‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 17 sur 57 · I" DIMANCHE DE L^AVENT · texte numérisé non relu

I" DIMANCHE DE L^AVENT

fections , souvenez -vous des espérances immortelles auxquelles , par son Incarnation, le Fils de Dieu est venu vous appeler. Agnosce dîgnitateni tuam. Si la chair veut reprendre sur l'esprit un empire qui n'est plus fait pour elle , songez que vos membres sont devenus , par l'Incarnation , les membres de Jésus-Christ lui-même, et que vous ne pourriez , sans sacrilège , les faire servir d'instrument à l'iniquité, jignosce dignitatem tuam. Si l'Esprit de ténèbres veut vous entraîner dans la route de la perdition , pensez à quelle honte vous vous condamneriez en éteignant dans la boue des passions cet éclatant flambeau de la Foi, que le Yerbe éternel, la splendeur du Père, vous présente dans son Incarnation, pour suppléer aux foibles lueurs d'une raison incertaine. Agnosce dignitateni tuam.

Mais c'est peu de reconnoître que le Yerbe éternel a rétabli la nature dans sa dignité, il faut comprendre encore que , par son Incarnation , le Acerbe éternel a guéri la nature humaine de ses maux.

DEUXIEME POINT

Adam, s'étani révolté contre Dieu , fut

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blessé dans son intelligence et dans sa volonté : dans son intelligence qui ne connut plus le véritable bien ; dans sa volonté qui se portoit vers le mal avec une ardeur lamentable. Son malheur devint celui de sa postérité, et ses innombrables descendants recueillirent tous ce funeste héritage j mais le Verbe éternel est venu tarir cette double source de tous nos malheurs, et, par son Incarnation , guérir la nature humaine de sou ignorance et de sa corruption.

Pour comprendre combien était profond l'aveuglement que Jésus-Christ est venu dissiper , tournons , quoiqu'il puisse en coûter à notre orgueil, tournons nos regards vers les siècles qui ont précédé sa venue , et nous les verrons enveloppés d'une déplorable ignorance.

Sans examiner en détail tous les peuples qui , pendant ce long intervalle , ont couvert la surface de la terre , bornons-nous à ceux que leur politesse ou leur savoir ont rendus plus célèbres, et jugeons, par leur aveuglement, dans quelles épaisses ténèbres étoient plongées les nations qu'ils traitoient eux-mêmes de barbares. Sans doute il faut bien laisser à ces Grecs et à ces Romains si vantés leur excellence dans les

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sciences et dans les ails, et ne pas leur contester une gloire dont ils se montrent si jaloux : aussi , en leur reprochant leur ignorance, nous ne prétendons pas leur imputer cette stupidité grossière qui, confondant l'homme avec la brute , le met tout entier. dans les sens , et borne aux seuls besoins du corps tout l'exercice de son intelligence. Nous ne leur disputerons pas la pénétration de l'esprit, la délicatesse du goût , la subtilité du raisonnement , l'art de revêtir leurs pensées de séduisantes couleurs. Mais qu« sont tous ces avantages avec tout leur éclat, quand ils ne servent pas à nous rendre meilleurs? et toutes ces sciences tant célébrées, que sont-elles sans la connoissance, qui seule est véritablement importante pour nous , la connoissance de Dieu et de ses rapports avec l'homme. Or, si nous savons le comprendre, ces vestiges si admirés de la grandeur de ces deux peuples, ces restes de leur gloire que le temps a laissé parvenir jusqu'à nous, s'ils attestent l'élévation du génie, n'accusent-ils pas la profondeur de l'ignorance , et s'ils servent de modèle au goût, ne sont-ils pas l'opprobre de la raison ? Que voyons-nous ,dans leurs livres, que les erreurs les plus

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grossières sur la formation de cet univers , que les plus révollanles absurdités sur la nature de Dieu, sur sa justice , snr son impassibilité, sur sa providence 5 que les doutes les plus désespérants sur l'àme et sur sa destinée. C'est là qu'on nous offre , pour expliquer la création du monde et de son admirable harmonie , le concours de je ne sais quels atomes , ne nous donnant ainsi d'autre raison de l'existence que le néant , et de l'ordre que le hasard. C'est là que des fictions, qu'on ne peut plus appeler ingénienses , quand elles font la honte de l'esprit humain, multipliant à l'infini, les dieux et les déesses, enchaînent leur liberté par une fatalité irrésistible, les déchirent par des divisions intestines , les soumettent à des caprices insensés, les souillent par de honteuses passions , et appellent ensuite les hommes aux pieds de ces divinités souvent plus méprisables que leurs adorateurs; c'est laque nous voyons notre âme, ce ravon de l'essence divine, s'éteindre et périr avec notre corps, ou ne lui survivre que pour être déshonorée par une puérile et avilis- ., santé transmigration. Ainsi l'univers entier n'étoit peuplé que d'hommes incertains ou étrangement abusés sur leur origine, leur Avent. 5

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Créateur et leur sort à venir. Tous, si l'on excepte un petit coin de terre où s'étoit conservé le dépôt des premières traditions, tous, les grands comme les petits , les simples comme les docteurs , étoient entraînés dans une erreur commune et méconnoissoient les plus importantes vérités.

Mais le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous. Ferbuin caro factum est, et hahitavil in nobis. Pour dissiper une si profonde ignorance, le Fils de Dieu consentit à descendre parmi nous , afin qu'au lieu de tous ces faux guides qui nous avoient si long-temps abusés , nous n'eussions plus désormais que lui pour Docteur et pour Maître : Magister vesler unus est Christus. Celui par qui tout a été fait, et sans lequel rien n'a été fait, est venu nous instruire lui-même sur la création de cet univers ; apprendre lui-même quelle étoit la main qui avoit créé le monde , et quelle sagesse en entretenoit les lois : Omnia per ipsum facta suTit. Celui qui de toute éternité réside dans le sein du Père, et ne fait qu'un avec ^lui, est venu nous révéler sur l'unité de Dieu , sur son essence et sur ses attributs , des secrets que le Fils seul pouvoit nous raconter. Celui qui, peu content d'avoir pris

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par amour pour nous une nature semblable à la nôtre , a de son propre gré sacrifié sa vie pour racheter nos âmes, nous a merveilleusement fait connoître quel est le prix de ces âmes qui lui coûtent si cher > et quelles étoient leurs espérances. Empti estis pretio magno. C'est depuis l'Incarnation que la vérité s'est enfin montrée aux hommes, et a chassé, par sa lumière, la nuit profonde qui couvroit l'univers. C'est depuis l'Incarnation que Phomme , au lieu d'adresser des adorations aux créatures qui, dans le ciel ou sur la terre, le frappoient par leur beauté , a reconnu que ses hommages dévoient monter plus haut et ne s'arrêter qu'à celui dont ces merveilles éioient l'ouvrage. T'ai sunt cœli, et tua est terra. C'est depuis l'Incarnation qu'ont retenti d'un bout de l'univers à l'autre ces paroles qui ont brisé les statues des faux dieux et renversé leurs temples : qu'ils soient confondus tous ceux qui adorent l'ouvrage de leurs mains, et qui se glorifient dans leurs idoles ! Confun dantur omnes qui adorant sculptilia y et qui gloriantur in simulacris suis. C'est depuis l'Incarnation qu'au lieu de ses doutes et de ses incertitudes sur son éternelle destinée, l'homme a vu briller pour lui l'espé -

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rance d'une vie meilleure, et a reçu pour son âme , après la dissolution de cette maison de boue qui lui servoit de prison, l'assurance d'une indestructible demeure dans le ciel. jŒdifcationem hahemus œternam in cœlis.

Non-, ce n'est plus à un peuple privilégié qu'il est donné de connoître quelle est la nature de Dieu et quelle est la fin de l'homme. Jésus-Christ , en s'incarnant , a renverse le mur de séparation élevé entre les Juifs et les autres nations de la terre; et la vérité, si long-temps captive dans la Judée , en a franchi les bornes étroites pour aller répandre sa lumière jusqu'au bout de l'univers. La doctrine la plus sublime est devenue familière et presque triviale pour tous ; elle a su tout-à-la-fois satisfaire les esprits les plus relevés , et descendre à la portée des esprits les plus foibles. Instruit par elle, l'enfant, à peine sorti du berceau, parle déjà des choses de Dieu avec une étonnante sagesse, et confond , dans sa simplicité, le faux savoir des docteurs du siècle. Yeneî à l'école d'un enfant docile aux leçons de la Foi, vous dont l'incrédulité est si orgueilleuse de ses doutes et si fière pe sin impuissance à connoître la vérité :

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Venez à l'école de cet eiifaut, et dans des réponses simples et précises , il mettra fin à vos subtilités j et fera briller à vos yeux, dans tout leur éclat , des vérités que vos devanciers les plus célèbres se faisoient gloire d'avoir seulement entrevues. Vous ne savez à quelle cause attribuer l'existence du monde ? l'enfant chrétien , en vous lépondant: Dieu a dit, et tout a été fait, enlèvera votre admiration, et fera tomber, devant unepuissance infinie, vos incertitudeset votreorgueil. Ce Dieu lui-même, vous ne connoissez point sa nature, vous ne sauriez concilier ses attributs ? l'enfant chrétien vous: prêchera un Dieu unique, souverainement bon, et toutefois souverainement juste, et vous apprendra comment il vous faut mesurer sur vos propres misères l'étendue de ses adorables perfections. Enfin vous ne savez que penser de vôtre âme, et, en révoquant en doute son existence ou sa durée , vous ne craignez point d'ébranler les fondements de la société ^'enfant chrétien, les raffermira en soutenant l'homme de bien et en effrayant le pervers , par la certitude de leur immortalité.

Mais si l'homme a fermé si long-temps les yeux à la lumière pour s'engager dans les

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plus déplorables erreurs, il faut s'en prendre moins encore à la foiblesse de son esprit qu'aux désirs dépravés d'un cœur qui, pour se livrer sans retenue à de honteuses passions , s'efforçoit d'envelopper de nuages et d'obscurités les vérités les plus éclatantes : aussi l'Incarnation du fils de Dieu, si nécessaire pour dissiper l'ignorance du genre humain , ne l'étoit pas moins pour le guérir de sa corruption. Elle étoit si profonde cette corruption des hommes, et l'histoire fidèle de leurs excès et de leuis débordements est si révoltante, qu'on seroit tenté d'en regarder les détails comme amant de calomnies contre le genre humain , si les auteurs profanes, qui sont parvenusjusqu'à nous, ne nous fournissoient tous les traits de cet affligeant tableau.

Quel devoir en effet si rigoureux que les hommes craignissent d'enfreindre ! quel sentiment si sacré , et si avant gravé dans leur cœur, que leur malice ne vînt à bout d'en arracher ! quelle loi de la pudeur si sainte que ne foulât aux pieds sans remords une dépravation effrontée ! Et ce ne sont point ici seulement les crimes d'hommes isolés qui, pour s'abandonnera de coupables penchants , avoient besoin de braver

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l'opinion publique , ou de se soustraire à l'œil vigilant de la loij mais, ce qu'il importe d'observer, ce sont les crimes de la société entière qui, atteinte dans toutes ses parties de la plus affreuse corruption , autorisoit et cousacroit elle-même , par des usages reçus ou par des lois solennelles , les forfaits les plus odieux ou les plus infâmes désordres j c'éloient des lois ou des usages reçus qui étouffoient, dans le cœur des parents , le cri de la nature , et leur commandoient d'immoler leurs enfants à de barbares divinités ; ou, encourageant , dans les enfants , une pitié cruelle , mettoient dans leurs mains le poignard qui devoit délivrer leurs parents du fardeau de la vieillesse. C'étoient des lois ou des usages reçus qui soumettoient aux caprices d'un maître la vie et la monde son esclave , ou égorgeoient des étrangers qui , pour tout crime, avoient abordé sur une terre inconnue } c'étoient des lois ou des usages reçus qui toléroient les plus bideux excès, solennisoient les fêtes par la débauche , ou, dans des jeux publics , dépouilloient la plus tendre jeunesse de ses vêtements, pour ravir au moins la pudeur à l'innocence.

Et comment eussent-ils mis quelque

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frein à leurs passions, des Hommes dont les crimes avoient la Religion même pour apologie ? comment pouvoient-ils honorer les liens du sang, eu les droits de l'aulorilé paternelle, des hommes qui reconnoissoient pour le premier des dieux un frère incestueux et un fils parricide ? comment pou" voient-ils respecter la pudeur des hommes' qni adoroicnt l'apothéose de l'impudicité ? Comment des hommes qui céléhroienty dans leurs fêles , les fureurs d'un dieu de la guerre, les subtilités d'un dieu des voleurs, les excès d'un dieu de la table, pouvoient-ils observer les lois de l'humanité, de la justice et de la tempérance ?

Tout éloit donc désespéré , et on ne pouvoit opposer de digues au torrent de corruption déboixlé de toutes parts j la vertu ne pouvoit plus se faire entendre quand tout prêchoit le vice sur la terre et dans le ciel même. Qui pouvoit, en effet , prétendre à l'honneur de ramener les hommes à ramo,rr du devoir? étoient-cc leurs prêtres,: leurs augures et leurs pontifes ? mais ils regardoient la morale comme étrangère au sacerdoce , et tous leurs soins se bornoient à transmettre à leurs successeurs les prati-» ques superstitieuses qu'ils avoient reçues

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de leurs devanciers. Etoient-ce les poètes r mais ces hommes, qu'on appeloit divins, mëriloient bien plutôt d*être flétris du nom le plus avilissant. Imposteurs, ils alléroient par leurs mensonges les traditions originelles ; corrupteurs du genre humain, ils mettoieut leur gloire a parer de couleurs riantes les vices les plus odieux. Etoient-ce les philosophes enfin? mais quelle autorité pouvoientobtenir de méprisablesdiscoureurs qui le plus souvent s'inquiétoient peu de pratiquer la vertu , pourvu qu'ils en parlassent en beaux teçmes, et qui cherchoient, dans leurs discussions, non des règles pour leur conduite ,• mais un aliment pour leur orgueil et un amusement pour leur loisir. O sagesse éternelle ! tous les hommes se sont égarés dans leurs désirs corrompus ; tous ont méconnu la route qui mène au bien véritable , pour suivre dîs passions qui les aveuglent et de faux docteurs qui les trompent. 0 sagesse éternelle ! prenez pitié de leur misère , descendez du ciel vers les hommes ; rendez-vous visible à leurs yeux, de telle sorte qu'ils ne puissent plus vous méconnoître , et devenez vousmême le chemin qui Iç s conduise à vous. Le Verbe a été fait chair, et il a habité

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parmi nous. J^erhum caro factum est, et ha' bitapit in nohis. C'est par l'IncarnalioD du Fils de Dieu que cette plaie si profonde du cœur humain a été enfin guérie. A tant de sophismes pour justifier les passions, à tant d'incertitudes sur les devoirs les plus sa* crés , à tant de déclamations dictées par l'hypocrisie ou par la foiblesse, il est venu substituer une doctrine pure et céleste y annoncée avec autant de clarté que de force , et proclamée avec la simplicité qui convient à un maître, sûr de la justice de ses ordonnances et du succès de ses leçons. Peu content de nous donner des lois plei* nés d'une sagesse toute divine , il a voulu que ses propres exemples devinssent ses plus touchantes exhortations ', qu'une vie tout entière consacrée à la gloire de Dieu nous apprît comment nous devons honorer cette majesté suprême j qu'une patience inaltérable au milieu de la pauvreté , des persécutions et de la mort la plus cruelle , nous formât au détachement et à la résignation -y que son indulgence paternelle pour les pécheurs , et son amour tendre pour ses ennemis vinssent amollir nos cœurs et les ouvrir à cette charité dont il venoit apprendre aux hommes à connoître le nom.

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et le prix. Mais ce n'était point assez encore: l'exemple d'un Dieu pouvoit effrayer la foiblesse de l'homme , et ses leçons frapper nos oreilles sans ébranler notre âme j mais le Fils de Dieu , par son Incarnation, nous a mérité le secours de sa grâce , de cette grâce qui , douce et forte tout à la fois , sait se frayer un chemin jusqu'à notre cœur pour y diriger l'usage de notre liberté sans la contraindre , et rendre faciles à l'homme aidé de son secours des victoires qu'il ne pourroit attendre de ses seuls efforts.

Cependant, que sont devenus les fruits de l'Incarnation ? où sont les traces de ce renouvellement général qu'elle a dû produire ? où sont les preuves de ses bienfaits?

Où sont les preuves de ses bienfaits! mais

d'abord , puisqu'en s'incarnant le Fils de Dieu laissoit à l'homme l'usage de sa liberté, si la dépravation de l'homme a «résisté à cette charité ineffable , la loi de Jésus-Christ n'en est pas moins céleste, ni les moyens de salut qu'elle nous ménageoit moins dignes de nos éternelles actions de grâces. Malades obstinés, si nous repoussons la main de ce Samaritain charitable , est-ce à lui qu'il faut imputer nos infirmités

lo3 i" dïmakchë de l^avetît.

et noire mort? Où sont les preuves des bienfaits de l'Incarnation ! elles sont dans des vertus héroïques , devenues si communes, depuis l'Incarnation, qu'elles n'excitent plus même votre éionnement. Vous admirez , dans l'histoire profane , quelques traits de vertu répandus de loin en loin dans la longue suite des siècles j vous vantez le détachement d'un Diogène , la cons-* tance d'un Socrale aux approches de la mort j le mépris d'un Platon pour l'or et les honneurs 5 la patience d'un Epictète : regardez autour de vous, et vous verrez que ces vertus d'un jour de quelques philosophes sont , dans de nond>rertx disciples de Jésus incarné , les vertus de toute lu vie. Où sont les preuves des bienfaits de l'Incarnation ! vous êtes environnés de ses bienfaits , et vous demandez où en sont les preuves ! c'est depuis l'Incarnation que la B.eligion , s'asseyant sur le trône , a mis un frein à des désordres contre lesquels les lois humaines avoient toujours vainement essayé leur puissance 5 c'est depuis l'Incarnalion qiie la Religion a extirpé des vices qui outrageoient également la nature et la pu- jj deur ; renversé des cirques cruels où la fureur de voir couler le sang rasscmhloit un

BIENFAITS DE l'iNCARNATION. log

peuple homicide j effacé de la langue de la société le nom avilissant d'esclave , et détruit une oppression tyiannique : où sont enfin les preuves des bienfaits de l'Incarnation ! hélas ! la corruption même des hommes , que vous nous objectez , leur déloyauté, leurs vices, leurs forfaits, ne vous répondent que trop éloquemmeni.

Contemplez en effet le pays que vous habitez , n'est-ce pas quand il abandonna la doctrine qu'il tenoit de la Sagesse incarnée, qu'on l'y vit mépriser les droits les plus sacrés , autoriser les plus honteux désordres , fouler aux pieds les plus saintes ordonnances de la nature et de l'honneur ? N'allons pas plus loin , et n'avilissons pas tious-mêmes notre patrie en traçant le tableau de tant d'excès , dout la pensée déchire notre âme de douleur^ mais si, profitant d'un jour plus calme , après tant d'agitations et d'orages , si respirant enfin sous le sceptre de son roi après une oppression cruelle , la France entière commence à tourner ses regards vers cette Religion d'un Dieu fait homme ; si la philosophie elle-même , effrayée des débris dont elle nous avoit entourés, commence à craindre que ses principes n'entraînent pour la société une irré-

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parable ruine , et s'efforce elle-même de rattacher les peuples à la colonne de la vérité, n'est-ce pas un hommage assez solennel rendu aux bienfaits de l'Incarnation? Revenez vers nous , ô Yerbe fait homme, que nous avons laissé échapper du milieu de nous ! revenez , et que ce cri universel de la France qui , en revoyant son roi , revoyoit encore avec tant d'allégresse l'espérance et l'appui de la religion d'un Dieu incarné , que ce cri de la France retentisse encore aux pieds du trône de votre miséricorde. Ne considérez point si le désir de votre retour est trop froid dans quelquesuns , trop humain dans quelques-autres ; mais laissez-vous toucher par les vœux et les soupirs de tous ces Français qui vous gardent encore leur amour, et que la tribulation a rendus plus purs et plus fidèles. Rendez-nous cette loi sainte , cette doctrine de la vérité, qui fit notre bonheur tant qu'elle nous servit de guide; qu'elle vienne, comme une rosée céleste, rafraîchir enfin cette terre depuis si long-temps brûlée par le feu de la guerre , et par le feu des passions plus redoutable encore. Rorate, cœliy desuper y et nubes pluantjustum. Nous n'avons suivi que trop long-temps des doc-

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leurs corrompus pour nous laisser conduire dans les roules de l'iniquité , prenez pitié de notre égarement, et venez nous remettre enfin dans le sentier de la vertu. Rorate, cœli, desuper , et nubes pluantjustum.^ous n'avons point mis de bornes à nos crimes , n'en mettez pas à vos miséricordes , et renouvelez en notre faveur tous les bienfaits de votre Incarnation. Le péché nous a avilis, rendez-nous le litre de vos amis, et devenez ainsi notre gloire. Le péché nous a précipités dans les ténèbres j devenez notre lumière j il nous a plongés dans la corruption, devenez notre justice. Rorate , cœlif desuper , et nubes pluantjastiim. Pleins de reconnoissance pour un si grand bienfait , nous ne cesserons de bénir votre nom , et de suivre avec fidélité la loi qui seule peut nous conduire au bonheur véritable.

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