régions, avec ses préjugés, ses coutumes, et son idolâtrie , termine sa carrière, sans que la lumière de la foi qui éclaire tout autour de lui, parvienne jusqu'à ses regards.

Mais nous vous appelons aujourd'hui près dn lit d'un mourant qui , avec le plus grand nombre d'entre nous , a trouvé, en naissant, la Religion assise dans sa famille , comme un hôte ancien et vénérable, a reçu de sa bouche les premières leçons de vertu , et de ses mains les premières armes pour combattre le vice ; qui long-temps a vu la Religion environnée du double éclat de la science et des dignités, réglant les plus chers intérêts, présidant aux plus saintes alliances , tenant la balance dans les tribunaux 5 précédant nos diapeaux aux champs de l'honneur , se mêlant à nos entretiens de chaque jour , à nos plaisirs , quelquefois, hélas! à nos passions même 5 enfin d'un homme qui , comme vous peut-être , mon cher auditeur , n'a pu qu'après de longs efforts et de pénibles combats, se persuader qu'il éloit incrédule, et qui , même depuis <ju'il a remporté cette déplorable victoire , revoit encore à chaque pas cette Religion qu'il a délaissée , la retrouve dans les

MORT DE l'incrédule. Ècj

chefs-d'œuvre de l'art qu'il admire , dans les ouvrages immortels dont il amuse son loisir , dans les gens de Lien dont il respecte la v€rtu , dans les amis dont il prise, la constance et la fermeté.

Voilà celui qu'il nous faut voir mourir, et qui va nous apprendre quel allégement aux souffrances du corps un impie, à sa dernière heure, peut attendre de l'incrédulilé.

L'impie dépose lui-même contre l'impuissance de l'incrédulité, pour le soutenir à ses derniers moments, lorsque , prévoyant les souffrances que la mort lui prépare , et sentant qu'il sera sans défense pour ce funesie comhat , il voudroit qu'une fin soudaine lui épargnât une lutte inégale, et porte une coupable envie aux malheureux qu'une catastrophe inopinée précipite tout-à-coup et sans douleur dans le tombeau. Mais Dieu n'exauce pas toujours cet horrible désir. Si quelquefois, fatigué dei> scandales et des blasphèmes de l'impie , il lance sa foudre, et , par un coup imprévu , délivre la terre d'un odieux fardeau j plus souvent il faut que l'incrédule subisse la commune loi, qu'il voie sa destruction s'opérer peu à peu, <pi'il connoisse les der"

6o LE JOUR DES MORTS.

iiières souffrances , et , pour parler le langage des saints livres , qu'il ait tout le loisir de goûter la mort et d'en savourer l'amertume. Qu'est devenue la prospérité de cette santé si florissante ? Que sont devenus les jours de sa vigueur ? alors il lui sembloit doux de prêter l'oreille aux conseils d'une commode philosophie; elle lui avoit appris à braver les menaces d'un effrayant avenir , pour borner à la vie présente toutes ses sollicitudes, et docile à ses leçons, l'incrédule n'avoit jamais voulu connoîire d'autre soin que le soin de son corps , d'autre bien que ses jouissances , d'autre mal que ses douleurs. Il metloit son étude à traiter son corps avec délicatesse, à le nourrir dans les délices, à ne lui refuser d'autres satisfactions que celles dont l'intérêt même du plaisir exigeoit le sacrifice , et se laissoit ainsi mollement entraîner au cours d'une vie sensuelle et voluptueuse.

Mais voilà que tout-à-coup l'arrêt porté contre tous les enfants d'Adam l'éiend à son lour sur le lit de l'infirmité ; déjà il ne retrouve plus sa force accoutumée ; bientôt le fevi d'une fièvre brûlante circule dans ses veines ; les sinistres avant-courevirs d'une fin prochaine le déchirent par de cuisantes

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altemtes , et cet homme , si délicat , si habile à fuir le mal le plus léger, se voit saisi par tous les maux à la fois , et contraint de s'écrier avec le prophète : J'ai trouvé aussi la tribulation et la souffrance ; tribulationem et dolorem inveni. Or y dans cette cruelle conjoncture , quelles ressources lui offrira l'incrédulité , et quels adoucissements peul-il en attendre ? Tant que tout succéda au gré de ses désirs , elle lui semoit de fleurs les routes de la vie, Texhortoit à jouir des courts instants de son passage , et lui présentoit en riant la coupe de la volupté; mais aujourd'hui que l'infortune l'enveloppe comme un vêtement, et que le mal s'attache à ses os ainsi que le vautour qui dévore sa proie , elle garde un morne silence, ou ne lui offre que des consolations qui aigrissent ses plaies et irritent son désespoir. Il faut savoir souffrir ; et comment auroit-il appris cette austère science, lui qui n'entendit jamais d'autres leçons que celles d'une doctrine enjouée et amie du plaisir , lui qui appeloit malheureux les jours dont un léger nuage obscurcissoit la sérénité ? Il faut savoir souffrir : hélas! endurci par l'incrédulité, il le disoit aussi aux infortunés dont les gémissements

venoient troubler ses joies ', mais il senl aujourd'hui quel allégement la douleur peut trouver dans cette froide et cruelle maxime. Il faut savoir souffrir : ainsi il ne lui reste plus qu'à se nourrir des pleurs que le mal lui fait répandre , et à se débattre en vain sous la main d'une inexorable nécessité.

Contemplez ce spectacle, vous qui avez, laissé la Foi s'éteindre dans votre cœur, et apprenez quels encouragements et quelles exhortations l'incrédulité doit offrir à vos maux, si, prêt à mourir, vous êtes réduit à n'avoir plus qu'elle seule pour guide et pour appui ; car , pourquoi recourir à des ménagemenls coupables ? n'est-ce pas du moins quand on vous parle de la mort qu'il faut aussi vous parler de vos derniers , de vos plus pressants intérêts, sans réserve ni détour. Oui , quelque soin que vous preniez d'écarter celte pensée funeste , avec quelque horreur que vous envisagiez les tristes apprêts de ce dernier sacrifice , il est certain que chaque jour vous y traîne en dépit de vos résistances j que ce lit de Finfirmité, vous y serez à votre tour étenduj que ces combats , vous aurez à les soutenir^ que ces soviffrances , il vous faudra les en-

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Jurer. Vous prbmeiuiez-vous conire ce* épouvanlables calamités une fermeté inviucible ? Homme plein de constance , ditesnous comment, vigoureux et distrait par mille soins, vous soutenez aujourd'hui une douleur légère, et nous vous dirons comment alors, défaillant et solitaire , vous pourrez porter le poids des plus accablantes douleurs. Tous armeriez-vous d'une froide indifférence , et emprunteriez-vous au peuple le stoïcisme impie de son langage , pour dire comme lui que c'est un moment à passer ? oui , un moment , si vous le comparez à cette longue vie que vous avez souillée par tant d'excès et par tant de crimes j un moment, si vous le comparez à cette éternité (]ui vous prépare tant de châtiments et de tortures ; mais un siècle , si vous en comptez les innombrables tribulations. Auriez-vous réussi à embellir ce funeste passage par de riantes couleurs ? espéreriez-vous que la mort ne sera pour vous que le soir d'une belle journée , et qu'enfin, arrivé au terme de votre course, vous abandonnerez la vie sans efforts , ainsi que le convive quitte joyeusement le bariquet où il fut rassasié ? laissez les oisifs se sepaître de ces vaines illusions ; mais vous,.

allez près du lit de l'incrédule mourant , et à ses agitations violentes , à ses membres tordus par la douleur, reconnoissez les angoisses que la mort vous prépare un jour, comme aussi dans le délaissement où il reste plongé, au milieu de ses impuissants efforts, voyez par avance l'affreux abandon qui , . dans vos souffrances, doit à la mort être aussi votre partage.

Car si , fatigué de rester seul avec luimême, et de ne trouver au fond de son âme qu'impuissance et découragement , il cherche quelque consolation dans les objets qui l'entourent, il n'y voit qu'un nouvel aliment à ses maux. Disciple de l'incrédulité, il avoit écarté bien loin de sa demeure les sévères, mais compatissants souvenirs de la Foi, pour y réunir les recherches du luxe, les raffinements de la mollesse et les images de la volupté. Spectacle importun , monuments odieux, pour un pauvre infortuné qui souffre ! Contraste désespérant entre des jouissances qui ont fui comme un songe , et le mal présent qui l'accable de tout son poids ! Rcdemandera-t-il ces livres enfants de l'incrédulité, qui savoient étouffer le cri de sa conscience , ou ménager à son désœuvrement des passe-temps coupa-

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bles ? Ah ! ils apprennent à êlre hardis contre un Dieu qui menace , mais non pas contre un Dieu qui frappe 5 ils donnent du courage contre le remords, ils n'en donnent pas contre la douleur. Invoquera-t-il l'assistance des amis qu'il devoit à l'incrédulité ? Compagnons inse'parables de ses plaisirs, fidèles échos de ses blasphèmes , le cri de sa douleur les a tous dispersés, ils s'éloignent avec effroi, comme si la foudre eût frappé sa demeure , ou si quelques-uns consentent à payer encore à la bienséance un pénible tribut, ils ne trouvent dans leur désolante doctrine ni maxime pour alléger les souffrances , ni exhortation pour les adoucir. Aussi une contenance embarrassée, un visage contraint, des questions sans intérêt , de froides espérances , et après quelques vaines exclamations, une fuite précipitée, voilà tout ce que peut donner à un ami souffrant une insensible et barbare incrédulité, et l'amitié, ce dernier baume du malheur, desséchée par d'indignes maximes, a perdu elle-même à cette odieuse école le privilège divin de la consolation , el le pouvoir d'essuyer les larmes. Souffre donc , malheureux , et recueille les fruits amers de ton impiété, sans oser ni regar-

der ce ciel que taut de fois irrita ton audace, ni invoquer cette Providence qu'ont outragé tant de fois tes doutes et les blasphèmes !

Voilà donc, si vous avez perdu la Foi:, votre lamentable destinée; c'est ainsi que se terminera cette vie voluptueuse, embellie de mille agréments, entourée d'honneurs, et comme défendue par d'innombrables amis. Cette force où vous mettez votre confiance, et que vous étalez avec un fol orgueil, cette force sera renversée, et vous resterez sans armes contre la douleur. Cet éclat qui vous environne sera flétri, et le lit de la mollesse deviendra un échafaud sur lequel vous subirez votre long et rigoureux supplice. Vos amis vous laisseront solitaire. Déjà vous avez vu , dans le jour des revers , leur foule s'écouler, vous laissant lutter seul contre votre infortune ; â cette dernière adversité, ils fuiront plus rapidement encore. Quel malheur si vous vous obstiniez à garder pour soutien, pour conseil, et pour ami l'incrédulité , dont la présence et les leçons doivent si cruellement envenimer vos plaies ! Quel aveuglement , si vous repoussiez opiniâtrement et avec fureur cette Religion qui seule peut soutenir votre défxallance entre ses bras et soulager vos an-

BIORT DE l'incrédule. 67

»oissespar ses'consolaiions etsesesperauces! Ainsi l'incrédulilé , loin d'adoucir pour son disciple mourant les douleurs du corps, ne fait que les aigrir, mais loin de calmer pour lui les agitai ions auxquelles sou àme est en proie , elle ne fait qu'en accroître les tourments.

DEUXIEME POINT

Tandis que l'incrédule mourant trouble l'air de ses cris, et que les douleurs d'un corps qui tombe par lambeaux , s'exbalent en plaintes amères, ou en noires fureurs, vous ne voyez pas sa plaie la plus cruelle, vous n'entendez pas ses plus pénibles gémissements. C'est au fond de son âme que se trouve sa plus profonde blessure, c'est son âme que déchirent les regrets, c'est son âme qu'assiègent les terreurs. Mais ses regrets, l'incrédulité les rend plus cuisants; ses terreurs, l'incrédulité les redouble.

Il faut mourir. Il faut qu'il s'arrache à tous ces objets où son cœur avait placé son repos et sa joie. Et déjà il sent la mort qui vient sans pitié briser, d'un seul coup, tous ses liens, et l'enlever sans retour à ses plus douces affections. Où sera la compensation pour tant de pertes , le dédommagement

pour des sacrifices si rigoureux f Le présent va lui échapper, et l'incrédulilé lui eulève l'avenir. Son corps se dissout, et l'incrédulité fait partager à son âme la même destinée. Il est enveloppé des ombres de la mort, l'incrédulité éteint pour lui la lumière de l'espérance. Il est au bout de sa carrière, l'incrédulité le pousse dans un abîme sans fond, où il va tomber, et se perdre sans retour. Il faut mourir : c'est au cœur de l'incrédule que retentit douloureusement cette fatale sentence qui l'enlève de la terre des vivants , l'arrache à tout ce qu'il aime pour le condamnera un isolement absolu, à une solitude éternelle. Ne lui dites pas qu'il est au terme de son exil , il ne connoît pas de seconde patrie j qu'il va se réunir à ses pères, sa triste et cruelle doctrine les a condamnés à l'anéantissement, et il ne doit retrouver personne. Ne lui dites pas que la mort n'est qu'un passage , la mort est pour lui une borne* insurmontable où il faut qu'il s'arrête , un rocher contre lequel une vague irrésistible entraîne son esquif, sans qu'il puisse espérer de le sauver du naufrage ou d'en recueillir les moindres débris. Il faut mourir : cet arrêt prononcé contre sa frêle existence , tant qu'il n'en voyoit l'exécution

MORT DE l'incrédule. Gg

que dans l'éloignement , loin de le détacher des créatures, le lioit à la terre par de plus fortes chaînes. Dans son langage païen il disoit aussi que nos jours sont rapides, mais c'étoit pour que ses passions en missent à profit tous les moments; il déploroit la brièveté des roses de la vie, mais pour se hâl^r de les cueillir; il plaçoit près des jeux, des danses et des fêtes, la vue funèbre du tombeau , mais pour mieux goûter le prix de ces indignes jouissances, et pour faire du souvenir même de la mort comme un complice et un aiguillon de ses coupables plaisirs. Mais maintenant que la faulx redoutable est levée sur sa tête , il voit que l'incrédulité, en fixant à la terre toutes ses espérances et toutes ses amours, n'a fait que lui ménager pour ce moment fatal des soucis plus cruels et de plus douloureux déchirements.

Il faut mourir : il faut qu'il abandonne ces palais où il logeoit sa mollesse, ces vastes domaines où se complaisoit son orgueil, et l'incrédulité ne peut en échange lui offrir qu'un dernier et étroit asile , exactement mesuré sur ce corps, seul objet de ses soins et de sa prévoyance : à moins qu'elle ne veuille faire valoir les couronnes

sitôt flétries qu'elle placera sur son cercueil, ou cet emblème vain de la douleur qui doit ombrager sa tombe , et courber comme en pleurant sur de froides dépouilles ses longs et lugubres rameaux.

Il jouissoit de quelque honneur ; son bras avoit défendu son pays, ses écrits l'avoient éclairé peut-être , et la mort vient arracher de ses mains les fruits de ses veilles ou les récompenses de sa valeur. Trouvera-t-il sa consolation dans la pensée de la gloire et dans l'espérance que son nom servira d'entretien aux siècles à venir ? Ah ! il est vrai, chez les peuples, même les plus barbares, le désir de vivre dans la mémoire des hommes est un témoignage et comme un instinct de notre immortalité. Mais cette noble ambition est interdite à l'incrédule , et ce n'est pas à lui d'espérer que de vaines louanges iront le réveiller dans son tombeau , pour y consoler ses misérables restes i et sa cendre inanimée. |

Il va quitter une famille pour laquelle ^ son cœur, long-temps livré à de criminelles distractions, sent se ranimer l'affection la plus vive. Il la voit réunie autour du lit de sa ^ souffrance. Sa femme est assise près de lui, j déguisant ses allarmes et dévorant ses

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pleurs. Ses enfanls renlourent , laissant échapper leur affliction et leurs sanglots; leurs regards rencontrent les siens, ils pressent entre leurs mains ses mains glacées, ils soutiennent sa tête défaillante, ils lui prodiguent les soins les plus empressés, et les plus douces marques de leur tendresse ; pour répondre à tant d'amour, ponr soutenir leur courage, il rappelle le sien, et cherche quelques paroles qui puissent consoler une amitié si tendre ; mais son incrédulité ne lui fournit que les tristes mots de destin , de malheur inévitable, de fatale nécessité, et après cet effort, il retombe sur lui-même , pour souffrir seul et dans un morue silence les étreintes d'une séparation sans remède , et les déchirements d'un adieu éternel.

Trouverez-vous au fond de votre cœur plus de ressources et plus de constance , vous que l'incrédulité a nourri de ses froides et sèches maximes , et qui devez vous préparer à jouer aussi votre rôle dans cette scène de deuil et de désolation ? non ; car, si vous frissonnez d'horreur à la seule peinture de ces cruelles angoisses , comment aeriez-vous ferme quand vous aurez vousmême à les soutenir ? Il vous faudra donc,

à votre lour , être l'objet de celle consternation profonde , sans pouvoir , par quelques douces paroles, en interrompre l'affreux silence j il faudra voir couler ces pleurs sans pouvoir en tarir la source j il faudra être déchiré par ces cris sans pouvoir en modérer la violence. Ah! lorsque votre épouse reçut vos premiers serments , vous lui disiez que la mort même ne sauroit briser vos liens, et voilà le terme fatal où l'incrédidilé doit sitôt éteindre une flamme que vous appeliez éternelle. Quand une absence de courte durée doit vous séparer de vos enfants, vous accompagnez vos caresses de la promesse du retour. A ce cruel voyage , vous leur donnerez aussi un tendre embrassement , mais sans y joindre la douce espérance du revoir. Sauvez-vous donc, puisqu'il en est temps encore, sauvez-vous de l'horreur de mourir entre les bras de l'incrédulité, cette ennemie barbare qui doit , à votre dernière heure , rendre vos regrets si cuisants, et qui, loin d'affermir votre courage , doit redoubler vos terreurs. Il n'est pas donné à l'homme de voir arriver sans effroi l'heure de sa destruction prochaine, et le cœur le plus valeureux, qui se faisoit un jeu d'affronter les hasards,

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qui voloit avec joie à la rencontre de la mort, s'il la voit s'avancer à pas lents , et, après de longues menaces, s'apprétant à lui porter enfin le coup fatal, sent glacer sou courage , et ne peut se défendre d'uue sombre terreur. Mourir , fermer pour Jamais les yeux à la lumière du jour, devenir pour jamais sourd à la voix de ses amis et de ses proches , pour jamais insensible à leurs gémissements et à leurs cris 5 de tous ses tiens ne garder qu'un suaire 5 bientôt être livré sans mouvement et sans défense à d'impitoyables inconnus , être resserré par eux dans une méprisable et fragile prison , être chassé comme un étranger de sa propre demeure, honteusement et à la hâte descendre dans la profondeur et les ténèbres d'un tombeau , n'y trouver que le silence , la corruption et les vers : où est l'intrépidité assez ferme pour ne pas s'étonner et frémir d'une pareille destinée ?

Mais celte cruelle mort^ dont les approches donnent au plus vaillant tant de crainte , garde pour l'incrédule mourant des menaces plus effrayantes et des terreurs plus sinistres. Tout-à-coup, au milieu de ce calme et de cette sérénité qu'il s'étoit promise tant de fois pour cette dernière heure, Avent. 4.

au lieu de cette paix dans laquelle il prélendoit s'endormir d'un sommeil éternel , il se voit en proie à mille agitations, et forcé de se défendre contre mille ennemis à la fois ; son esprit est poursuivi par d'importunes images, son cœur livré à des passions opposées qui le déchirent. Des pensées long-iemps endormies se réveillent j des craintes long-temps dédaignées viennent l'assiéger ; la conscience , long-iemps étouffée , se ranime avec ses reproches et ses cris , et c'est dans cette confusion déplorable que , suivant la prédiction de l'Esprit-Saint, 'l'impie entend retentir à son oreille , je ne sais quel bruit sourd , qui le remplit de consternation et d'effroi : sonitus terrons in auribus împii.

S'il tourne ses regards en arrière pour considérer la carrière qu'il a parcourue, quels regrets et quelle épouvante ! Il voit ses premiers pas dans la route de la vie éclairés par la douce lumière de la Religion . ses passions naissantes domptées sous le joug salutaire de la Foi, ses jours sereins, tant qu'ils coulèrent dans l'innocence 5 il se rappelle les premières leçons d'une mère pieuse, les premières promesses qu'il fit à l'Evangile, les premières lar-

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mes dont il arrosa la table des Anges. Il s'attendrit d'abord à ces chers souvenirs j mais bientôt il est saisi de crainte et d'horreur pour lui-même, quand il voit quels orages les conseils de l'incrédulité amoncelèrent sur sa vie , et comment elle l'a dépouillé de son plus noble apanage et de ses biens les plus doux, pour ne lui laisser que des maximes perverses et une doctrine pleine de désespoir.

S'il porte ses regards en avant et qu'il ose sonder l'abîme que la mort ouvre sous ses pas , quelle horrible incertitude ! car , maintenant que les passions se taisent , que les prestiges se dissipent , que les créatures lui échappent , la Religion se présente à sa pensée sous des traits moins odieux j ses mystères ne lui paroissent plus si indignes de captiver la raison j il s'étonne de sentir renaître son respect pour elle 5 il s'épouvante en revoyant une lumière qu'il crovoit pour toujours éteinte? Se seroit-il trompé? en s'attachant aux traces des hommes célèbres qui depuis un demi-siècle sont devenus les précepteurs de son pays , n'auroit-il suivi que des docteurs corrompus et de méprisables sophistes ? La vérité seroit-elle du côté de ces génies immortels qui , dans

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les jours les plus glorieux de la France ^ ont imprimé à tous leurs écrils le sceau d'un respect si profond pour la Religion, et d'un si tendre amour pour elle ? Se seroit-il trompé ? cet Evangile , dont il faisoit vanité d'admirer la morale et de blasphémer les dogmes, seroit-il sorti d'un autre main que de la main des hommes ? Ce législateur révéré, dont il a dédaigné les enseignements, seroit-il aussi un juge inflexible qui l'attend et lui prépare son arrêt ? Se seroit-il trompé? seroll-il vrai que Dieu se met en peine des choses d.'ici-bas , que l'homme ne meurt pas tout entier , que la vertu n'est pas un vain nom , que le remords n'est pas le seul châtiment du crime ? EnHn, se seroit-il trompé? les terreurs dont il est assiégé seroient-elles un pressentiment du sort fatal qu'on lui réserve , et les intolérables anxiétés qui le déchirent , un prélude des éternelles vengeances ? Dévoré par ces cruels soucis, rugissant de douleur, et bientôt, succombant sous le faix qui l'accable , il tourne autour de lui des regards inquiets pour chercher une main qui écarte les fantômes odieux dont il est obsédé , une voix qui soutienne et relève son courage j mais oia a arraché son épouse et ses enfants au

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spcclacle hideux de ses derniers combats, et il reste seul avec ses douleurs et ses craintes.

Cependant, il aperçoit encore humblement prosternée , et priant au pied de sa couche , cette femme obscure et simple qui prit soin de ses premiers ans , et qu'a laissé vieillir près de lui sa juste reconnoissance. Tantôt elle lève les yeux au ciel , et tantôt elle les porte sur son maître que, dans son cœur, elle nomme encore son enfant. Bientôt elle s'approche, l'exhorte à appeler à son aide le Dieu dont tant de fois elle invoqua sur lui l'adorable nom ; elle répète à son oreille les prières que jadis elle lui avoit appris à bégayer 5 enfin, la Foi ranimant son courage, elle ose lui parler d'un ministre de Jésus-Christ j à ce nom , il frissonne , il pousse un profond soupir : on ne sait si ce soupir est de désir ou de crainlej mais il est le dernier 5 l'incrédule meurt et va chercher une solution à ses doutes, un terme à ses angoisses, ouïe commencement d'inexprimables malheurs.

Quel silence, quelle solitude, quel sujet d'une méditation profonde ! Restez un moment encore , restez , disciple de l'incrédulité , près de ce lit funèbre qui vous donne aujourd'hui de si effrayantes leçons. Yow-

clriez-vous mourir comme cet infortuné ? Youd riez-vous comme lui terminer votre carrière au milieu de tant d'incertitudes , de tant d'anxiélés, et de cet assemblage de tous les maux à la fois ? non , vous ne le voudriez pas : l'horreur seule dont vous frissonnez à cet aspect rend témoignage à la Foi qui vit encore au fond de voire cœur, et dément le vain appareil de votre philosophie. Non , vous ne le \oudriez pas : il est trop affreux de mourir l'objet de l'horreur et de l'indignation publique, et de confondre sa destinée avec celle des viles créatures dont nous plions l'instinct à notre service , qui portent nos fardeaux , ou veillent à la garde de nos demeures j ou plutôt, vous ne le voudriez pas : il est trop périlleux de contredire l'opinion de tous les siècles, de courir les hasards d'un malheur sans remède , de mourir en blasphémant une Religion toute éclatante des preuves de sa divinité, et sur un peut-être d'affronter en furieux ses épouvantables menaces et ses éternelles rigueurs.

Que le spectacle de celte mort funeste imprime donc, ô mon Dieu, dans nos cœurs une terreur salutaire ; conservez-nous la Foi, seule sauve-garde assurée de la vertu

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durant la vie, seul principe à la mort des solides consolations. Si l'incrédulité vouloit nous séduire par ses sopliismes, si elle vouloit insinuer dans notre âme le poison de ses doctrines, qu'il nous suffise pour la repousser du souvenir des cruels mécomptes qu'elle prépare à ses disciples pour cette heure fatale. Hélas î peut-être parmi nos amis, parmi les objets de la plus tendre comme de la plus légitime affection , il en est qui ont prêté l'oreille à ses coupables enseignements. 0 Dieu, dessillez leurs yeux^ touchez leurs cœurs, épargnez-nous l'affreuse certitude de leur éternelle infortune ; qu'ils reviennent à la Religion , pour vivre selon ses maximes , mourir dans ses bras, et obtenir vos récompenses éternelles.

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