BIENFAITS DE L'INCARNATION
Appropinquat redcmptio vestra.
Votre délivrance approche. liXJC. 21»
Elles seront trompées les cruelles espélances qu'avoienl conçues l'enneniidu genre humain , et quelque profonde qu'ait été la blessure qu'il avoit faite à l'homme , elle ne sera point sans remède : une Vierge , l'objet de la prédilection du ciel et de l'admiration de la terre j éclatante de vertus , et embellie des plus glorieux privilèges, a consenti à donner au mond e le gage d'une éternelle paix, et va sécher enfin les pleurs que faisoit couler depuis tant de siècles une fatale désobéissance. Elle sera justifiée la promesse qui, de loin^ montroit à la première femme, Maiie victorieuse d'un cruel ennemi. Les patriarches et les prophètes n'auront pas inutilement appelé
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par de longs désirs le soleil de justice qui devoit nous éclairer de sa lumière , et ce ne sera pas en vain que la nature humaine, esclave de la corruption , aura soupiré si long-temps après son affranchissement. Il est vrai, Dieu, dans la sévérité de sa justice, voulut que le péché du premier homme commençât à trouver sa peine dès cette vie même , dans les suites épouvantables qu'il entraînoit après lui. L'orgueil de l'homme avoitélé assez hardi pour prétendre s'égalera Dieu, et après son péché quelle honteuse dégradation! Sa curiosilé fut assez insensée pour désirer la funeste science du bien et du mal j et après son péché quelle aveugle ignorance! Sa sensualité fut assez dépravée pour préférer à l'obéissance de passagères douceurs^ et après son péché quelle profonde corruption! mais aussi Dieu , dans le moment fixé par ses décrets éternels, a voulu montrer à son tour l'excès de sa miséricorde : c'est par l'Incarnation qu'il a su proportionner à la grandeurdu mal l'excellence du remède, et c'est dans l'Incarnation du Verbe éternel que Dieu lit éclater ces merveilles de sa puissance et de son amour. Notre nature, unie dans l'Incarnation à la nature divine, recouvre sa dignité première j que la vérité
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devenue sensible et palpable par l'Incarnalion, dissipe toutes nos ténèbres 5 enfin une grâce plus puissante que notre malice nous est ménagée par rincarnalion et triomphe de notre perversité.
Réunissons, Chrétiens, tant de biensincstimables dans ces deux réflexions.
Le Verbe éternel, par son Incarnation j a rétabli la nature humaine dans sa dignité. 1er Point.
Le Verbe éternel, par son Incarnation, a guéri la nature humaine de ses maux. 2^ Point.
C'est à vous , ô Marie , que nous devons celui dont la main a brisé nos fers et guéri nos blessures. Pour parler dignement de ses bienfaits nous recourons à votre protection puissante ; il nous est permis de l'espérer, quand pourl'obtenir nous employons les paroles qui vous révélèrent votre grandeur et obtinrent votre aveu pour notre délivrance. Ave Maria.
PREMIER POINT
C'est le sujet d'un juste étonnement et d'une méditation profonde que ce contraste soutenu, et cette opposition constante qu'olfre jusques dans les détails les plus
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indifférents en apparence , le langage de la Religion et celui de l'incrédulité : en effet , si la Religion veut captiver notre raison sous le joug de la Foi, que l'incrédulité le brise ; si la Religion veut enchaîner notre cœur par la dure contrainte de ses lois, que l'incrédulité s'irrite 5 si la Religion prépare au crime d'éternels châtiments, que l'incrédulité se soulève d'indignation et de fureur ; en un mot que l'incrédulité se montre sans cesse opposant aux enseignements de la Re^ ligion les sophismes, à son autorité la révolte , à ses dogmes le mépris : cette contradiction obstiuée n'a rien qui doive nous surprendre. L'orgeuil , la corruption du cœur, un fol amour de l'indépendance ont allumé cette guerre dont le feu ne doit jamais s'éteindre. Mais que dans des questions qui sembleut étrangères aux intérêts de la Foi, et dont l'impiété ne paroît devoir attendre ni soutien ni dommage , on voie cependant l'incrédulité lutter encore avec la Religion, el suivre toujours avec une fidélité opiniâtre son système de résistance, il faut y reconnoître un instinct fatal que lui fournit cet esprit de malice, à qui il est donné de savoir par quel subtil et imperceptible lien s'eucliaînent toutes les vérités et com-
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ineDt elles se prêtent toutes on mutuel appui. Mais cette opposition n'éclate jamais avec plus de violence que lorsqu'il s'agit d'établir la dignité de l'homme e\ d'en maintenir les prérogatives. Entendez, en effet , l'incrédulité j on voit que notre grandeur l'imporlune , que la gloire de nos piiviléges éblouit et fatigue ses regards^ tant elle met à nous rabaisser d'application et d'étude, tant elle trouve à nous dépouiller de nos avantages de satisfaction et de douceur. Yantez, par exemple, dans l'homme les merveilles de son intelligence , l'incrédulité voudra que vous coniempliex avec une égale admiration , dans des êtres sans raison^ l'uniforme et inévitable résultat de leur instinct. Parlez-lni de la sagesse de l'homme, elle opposera la prévoyance des animaux et leur sagacité j de sa constance, elle s'attendrira sur leur fidélité 5 de sa bonté enfin , elle racontera les traits de leur clémence : heureux encore l'homme, si l'incrédulité ne lid ménage pas de plus honteux affronts et s'il sort toujours vainqueurde cet humiliant parallèle ! La Religion roconnoît aussi notre avilissement, mais elle nous défend de perdre courage j elle nous révèle elle-même le mvslère de notre dégradation,
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mais elle nous fait remonter au rang d'où nous étions descendus, et. nous rend tous nos litres de noblesse. Or, c'est surtout quand elle nous montre le fils de l'éternel oubliant sa gloire , sa grandeur et ses intérêts les plus chers , pour se revêtir de notre nature, que la Religion relève nos espérances^ et répond par ses nobles enseignements à l'inquiétude de notre cœur, et à la conscience de notre destinée.
Eu effet, quand on réfléchit attentivement sur les étonnantes contradictions que l'homme nous présente, et qu'on remarque en lui tout à la fois tant de pouvoir et tant de foiblesse, tant de bassesse et tant de grandeur , des prétentions immodérées , et l'impuissance de les satisfaire^ on sent qu'il faut que la nature humaine , appelée d'abord à une haute dignité, ait été précipitée par une chute épouvantable dans un état de dégradation qui n'étoit pas fait pour elle. Pourquoi l'homme est-il tourmenté sans relâche par une soif ardente de bonheur qu'il ne sauroit éteindre 5 sinon, par ce que son cœur a reçu une capacité que rien de créé ne peut remplir ? Pourquoi oonserve-t-il le sentiment de sa supériorité sur tous les objets dont il est entouré , en
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dépit des besoins qui l'averiissent tous les jours de sa dépendance ; sinon parce qu'il n a pu perdre le souvenir de ses premiers droits, même après avoir perdu son empire? Pourquoi, enfin, tandis que toutes les créatures suivent sans murmurer et avec une invariable constance la roule qui leur est tracée, pourquoi voyons-nous l'homme seul s'agiter, s'inquiéter dans cet univers; sinon parce qu'il a le sentiment d'une meilleure destination, et que seul il est hors de place? C'est un riche tombé dans la pauvreté qui conserve les goûts de son opulence 5 c'est un roi descendu de son trône dont l'éclat perce encore à travers l'obscurité qui l'enveloppe. Mais de quoi jX)urroient servir à l'homme et les souvenirs de son ancien pouvoir et les traces de sa grandeur passée, qu'à lui rendre plus douloureuse la conviction de son impuissance et plus humiliante la vue de son abaissement ? Vainement la philosophie avoit voulu lui offrir ses stériles consolations : comme elle ne connoissoit |X)int la source de ses maux , elle ne pouvoit lui en présenter le remède. Quelquefois, déconcertée à la vue des misères de h'homme et de ses assujettissements , elle vouloit le ravaler jusqu'à la condition des
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êtres sans raison, et lui faire partager leur sort. Mais une voix secrète, plus forte que tous les sopliismes, rappelloit incessamment l'homme à sa dignité , et au milieu même de son humiliation , l'averlisooit de sa noblesse j d'autrefois admirant , au contraire , dans l'homme, la plus parfaite des créatures et le roi de cet univers , la philosophie essayoit de le soutenir et de l'enfler par la considération de ses prérogatives^ cependant toutes ses flatteries ne pouvoient l'étourdir ni lui déguiser entièrement son avilissement et son infirmité.
Mais le Verbe a été fait chair , et il a habité parmi nous. J^erhmn caro factiun est et habitai^it in nobis. Ces seules paroles concilient toutes les contradictions^ applauissent toutes les difficultés, ou plutôt ces seules paroles raniment toutes nos espérances : car si l'intervalle que le fils de Dieu a dû franchir pour descendre jusqu'à l'homme nous fait comprendre combien étoit profonde la dégradation dans laquelle nous avions été plongés , la dignité de ce médiateur divin nous apprend aussi à quelle hauteur nous avons été relevés. Qu'elle est, en effet, digne d'estime cette nature humaine, puisque le Yerbe éternel a daigné la favoriser au point
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de Tassocier à sa propre nature ! qu'elle est excellente maintenant que le fils de Dieu l'a honore'e d'un tel amour ! Le démon, par ses artifices, avoil réussi à la soustraire au domaine de Dieu , et Dieu , ( suivant la pensée de Teriidlien ) en a resssenti de la jalousie; il l'avoit réduite à l'esclavage, et Dieu l'a reconquise sur son ennemi : il l'avoit honteusement défigurée, et Dieu reprenant son ouvrage une seconde fois, a pris soin d'y tracer de nouveau les traits augustes de sa ressemblance. Deus imagînem suam à diabolo captam œmula operatione recuperaç^it. O charité ineffable de notre Dieu! ô économie véritablement diene de sa bonté et de sa toute-puissance I C'est notre bassesse elle- même qui devient la source de notre grandeur; c'est notre avilissement qui sert à rehausser notre gloire. Une criminelle désobéissance semblait avoir mis entre Dieu et nous une éternelle séparation; vm Dieu saint devoit pour jamais se tenir éloigné de l'homme pécheur; mais l'union de la nature divine à la nature humaine a comblé cet intervalle immense, réuni des distances infinies, et la condescendance d'un Dieu devenu semblable à l'homme a donné à l'homme le privilège de traiter d'égal à égal
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avec sou Dieu. Nous étions clans l'indigence j il nous a enrichis par un présent tel que sa puissance ne sauioit lui en fournir de plus excellent , sa sagesse de mieux adapté à nos besoins, sa libéralité de plus précieux et de plus magnifique. Nous étions frappés à mort : le Père éternel a été touché de commisération, et a envoyé son fils unique dans le monde afin de guérir nos blessures. Pour tout dire, en un seul mot, nous n'aimions pas Dieu j c'étoitlà le principe et le comble de tous nos malheurs j le Verbe éternel est venu nous demander luimême notre amour, et a voulu l'acheter par des sacrifices inouis : c'est pour obtenir notre amour que ce négociant céleste (la pensée et l'expression sont de saint Augustin) est venu faire sur la terre un commerce tout divin, en échangeant sa condition contre la nôtre, et en voulant que l'honneur fût pour nous , et pour lui l'opprobre : pour nous les consolations, pour lui la douleur; pour nous la vie, et pour lui la mort. Dipina sunt peracta commercia in hoc mundo à negotiatore cœlesti.
Non , Chrétiens , quelques hautes pensées que nous eussions pu concevoir sur l'Incarnation du Fils dcDieu, quelque admiration
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que pùl exciter en nous la vue d'un abaissement si profond, quelque reconnoissauce qu'inspire à notre cœur un si généreux sacrifice, si nous n'apercevions point dans cet abaissement la preuve de notre dignité , et dans ce sacrifice le litre incontestable de notre gloire, nous ne connoîtrions point toute l'étendue et toute l'excellence de ce mystère. Sans doute il est utile et consolant de contempler, dans le Yerbe fait chair, un Dieu qui descend , un Dieu qui compatit, un Dieu qui pardonne ^ mais il n'est ni moins doux, ni moins salutaire de voir, par l'Incarnation, l'homme arraché à la servitude rétabli dans ses droits, recouvrant sa noblesse. Que dis-jel la Religion n'a point de dogme qui réfléchisse sur tous ses autres enseignements une plus vive lumière; point de vérité plus capable d'enflammer notre cœur d'une ardeur noble et généreuse , que cette révélation de la grandeur de l'homme reconquise par l'Incarnation du Fils de Dieu. Avec ce sentiment de dignité que Jésus incarné nous confère , point de commandement dont la difficulté nous rebute, point de vertu que nous ne brûlions d'acquérir , point de vice qui n'inspire à notre âme la plus profonde horreur. Si les mys-
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lères confondent notre raison, le sentiment de notre dignité nous dit qu'un Dieu qui , sans blesser sa gloire, a cru pouvoir se faire homme pour nous, peut bien aussi, dans les condescendances d'une familiarité ineffable, nous élever jusqu'à des vérités où nos seuls efforts ne pouvoient atteindre, et souleverpour nous, dans rexil,le voile que, dans la patrie, il fera tomber enfin devant nos regards : semblables au favori d'un grand roi, à qui son prince auroit laissé rapidement entrevoir un important secret, et qui, dans cette faveur, trouveroit un garant certain d'une confiance plus parfaite et d'un abandon sans réserve. Si le Seigneur trace pour nous sa loi, et que nous ayons à redouter notre foiblesse , le sentiment de notre dignité nous dit quels secours nous avons droit d'attendre de celui qui, en s'incarnant , consent à devenir notre modèle , comme il s'engage à nous servir d'appui. En suivant ses conseils , quelle est la vertu qui soit étrangère au Chrétien pénétré de la noblesse dont l'Incarnation du Fils de Dieu est venue le revêtir ! Vous voulez qu'il soit humble au milieu des grandeurs ? Peuventelles l'éblouir, quand il tient d'un Dieu fait homme la grandeur véritable, et qu'il
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en connoît le prix : qu'il aime ei honore ses semblables? Ils parlagenl ses litres ', ils sont aveclui les frères du Sauveur 3 ils sont appelés aux mêmes espérances. Qu'il soit Gompâtissant et soulage le malheur ? Qui sera plus humain et plus libéral que celui pour qui le Fils de Dieu fut si tendre et si magnifique? Enfin, quel est le vice qui n'allume son indignation et n'excite son horreur? l'Incarnation a brisé ses liens; les passions feront-elles encore de lui leur esclave? Il est l'image vivante de Dieu fait homme ; consentira-t-il à déshonorer , par d'indignes excès , cette divine ressemblance ? Ces sentiments sont-ils les vôtres, Chrétiens, et peut-on juger, à votre conduite, que vous connoissez vos prérogatives, et que vous en estimez l'excellence ? On voit ceux à qui Dieu sur la terre a donné la puissance entourer leur dignité de justes précautions, et d'une sage réserve; une garde nombreuse veille pour leur défense; des serviteurs attentifs exécutent leurs ordres avec un humble empressement; enfin la richesse de leurs vêtements, la majesté de leurs regards, la noblesse de leur langage, tout on eux montre le sentiment de leur élevaîion, et le respect pour leur propre gran-
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ckur. Eies-vous soigneux Je ménager à la vôtre une semblable sauve-garde ? vos yeux évitent-ils de se fixer sur d'indignes objets? votre langue se refuse-t-elle à des discouis qui pourroient l'avilir ? la circonspection défend-elle les avenues de votre cœur ? les vertus l'embellissent-elles de leur éclat ? enfin, le misérable serviteur qui doit obéir à votre àme, loin d'en remplir les ordonnances avec docilité, ne sait-il jamais la captiver sous un joug odieux ? Quelle humiliante réponse votre conscience nous fait en ce moment peut-être! quelsdéiails pleins de honte, quels pénibles aveux ! Ali ! couuoissez , 6 Chrétien , s'écrie saint Léon , counoissez votre dignité, ^gnosce , Christiane , ciignitatem Uiam. Eil quand l'Incarnation du Fils de Dieu vous fait participer à la nature divine, gardez- vous , par des actions ou des sentiments qui ne conviendroient plus à votre noblesse , de retomber dans votre ancienne dégradation. Dwinœ consors naturœ , noliin pristinani vllitatem degenerl coni^ersatione redire. O homme, si follement épris de vousmême , et si fier de frêles avantages, sachez quels sont vos véritables privilèges, et appréciez enfin vos plus noblesdroits.Sivons êies tenté de borner cà la terre toutes vos af-