‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 18 sur 57 · POUR LE IP DIMANCHE DE L'AVENT · texte numérisé non relu

POUR LE IP DIMANCHE DE L'AVENT

Quid vobis videtur de Christo ? Cujusfiliui est ?

Que vous semble-t-il du Christ? De qui est-il le fils?"

Math. 22.

Ces paroles qne Jésus-Christ adressoit autrefois aux Pharisiens et aux Docteurs de la loi pour les confondre par leurs propres réponses, et les forcer de reconnoître le Fils de Dieu dans le Fils de David, sont familières aujourd'hui dans la bouche de l'impie pour essayer d'obscurcir par ses doutes et ses incertitudes les vérités de notre Religion sainte, et pour ravir sa divinité même à son adorable auteur. Quid vobis videtur de Christo ? Lâche et timide avitrefois, comme il convient au mensonge, quand il redoute le châtiment, l'impiété n'ojjoit semer qu'en secret et dans l'ombre ses problèmes irréligieux 5 aujourd'hui elle les répand dans les cercles et dans les assemblées, elle en fait un passe-temps pour l'oi-

CERTITUDE DES JUIRACLES. Il3

siveié, elle en égaie l'ennui des leçonsconsacrées aux arts et même à la morale, et malgré notre corruption, le livre le plus licencieux a besoin, pour obtenir un succès complet, d'être relevé par des bons mots impies et de joyeux blasphèmes sur notre sainte Religion et sur son divin Fondateur, Q uid vohis videtur de Chrisio ? C'est donc un devoir pour nous , mes Frères, de suspendre quelquefois le cours des instructions destinées à vous inspirer l'amour el la pratique des vertus chrétiennes, pour nous appliquer à affermir votre foi en vous aidant à confondre les ennemis du nom de Jésus- Christ, et à le défendre contre les attaques d'une haine opiniâtre et d'une sacrilège fureur. Nous pourrions déployer ici pour cette défense ou les prophéties qui durant quatre mille ans ont annoncé à la terre la venue de son libérateur et la ruine de l'idolâtrie; ou les étonnans succès de la Religion , qui a tout vaincu sur la icrre j ou celte morale si pure et si sublime qu'elle paroît visiblement descendue des cieux : mais quelque invincibles que soient ces preuves, en faveur de notre foi , consentons pour un moment à les oublier 3 ne parlons ni de ces prophéties placées en dépôt chez nos enne-

tl/i 2« DIMANCHE DÉ l'aVÉKT,

•mis mêmes, pour qu'ils sûieut les garaûls irrécusables de leur authenticité, ni de cette propagation si rapide du christianisme, auquel les préjugés et les passions sembloient opposer d'insurmontables obstacles, ni de cette morale si sainte que ses plus hardis contradicteurs n'ont jamais osé lui refuser du moins leur admiration.

Comme de toutes les preuves qui éta* blissent la divinité du christianisme il n'en est point de plus frappante pour tous les esprits que les miracles opérés par le Sauveur et par ses Apôtres, comme il n'en est point aussi dont l'éclat fatigue plus l'impie, ni contre laquelle il ait plus souvent essayé son audace, attachons-nous aujourd'hui à cette preuve. Tantôt, armé des subtilités de la métaphysique , l'impie réprouve comme indignes de la sagesse divine les changements que les miracles supposent dans les lois qui régissent l'univers, et qui, selon lui, doivent être immuables comme Dieu même ; tantôt, affectant uu doute universel, il ne peut se résoudre à fixer les conditions qui doivent enfin lui faire recounoître comme certain un événement miraculeux , et plutôt que de donner à des faits incontestables un assentiment dont il pré-

CERTITUDE DES MIRACLES. •» l5

voit les conséquences , il aime mieux s'exposera toutes les absurdités du pyrrhonisme historiquejplussouvent c'est aux témoinsdes miraclesqu'il se plaît à déclarer la guerre, et il emprunte tour-à-tour pour les reudre suspects ou méprisables le langage d'une compassion hypocrite ou celui d'une perfide admiration: quelquefois ce sont des homme nés au sein de l'obscurité, des préjugés et de l'ignorance , et que leur grossièreté seule accuse de n'avoir pu opposer à de vaines illusions ni examen , ni défiance; d'autres fois ce sont des séducteurs habiles qui, par des mensonges adroitement tissus , ont conquis la double gloire d'éblouir leurs contemporains et d'obtenir chez la postérité une renommée immortelle.

Essayons de répondre à ces sophismes , et aidés de la grâce de Dieu, montrons premièrement qu'il peut exister des miracles, et qu'on peut se convaincre de leur existence ; ce sera le sujet du premier Point.

Secondement , qu'il en existe en effet , et qu'on ne saurait sans folie révoquer en doute les miracles évangéliques ; ce sera le sujet du second Point.

Implorons, etc.

tî6 2*^ DIMANCUE DE l'aVENT,

PREMIER POINT

Pour éviter toute dlscuSsioti étrangère à la question qui nous occupe en ce moment, convenons d'abord, avec ceux que nous combattons, de la aéfinition du miracle. 'Ils s'accordent avec nous à appeler de ce nom un effet contraire au cours et à l'ordre accoutumé de la nature, produit par l'intervention extraordinaire d'un être intelligent et supérieur à l'homme. Mais ils nous arrêtent dès le premier pas, et ne sauroient consentir à supposer que Dieu ait Jamais voulu interrompre lui-même des lois établies sans doute avec une suprême sagesse, ni que jamais il ait pu se trouver un intérêt assez puissant pou rie faire sortir de cette immutabilité qui le distingue essentiellement.

Mais d'abord qui êtes-vous pour oser ainsi juger le maître souverain du monde, et qu'est-ce que votre raison si foible, resserrée de toutes parts dans des bornes si ^étroites, pour vouloir pénétrer dans le sanctuaire de là Divinité et l'interroger sur ses conseils ? Sans doute il est un ordre immuable auquel Dieu même n'apportera jamais de changement 3 et les vérités éter-

nelles, les principes inconlesiables qui servent de fondement aux sciences ne perdront jamais leur certitude, et les corps conserveront toujours l'étendue, et les esprits toujours les qualités qui leur sont propres.

Mais prétendre enchaîner par la nécessité l'artisan suprêmede cet univers, lui interdire d'arrêter quelquefois des rouages auxquelsil a seul imprimé le mouvement , ou s'obstine r à croire essentiel à la nature un ordre que sa constante uniformité seule nous afait regarder comme invariable, c'est ou la prétention d'un fol orgueil, ou le préjugé puéril de l'habitude. Dieu, eu établissant par un choix libre et volontaire les lois qui gouvernent le monde et en entretiennent l'iiarmonie , a montré sa souveraine sagesse , comme en les interrompant quelquefois il peut prouver aussi son indépendance. Loin de Dieu, sans doute cette inconstance capricieuse qui, pour des sujets indignes de fixer ses regards ou d'appeler sa protection, prodigueroit les miracles et mettroit la confusion dans son propre ouvrage. Mais je sens que l'homme étant l'objet spécial de sa providence , Dieu peut , pour lui , déroger quelquefois à des lois sagement établies, et lui inspirer par des prodiges rares et eclatans

Il8 2^ DIMANCHE DE l'aVENÏ,

plus de respect pour son pouvoir , ou pour sa bonté plus de reconnaissance. Je sens que si les hommes, ayant corrompu leurs voies, l'outragent par leurs révoltes et leurs débordements, et persistent à mépriser ses invitations et ses menaces, il peut dans sa juste indignation, ordonner enfin à la mer de franchir ses barrières et d'engloutir un monde prévaricateur. Je sens que si après avoir arraché aux rigueurs de la servitude le seul peuple qui connoisse son nom et lui offre de purs hommages, il veut le sauver des poursuites obstinées d'un prince endurci, il peut, par un double trait de sa providence, ouvrir tout à la fois au milieu des flots un chemin sûr au peuple qu'il protège, et un tombeau à un roi cruel et persécuteur. Enfin, loin de Dieu ces miracles qui accréditeroient l'erreur et donneroient un irrésistible ascendant aux apôtres du mensonge. Si celui qui me prêche une doctrine nouvelle, contredit les principes éternels de la vérité et de la justice, je rejetterai ses miracles, certain qu'ils ne peuvent être l'ouvrage du souverain auteur de toute Justice et de tonte vérité j s'il nie la providence du Créateur, je rejetterai ses miracles puisqu'ils ne doivent être destinés qu'à m'en

fournir une preuve nouvelle. En un mot, sans avoir à discuter tous les points de la doctrine qui m'est annoncée, sans être obligé par un examen approfondi de m'assurer de sa divinité avant qu'elle me soit attestée par les miracles; si les maximes pratiques de celui qui veut me les faire adopler révoltent au premier aspect mes lumières naturelles, ou sont repoussées par Je cri de "ma conscience, je rejetterai ses miracles^ assuré que je suis qu'il ne saurait exister entre Dieu et l'iniquité une affreuse connivence. Mais si une doctrine descendue des cieux , pure et sans tache dans sa morale, effarouche seulement par ses dogmes des préjugés frivoles ou contrarie des opinions que la corruption du cœur avait intérêt d'adopter, et qu'à l'incertitude de traditions mensongères elle oppose l'évidence des faits les plus éclatants, je l'embrasse avec transport comme le plus beau présent de celui qui ne veut ni ne peut me tromper, et dans les prodiges qui la soutiennent, bien loin de rien découvrir qui soit indigne de la sagesse de Dieu , J€ sens, au contraire, qu'elle ne pouvoit rencontrer de moyen plus sûr pour détromper l'homme de ses erreurs, et le ramener à la vérité.

120 2^ DIMANCHE DE l'aVENT,

Supposons en effet, et vous savez, Chrétiens, que ce n'est point ici une vaine supposition, supposons que tous les hommes eussent effacé de leur cœur jusqu'à la plus légère trace de la loi destinée à leur servir de guide vers une vie meilleure, pour ne plus connoître d'autres biens que les biens d'ici-bas, se plonger sans pudeur dans les plaisirs des sens, et renoncer de concert à leurs espérances immortelles 5 supposons qu'une longue révolution de siècles, loin d'adoucir leurs maux, n'eût servi qu'à rendre leurs plaies plus incurables et leurs chaînes plus pesantes j supposons que Dieu eût enfin jeté des regards de compassion sur sa créature dégradée et qu'il eut résolu de lui rendre sa grandeur et sa dignité première j et demandons à l'incrédule quel moyen plus sûr que les miracles Dieu pourra mettre en œuvre pour accomplir ce dessein d'une infinie miséricorde, détromper l'homme de ses erreurs, et le faire rentrer dans le che-i min de la vérité et de la vertu. Faudra-t-il que Dieu, multipliant les prodiges, fasse entendre sa voix à chaque homme en particulier, et opérant sur son cœur, par une révélation spéciale , y grave de nouveau cette loi naturelle que la corruption effaça

tlERTlTUDE DES HIRACLES. Ï2t

une première fois ? Il est manifeste d'abord que l'homme n'avoit aucun droit pour exiger de Dieu celle condescendance extrême ; mais d'ailleurs, ô vous dont l'orgueil est si fatigué de rencontrer Sans cesse des hommes entre Dieu et vous, soyez de bonne foi, et dites nous si Dieu pourra se promettre sûreraenl votre bien et sa propre gloire de celle condescendance ? voire bien d'abord, quand vous pourrez avec une malheureuse facilite vous méprendre entre des penchants corrompus qui déjà vous ont égar^ , et les im- |)rcssions même récentes de la loi nouvelle destinée à les réprimer? votre bien, quand vous |K)urrez si dangereusement vous abuser sur une révélation dont vous seriez le seul témoin et le seul joge'r La gloire de Dieu , quand vous serez si naturellement tenté d'attribuer à votre seul mérite des lumières et des vertus que vous aurez reçues seulement en secret de la divine miséricorde P Mais si Dieu croit plus convenable à sa gloire et plus utile à l'homme d'employer pour celte grande réforme des moyens naturels, à qui confiera-t-il celte difficile entreprise? qui chargera - l-il de ramener l'univers à des lois long-temps méconnues ? L«s hom- Avent. 6

122 11^ DIMANCHE DE l'aVENT.

mes de ge'nie, les philosophes ? mais la philo* sophie si claire et si bien en tendue de tous, quand elle flatte les passions et rompt tous les liens qui les enchaînent, dèsqu'elle veut prouver à l'homme ses devoirs et la nécessité de la vertu, ne parle plus qu'un langage abstrait pour le grand nombre, et se voit contrainte de se renfermer dans le cercle étroit de quelques disciples plus délicats et mieux cultivés. Les maîtres de la terre , euxmêmes , profileroient vainement de leur iiutorité pour triompher par la crainte des erreurs et de la dépravation universelle 5 ils pourront peut-être obtenir aussi de leurs sujets quelques vertus extérieures et un culte hypocrite j ils pourront Con- ^ traindre leurs peuples à chanter les louanges d'un Etre suprême et l'espérance d'une vie immortelle ; les cœurs demeureront toujours hors de leur domaine , et les passions se riront d'une inutile et scan- , daleuse proclamation. Mais les miracles ne \ rencontrent point d'oreille qui soit sourde à leur voix 5 ils détruisent toutes les illusiops , dissipent tous les prétextes , tranchent toutes les difficultés j en un mot, les miracliB forcent irrésistiblement les esprits

les plus subiils comme les plus grossiers à céder et tous les cœurs à plier sous une morale que proclame l'intervenlion solennelle de la divinité. Dieu peut donc opérer des miracles sans compromettre ni son immutabilité, ni son infinie sagefse.

Les hommes peuvent aussi s'assurer de l'existence des miracles. C'est un discours familier à l'incrédule, que, pour croire à des miracles, il faudrait qu'il les eût vus. Ainsi il reconnaît lui-même, comme en effet il ne saurait le nier, que les miracles sont des faits, qu'ils peuvent être vus, et vus avec certitude. Mais si les miracles peuvent être vus par lui de manière à ne lui laisser aucun doute , d'autres peuvent donc aussi avoir vu des miracles, de telle sorte qu'ils en aient remporté une parfaite conviction, et cette conviction, l'incrédule ne peut raisonnablement se défendre de la partager, à moins qu'il ne trouve, ou dans les faits mêmes qu'on lui raconte, ou dans le caractère des témoins, de justes sujets d les récuser. Plus le fait qu'on lui rappore révolte ses opinions et dément son extérience, plus il doit se mettre en garde corlrc les séductions de la supercherie 5 mais ajssi il ne doit pas apporter moins de soin à éditer

Ï24 W^ DIMANCHE DE l'aVEKI.

lin pyrrhonisme obstiné, si les circonstances les plus multipliées et les plus décisives concourent à réunir sur un fait toutes les lumières de l'évidence. C'est sur le témoignage des hommes que reposent le fondement des soiences les plus utiles, et les bases même de la société. Aiusi c'est sur le témoignage des hommes que le commercef établit ses spéculations j l'art de guérir , se$ théories j la jurisprudence, ses décisions ^ la politique, ses prévoyances et ses desseins. Mais ne demandons pas à l'incrédule qu'il se contente, pour en croire au témoignage des hommes sur les miracles, des règles qui chaque jour sont trouvées suffisantes pour fixer les plus sacrés , comme les plus chers intérêts. Ne lui demandons pas de déterminer sa croyance sur des motifs qui chaque jour décident l'avare à exposer sa fortune , le malade à confier sa vie, le juge le plus rigide et le plus austère à prononcer sans remords sur le sort d'un accusé. Puisqu'il i'agitde miracles, et que les miracles n'oijt pis seulement contre eux la dérogation aux los ordinaires de la nature, mais entraîncM encore des conséquences importantes, periiettops à l'incrédule d'exiger des gar

Certitude des miracles. 125

^s que l'histoire profane la plus avérée fte préseula jamais, el que lui-même se garde bien de demander pour admettre les faits les plus imporlans.^ D'abord, il pourrait, ce semble, s'arrêter à certaines considérations extérieures. En effet, un événement isolé peut être certain; mais si celui qu'on lui propose est préparé par des événemens antérieurs , s'il tend à un but naturel et prémédité, s'il s'enchaîne avec d'autres événemens connus, s'il a amené des suites et des changemens remarquables, nous n'obligerons point encore l'incrédule à trouver dans toules^ ces circonstances une preuve irréfragable du fait soumis à son examen; cependant il faut qu'il convienne que ce sont des présomptions de certitude assez fortes, du moins, pour balancer dans son esprit les préjugés formés par l'invraisemblance des miracles.

Comme c'est d'ailleurs sur la déposition des témoins qu'il fixera sa détermination , c'est aussi dans leur examen qu'il doit surtout apporter un œil clairvoyant et une critique sévère; qu'il réprouve donc le récit d'un homme dont le jugement seroit suspect, ou les sens incapables de porter sur les objets

TaG II* »IMA^'CHE DE L^AVETnT.

un témoignage fidèle. Qu'il entre en défiance si le témoin n'a vu que de loin ou rapidement, ou dans un moment de trouble, le fait qu'il lui rapporte j qu'il soit réservé surtout si la réputation du témoin a justement souffert quelque atteinte, enfin si la crainte ou l'intérêt ont pu lui dicter son récit. Qu'il ne se contente pas même d'un seul témoin, on y consent, bien que l'bistoire nous présente souvent des faits reconnus incontestables quoique attestés par un seul historien. Mais si après s'être environné de toutes les précautions de la prudence la pins circonspecte, il trouve des témoins dont les facultés naturelles n'aient jamais été altérées; si les faits, dont ces témoins parlent, éloienl palpables et qu'ils en aient réitéré plus d'une fois l'expérience, si on ne peut leur refuser une probité soutenue j si, bien loin que la crainte ou l'intérêt les guident dans leur récit, il leur a fallu, pour l'attester, sacrifier les intérêts les plus chers et braver les plus redoutables dangers; enfin si, àla déclaration uniformede leurs nombreux témoignages vient se joindre encore l'aveu de leurs propres ennemis, qui, en portant contre eux d'autres accusations ,

rendentcependanthommageà la sincérité de leur déposition j nier de pareils faits, récuser de pareils témoins, ce n'est plus seulement préjugé , ce n'est plus incertitude , c'est aveuglement, c'est obstination, c'est folie. Mais, dira- 1- on, ces événemens peuvent être anciens, et la distance des temps répand sur leur certitude des nuages qui en affaiblissent l'évidence. Alors je demanderai à mon tour : que fait ici l'ancienneté ? que fait la distance des temps? Pas plus que la distance des lieux 5 et, si j'en crois un ami dont la sincérité m'est connue, lorsque, d'un pays éloigné , il me fait part d'un événement important, et qui s'est passé sous ses yeux, pourquoi balancerai-je à croire des bommes d'une probité sans reproche , et qui, séparés de moi par des années, me font parvenir le détail des choses dont ils ont été témoins. Et ne voyez- vous pas que, pour des événemens comme nous les supposons, graves, suivis de conséquences si importantes, l'antiquité , loin d'en affaiblir la croyance , la confirme au contraire plus solidement, en nous les transmettant approuvés par l'examen et l'adhésion d'une longue suite de générations ?

S28 II* DIMANCHE DE L'aVENT.

Mais que sert de répondre à une objeclion absurde, que réfuie chaque jour maigre lui l'incrédule le plus obstiné : la dislance des temps , pas plus que la dislance des lieux, l'empêche - t - elle chaque jour de croire à l'existence de Rome ou de Constantînople , ou aux faits d'Alexandre et de César ?

Concluons donc sans hésiter , premièrement, qu'il doit exister des miracles, qu'il y a des moyens sûrs de les constater, et qu'il est digne de la sagesse, de la bonté ineffable de Dieu de les opérer. Voyons maintenant qu'il en existe en effet, et qu'on ne sauroit sans folle révoquer en doute les miracles évangéliques, qui impriment à la Religion chrétienne un sceau manifeste de divinité»

DEUXIEME POINT

Puisqu'il en est des miracles comme de tout autre fait historique, et qu'on peut infailliblement constater leur existence , examinons maintenant le témoignage des hommes qui nous atteslent les miracles

opérés en faveur de noire sainte religion. Si nous ne pouvons trouver dans ces témoins vénérables ni crédulité , ni imposture, si nous reconnaissons, au contraire, qu'ils ont vu et agi sans illusion possible , qu'ils sont pleins de candeur, de francbise, de désintéressement, d'héroïsme même, comment pourrions-nous, sans injustice et sans absurdité, repousser leur témoignage r Il est vrai, l'histoire des égarements de l'esprit humain ne présente que trop souvent des hommes séduits par des opinions mensongères, et qui les ont soutenues avec une déplorable opiniâtreté. Les uns, d'un esprit borné , esclaves de leurs sens ou de leurs préventions, incapables de comparer des idées éloignées et d'en saisir les rapports^ ont défendu obstinément des erreurs adoptées sans examen. Les autres ^ entraînés par une imagination ardente , ou égarés par leur sensibilité, ont pris pour la vérité les rêveries d'un esprit en délire/; dans les premiers, c'était stupidité, et dans les seconds fanatisme. La crédulité, en matière de religion , ne peut prendre sa source que dans l'un de ces principes. Or, nos témoins sont également à l'abri de cette

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double impulaiion. Ce sont, j'en conviens, des hommes simples el ordinaires, et je me garderai bien de leur allribuer des avantages que Dieu leur refusa , je le sais, pour mieux faire éclater son pouvoir. Mais ce serait une grande erreur que de confondre celle simplicilé, suite naturelle d^ine éducation peu cultivée, aveccette grossièreté siupide, qui^ toute plongée dans les sens, ne sait rien prévoir ni observer, ne connoît ni précautions, ni défiances. Livrés pour la plupart à des professions mécaniques , leur esprit n'avoit point été développé par l'étude, mais il n'en étoit pas moins capable de porter ici un jugement sur et irrécusable. De quoi s'agissoit-il en effet, étoit-ce quelque système abstrait, dont il fallût saisir les principes, embrasser toutes les conséquences, résoudre toutes les objections. Eloit-ce quelque vérité subtile dont l'intelligence n'est possible qu'aux esprits éclairés par des méditations profondes? Non, c'étaient des faits sensibles , des événemens publicsqu'il fallaitsimplement examiner, el, pour cet examen, les hommes les plus grossiers sont aussi bons juges, et souvent plus clairvoyants el plus difficiles à satisfaire que

CERTlTroE DES MIRACLES- l3l

les esprits les plus élevés. Encore, s'il nes'a- "issoit que d'un seul fait, l'inadveriance , la prévention expliqueroient leur illusion, peutêtre j mais il s'agit ici d'une multitude de faits : et voyez quel inconcevable aveuglement supposeroit ici leur histoire ! Quoi ! depuis leur vocation jusqu'à leur mort ils auroientcru voir, et eux-mêmes opérer les plus étonnants prodiges, parler toutes les langues, guérir les malades, ressusciter les morts, commander, en un mot, à la nature, quand la nature , en effet, éioit sourde à leur voix ! Mais quand ou préteudroit qu'un hommepût montrer une telle démence, comment supposer qu'une foule d'hommes aient été tous au même instant atteints du même délire, aient tous cru faussement voir les mêmes merveilles accompagnées des mêmes circons- . taucesj aientcouservé tous cette opinion, non durant quelqvies jours , mais durant des années, durant leur vie entière; enfin , aient réglé les déterminations les plus graves, les démarches les plus décisives , sur la prétendue conviction de pures rêveries.

Quoi ! vous accuseriez d'une légèreté crédule ces hommes qui avant leur mission opposoient si souvent aux paroles de

r3.2 11^ WMA^NCHE DE l'aVENT.

Jésus leurs répugnances et leurs doutes, ef à qui ce maître divin reprochoit avec tant d'amertume leur peu de foi et leur lenteur à croire! Bien qu'illeur eût prédit, en termes formels , sa résurrection , ils repoussent le témoignage des saintes femmes qui leur en portent la consolante nouvelle. Le Sauveur, en leur apparaissant, est lui-même témoin de leurs incertitudes, et tous ne s'en dépouilleront enfin que quand il se sera plusieurs fois présenté devant eux, et Thomas ne trouvera que dans les cicatrices de son maître un remède à son incrédidité , et Pierre lui-même , le chef de l'entreprise, restera tellement enclin à de semblables défiances , que lorsque dans la suite, un ange viendra l'arracher aux prisons d'Hérode , il prendra pour un songe le miracle opéré en sa faveur , et balancera long-temps avant de croire à ce trait éclatant de la protection céleste. Sont-ce là des témoins qui, dans l'examen des miracles, n'ont dii porter qu'inattention on crédulité ?

Quoi ! vous reprocheriez d'avoir oublié dans l'examen des miracles les lois de la circonspection à des hommes qui, en toute

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occasion, montrent lanl de discrélion et de maturité ! Après avoir reçu de Jésus-Christ ses dernières leçons, ils s'occupent avec ordre du grand ouvrage qui leur est confié. La sagesse dirige Téleclion (ï^ celui qui doit remplacer l'Apôtre infidèle, elle détermine le choix des coopéraieurs qui allégeront le fardeau de leur apostolat. S'ils agissent séparément,-c'est le même esprit qui les anime, s'ils se réunissent pour régler de grands intérêts, une gravité et une prudence vraiment célestes président à leur délibération. Ils savent trouver les discours propres à convaincre les espiits et à loucher les cœurs. Chez les Juifs, ils ouvrent les saints livres, et font voir l^s prophètes traçant à grands traits le tableau du Sauveur qu'ils annoncent, de ses ignominies, et de sa vraie grandeur. Chez les Grecs , ils savent s'appuyer sur les poètes profanes eux-mêmes, pour parler du véritable Dieu, de son immensité, de sa toute-puissance.' Chez les Romains, enfin, ils prouvent la nécessité de la révélation en montrant le flambeau de la raison obscurci par la corluption d'une nature dégradée, et forcent à rougir de ses honteux écarts une orgueil-

l34 11^ DIMANCHE DE l'aV£î<T.

leuse philosophie : si telle est la couduiie , si tels sont les discours de l'imprudence, qu'on nous apprenne donc ce que feroient la sagesse et la circonspection !

D'ailleurs, ire nous lassons pas de le redire, ces miracles en faveur desquels ils déposent sont -ils les illusions d'une imagination exaltée , de prétendues inspirations divines dont ils ont été seuls contidenis, et dont , sur leur parole, il faudra ne pas suspecter la réalité? Non, encore une foisj ce sont des faits qu'on a pu voir, qu'on a pu loucher, sur lesquels les sens , en un mot , juges en pareille malicie, ont dû ne laisser aucune incertitude. Sont-ce des effets obscurs du temps, de l'art, de la nature? Ce sont des prodiges qui surpassent tout pouvoir, comme toute prévoyance humaine. C'est dans des objets sensibles , un changement subit et naturellement inexplicable j c'est lu nier en fureur, qui, sur un seul mol, fait toul-àcoup à la plus violente agilaiion , succéder un calme immobile. Ce sont des malades que des infirmités invélérées laissent depuis long-temps sans espoir de guérison, à qui des hommes rendent une santé parfaite par le seul acte de la volonté. Ce sont des morts.

CERtITUDE DES MIRACLES. l35

OU déjà environnés de l'appareil lugubre de la sépulture , ou renfermés depuis quatre jours dans le tombeau, qui revoient la lumière et reparoissent parmi les vivants.

Sont-ce des miracles opérés à l'écart, en présence de quelques partisans discrets, ou des faits assez simples d'abord, mais grossis et embellis peu à peu par la crédulité ou l'enthousiasme? Ce sont des prodiges éclatants , à l'appui desquels les témoins appellent la déposition des peuples et des villes entières 5 c'est sous les yeux des plus cruels ennemis, c'est à Jérusalem , dans ses places publiques, à la porte de son temple j c'est quelquefois en faveur de plusieurs milliers d'hommes que sont opérées ces merveilles. Pouvoit-on se tromper sur de pareils faits? y avoit-il une illusion possible? et cette flétrissante supposition de stupidité n'eslelle pas à jamais repoussée loin des Apôtres par les preuves les plus manifestes ? Pour les taxer de crédulité, il ne reste donc plus d'autre ressource que de leur imputer un aveugle fanatisme.

Mais commençons, Chrétiens, par écarter le sens odieux que donnoit dans ces derniers temps , au mot de fanatisme , une

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impie ignorance , pour qui craindre Dieu et pratiquer sa loi, défendre avec modération la vérité sans souffrir qu'on prétendît la plier à tous les caprices , plaindre ses persécuteurs , mais ne pas redouter leur rage, c'étoit mériter cette injurieuse dénomination. Mais, avec tous les hommes sages, nous appellerons fanatisme, la disposition d'un esprit trop foible ou trop ardent, qui s'émeut ou s'échauffe sur de légères apparences, et qui, rempli des préventions que lui ont laissées des impressions trop vives, admire et préconise, comme des merveilles opérées par le ciel , les vains fantômes d'une imagination déréglée. Or , s'il est ainsi du fanatisme, pourrons-nous en redouter, pour les témoins des miracles évangéhques, l'humiliante accusation ?

Le fanatisme emporte quelquefois une jeunesse ardente : nos témoins sont des hommes faits, et dans cette maturité de l'âge , où les passions perdent leur violence, et l'imagination sa vivacité. Le fanatisme peut être le partage d'hommes oisifs qui, par leurs lectures ou leurs spéculations, ont préparé à leur intelligence une alarmante activité : nos témoins sont presque tous de

CERTITI/OE DES MIRACLES. iSj

slaiples artisans, renfermés dans le cercle des connaissances propres à leur état, et qui, obligés de faiiguer leur corps par un travail journalier, n'ont pu trouver le loisir de repaître leur esprit d'illusions chimériques. Le fanatisme est emporté, et prodigue à ses ennemis les plus odieuses qualifications ; nos témoins épargnent toute invective aux hommes dont ils ont le plus à se plaindre , ils n'accusent ni les princes des prêtres de jalousie , ni Pilate de foiblessc , ni les Juifs d'ingiatitude et de cruauté; et, s'ils parlent de Judas, ils disent qu'après s'être arraché la vie, il a été dans son lieu, in locum suum ; et si saint Luc parle de la mort d'Hérode, il se contente de dire : Il expira j lui dont la fin tragique étoit regardée par les Juifs eux-mêmes, c'est Josèphe qui nous l'apprend , comme le juste châtiment de ses fureurs et de ses barbaries contre les premiers Chrétiens. Le fanatisme est persécuteur et implacable dans ses vengeances : nos témoins prient pour ceux qui les maudissent , font du bien à leurs ennemis, et se regardent comme des brebis destinées au sacrifice. A quelques saillies qui ont de l'éclat, le fanatisme joint

l38 Il« DIMANCHE DE l'aVE^T.

mille puérilités et mille extravagances : chez nos témoins , quelle solidité dans les maximes! quelle sagesse dans les conseils! quelle suite et quel ordre dans les exhortations ! Ce ne sont point là des éclairs qui jettent des lueurs passagères, pour plonger ensuite dans de plus épaisses ténèbres j c'est le flambeau de la vérité présenté par des mains fermes, et qui conserve toujours un éclat pur et inaltérable. Enfin le fanatisme est enflé dans ses discours, et fastueux dans sa conduite : nos témoins sont simples en opérant les plus étonnants prodiges comme en préchant les plus hautes vérités : ils tracent aux hommes leurs devoirs , sans exagération etsans emphase j ils parlent du mépris des richesses, sans déclama lion^de la patience dans les peines, sans sécheresse; du pardon desennemis, sansfiertéjdela charité qui nous doit tous unir, sans une vaine affectation de sensibilité. Ils paroissent devant les tribunaux avec courage et modestie, repoussent la calomnie avec noblesse, justifient leur conduite sans se plaindre de celle d'auirui. Si, peu contents d'attester les miracles de Jésus, ils suspendent ou renversent eux-mêmes à leurgréleslois de la nature, on voit qu'ils sont

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familiers avec leur puissance, et ils commandent aux maladies et à la mort sans appareil comme sans étonnement.

Voyez Pierre et Jean rencontrant à la porte du Temple un boiteux qui mendie depuis long-temps , et qui espère recevoir des deux Apôtres quelque aumône : Regardez-nous, lui dit Pierre; puis il poursuit : Je n'ai ni or, ni argent, mais ce que j'ai je vous le donne ; au nom de notre Seigneur Jésus-Clirist de Nazareth, levez -vous et marchez. Est-ce là le langage d'un homme dont le jugement est troublé par de vaines illusions, et dont les discours même décèlent l'égarement ? et n'est-ce pas plutôt celui d'un envoyé céleste, dépositaire d'un irrésistible pouvoir, et assuré de l'efficacité de sa parole ?

On ne saurait donc taxer de crédulité les Apôtres ; peut-on , avec plus de fondement, les accuser d'imposture ?

C'est ime marche commune à tous ceux que l'ambition, l'amour de la gloire, ou en général le désir de satisfaire leurs passions, poussent à quelque grande et périlleuse entreprise, et qui, pour s'autoriser, n'ont que les secours humains et leur propre prudence, de cacher d'abord soi-

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gneusement leurs véritables desseins , d'avancer lentement et avec précaution vers le but auquel ils aspirent, de ne dérouler leur plan qu'à mesure qu'ils voient disparaître les obstacles, enfin de profiter d'un succès inattendu pour s'élever plus haut qu'ils n'avoient cru d'abord pouvoir atteindre. Ainsi, pour se contenter d'un seul exemple y ce fut par quelques changements dans la liturgi<3 , par des murmures contre une indulgence trop facile, par des invectives contre la Cour romaine , que commencèrent leur prétendue réforme ces novateurs du quinzième siècle quiy lorsque les passions eurent soulevé en leur faveur les peuples et les princes eux-mêmes , arborèrent enfin i'étendart de la révolte et consommèrent leur schisme.

Mais les Apôtres ne connoissent point ces artificieux ménagements : ils déclarent ouvertement leur dessein, et proclament sans détour leur mission divine. Au lieu de quitter le pays où ils pouvoient si facilement être convaincus d'imposture , au lieu d'attendre au moins pour sonder les esprits , ou les préparer par de faux bruits et des intrigues , au lieu de faire l'essai de leur entreprise sur quelques.'

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hommes , c'est dans Jérusalem et dans la Judée , daus le lieu même du supplice de leur maître, c'est cinquante jours seulement après sa mort , c'est devant les docteurs qui l'ont demandée, devant les jugeê qui l'ont prononcée , que les Apôtres rendent leurs témoignages à Jésus crucifié, et attestent l'éclatant miracle qui seul doit confirmer tous ks autres. C'est là que saint Pierre fait ses premières prédications : les Corinthiens ne donnent à leur foi d'autre fondement que la vertu divine, regardant les Apôtres comme les ambassadeurs de Jésus-Christ, et leurs exhorialious comme les exhortations de Dieu luimême. Enfin saint Jean déclare qu'il a vu de ses yeux ce Fils que le Père a envoyé pour être le sauveur du monde j qu'il a -entendu cette parole de vie qui étoit dès le commencement , qu'il a fixé sur elle ses regards, et qu'il l'a touchée de ses mains : tractaverunt manus istœ. Ainsi , bien loin d'adopter les timides ressources de la prudence humaine , et d'envelopper d'incertitudes et d'amblguité leurs premières démarches pour se ménager, dans un contretemps, une retraite plus facile, ils se préeenieot comme des hommes envoycs de

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Dieu et assures de sa proleclion , et déclarent aux enfants d'Israël que Dieu a fait Seigneur et Christ celui qu'ils ont mis à mort.; qu'élevé à la droite de Dieu il vient ^d'accomplir sa promesse d'envoyer le saint Esprit 5 par qui s'opère ce qu'ils voient ^t ce qu'ils entendent. Saint Paul fait retentir dans l'enceinte de l'aréopage les exhortations à la pénitence que Dieu le charge de prêcher; comme il a reçu non l'esprit de ce monde , mais l'esprit divin , il écarte de ses prédications les artifices de l'éloquence humaine.

Cette droiture de conduite, et celle franchise est encore appuyée par la candeur de leur récit. Rien n'est plus frappant que l'aimable simplicité et l'ingénuité louchante avec laquelle ils nous racontent eux-mêmes leur ignorance, leurs questions indiscrètes, leurs prétentions ambitieuses, leurs foi-j blesses et leurs chiites. Ils n'emploient ni détours pour déguiser leurs fautes, ni ménagement pour les excuser; ni préparations pour écarter la honte d'avoir eu parmi eux le perfide qui a livré leur maître à ses ennemis, unus ex duodecim ^ ni prétextes pour justifier , au moment de la passion , la làcheié de leur fuite , omnes

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fuaerunt ; ni prëcaulions pour affaiblir dans le chef de l'aposlolat le crime d'une triple apostasie , negapit Petrus, C'est saint Mathieu lui-mcme , qui nous apprend qu'il était publicain , et qui seul des évangélistes refuse de dissimuler, sous son autre nom de Lévi , sa première profession. C'est saint Marc, qui écrivant son évangile sous la dictée de saint Pierre, passe sous silence la primauté de cet apôtre, et ses honorables prérogatives , mais se garde bien d'omettre la lâcheté de son renoncement. Bien loin de se glorifier des prodiges qu'ils opèrent eux-mêmes , ils ne se regardent que comme les instruments de la Providence, et ces prodiges comme des signes extérieurs dont Dieu confirme la morale qu'ils ont l'ordre de prêcher^ signuni sunt. Ce n'est pas là le don le plus sublime que rbomme puisse désirer : ils exhortent à estimer surtout les vertus ; OEmuIamini charismata meliora. Ils ne prétendent point que le pouvoir des miracles suppose en eux la réunion des qualités les plus éminentes ; ils déclarent qu'eux-mêmes ne sont rien devant Dieu, s'ils n'ont pas la vertu qui renferme toutes les autres : Caritatem auteni non habueroy nihilsum. Que dis-je ? S'il

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^s'agit de leur maître lui-même, ils semblent suivre l'iusiinct de leur naïveté, plus que les lois de la prudence j ils pouvaient ensevelir dans l'oubli la pauvreté de sa mère et l'abjection du réduit où elle lui donna naissance : et ce sont eux qui nous apprennent que , repoussée de toutes les hôtelleries, elle ne trouva qu'une ^jtable pour asile et qu'une crèche pour berceau à ce divin Fils j posilum in prœsepio» Ils disent sans détour qu'il eut faim et qu'il eut soif, esuriit, quand ils pourroient dissimuler en lui des besoins dont ils ont été seuls confidenls, et qui paroissent réduire celui qu'ils adorent, à la coiidiiion des hommes ordinaires.

Ah! si un imposteur eût écrit une telle histoire, il eût tenu sans doute un bien autre langage ; il eût apporté tous ses soins à pallier les foiblesses ,,à faire ressortir les vertus, et environner du plus brillant éclat et le maître et les disciples : au lieu du simple récit de leurs miracles , que d'artifices pour relever leur pouvoir ! Au lieu de cette morale si louchante , que de déclamations, au lieu de ces paraboles si naïves , qu^ de subtilités! Mais c'est surtout en traçant la mort ide Jésus-Christ, que l'imposteur auroit

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cru devoir rappeler toute son indusirie et déployer tous les secreis de son éloquence j il se fût éiudié à réunir les circonstances les plus frappantes, pour donner à son tableau les plus imposâmes couleurs^ il eût peint Jésus saus trouble aux approches de la mort, et attendant avec intrépidité sa dernière heure, confondant ses juges par une apologie pleine de force et de gravité, étonnant ses ennemis par sa constance, et ses bourreaux rangés autour de lui, dans le silence et l'admiration! Enfin, sur la croix, il l'eût représenté adressant à sa Mère et au Disciple bien-aimé les plus touchants adieux, et mourant ensuite sans se plaindre : et l'Évangile nous le représente, plongé en d'inexprimables ennuis, gardant le silence devant Pilate , recevant, sans ouvrir la bouche, les plus odieux outrages , et sur la croix ne disant qu'un seul mot à Marie et à saint Jean, demandant à son Père pourquoi il l'a abandonné, et s'afûigeant à haute voix de son profond délaissement !

0 tristesse, ô silence, ô délaissement de îésus, vous nous donnez d'admirables eçons ! Mais ce n'est point ici le lieu de les néditer, et nous ne les rappelons que ,X)ur faire comprendre combien le caractère

;| Avent. 7

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de pareils historiens est éloigné de l'imposture.

Mais ces hommes, dont ou voudroit révoquer eu doute la candeur , on ne peut leur contester au moins l'apparence de toutes les vertus, et ils ne les auroient prêchées avec tant de force et de persévérance , et ils n'eu auroient eux-mêmes conservé si soigneusement les dehors , que pour le seul plaisir d'outrager la Divinité et de tromper leurs semblables par une inconcevable dissimulation ! Mais cela n'est pas dans la nature ! Quoi ! c'eût été pour se jouer de la crédulité humaine , et lui insulter par les plus odieux mensonges , qu'ils auroient consacré leur vie toute entière à parcourir l'univers , publiant la grandeur de Dieu et son amour ! Quoi ! ces hommes qui savoient parler si éloquemment de la charité et en donner si bien l'exemple, u*aur roient eu pour leuis plus intimes confidents qu'un attachement hypocrite, et se seroieni fait un jeu de les laisser dans une erreur qui devoit leur coûter si cher , sans que jamais ni le remords ni la pitié les déterminât à détromper ces malheureuses victimes d'une aveugle confiance ! Souvent on a vu des hommes chargés de crimes et prêts d'en

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subir la peine , conserver, dans ces derniers momens , je ne sais quels seniimens de délicatesse opiniâtre et respecter les droits de l'amitié dans les complices de leurs forfaits : et les prédicateurs de l'Evangile , même à cette dernière heure , où le cœur s'ouvre si facilement à des seniimens tendres, eussent obstinément emporté leur cruel secret au tombeau! Et Paul eût payé de ce prix l'amour docile et filial de Tite et de Timothée ! Et le disciple bien-aimé eût reconnu par cette dissimulation opiniâtre, le respect rendu à ses cheveux blancs et au souvenir de la prédilection de sou maître ! Non, les plus méchants des hommes ne sauroient joindre à un caractère si constant de candeur et de vertu, le crime d'une si noire imposture.

Mais pour l'inventer et pour la soutenir , quelque motif secret, quelque intérêt caché, l'espoir d'acquérir des richesses , de parvenir aux honneurs, de laisser après soi un nom illustre, animait peut-être et fortifioit leur audace ! L'espoir des richesses ? ils font profession de les mépriser. Ils ne veulent nulle récompense ici-bas eu annonçant le royaume de Dieu; ils vivent pauvres , et ils auraient horreur de vendre, à prix d'ar-

l/fi II* DIMANCHE DE l'aVENT,

gent, les dons de l'Esprit-Samt. L'ambition de parvenir? Us ne savent ni encenser les grands, ni flatter bassement le peuple 5 ils censurent les vices de tous sans amertume, mais aussi sans ménagement. Le désir de la gloire? Partager l'ignominie de Jésus- Christ est le seul honneur ici-bas qu'ils désirent et qu'ils attendent de leurs travaux. Car ils le savoient à l'avance^ il ne leur avait laissé d'autre espérance que la persécution et l'opprobre, celui qui, ne voulant pas que les serviteurs fussent mieux traités que le maître, leur avait annoncé qu'ils seroienthaïs du monde, comme il en a été haï le premier , et leur avoit montré l'univers armé pour leur fuine. Aussi les Apôtres, au lieu de vouloir éluder ces prédictions, se félicitent de les voir accomplir, se réjouissent quand on leurfait affront pour le nom de Jésus-Christ. En proie h toutes les misères, chargés de coups, sans asile, traités comme ce qu'il y a de plus vil sur la terre, comme le rebut de tous les hommes, ils poursuivent avec ardeur leur périlleuse entreprise, ils tressaillent d'allégresse dans la tribulation, et ne cessent dédire et d'attester ce qu'ils ont vu et entendu :Non possumus quod vîdimiLS et audwimus non loqui.

A peine le maître a-t-il trouvé dans un supplice plein de douleur et de honte le prix de ses travaux et le terme de ses tribulations, qu'on voit se former de toutes parts, contre les disciples, un orage furieux. Tout à coup ils n'ont plus ni parents, ni amis^ ni patrie, ou plutôt ils reconnoissent leurs amis et leurs parents à leur acharnement et à leur implacable fureur. Etienne et Jacques périssent à Jérusalem sous les coups de leurs ennemis. Pierre et Jean y porleutleurs premières chaînes. Les autres sont en butte aux mêmes persécutions, eteufin,ils terminent tous leur course par xme fin houleuse et lamentable. Ainsi, renoncer aux aft'ections les plus chères, abandonner les plus solides intérêts, rompre les liens les plus étroits du sang et de l'amitié, livrer sa vie elle-même, voilà les incroyables sacrifices qu'auroit obtenus de ces hommes extraordinaires, le désir d'accréditer l'erreur et de propager l'imposture : en sorte que ces étranges imposteurs eu auroient plus fait pour soutenir le mensonge que l'homme le plus vertueux pour défendre la vérité! Non, non, l'amour seul de la vérité a pu déterminer ces hommes vénérables à oublier toute humaine considération; seul il a pu

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allumer dans leur âme ce zèle ardent qui les poussoit à leur périlleuse entreprise , et les tourmenloit par l'impuissance de taire les merveilles dont ils avoient été les témoins : Non possumus quod vidimus non locjui. L'amour seul de la vérité a pu les décider à subir la mort la plus cruelle, ou plutôt à faire chaque jour le généreux abandon de leur vie. Car, prenez garde, Chrétiens, à cette pensée : c'est celle d'un de nos témoins les plus illustres, de Paul, qui, pour faire comprendre aux Corinthiens combien sa conduite seroit inexplicable si Jésus n'étoit pas ressuscité , leur trace la peinture des maux que lui attire son ardeur à publier ce miracle. Mes Frères, leur dit-il, je meurs chaque jour pour attester un prodige qui fait votre gloire, et qui m'assure celle que j'attends moi-même de Jésus- Christ : Quotidie morior porvostrani glojiam, fratresy quant haheo in Christo Jesu.

En effet, observez-le soigneusement.

Chrétiens , ce n'est point ici une entreprise dont l'événement soit incertain, ou dans laquelle, une fois engagé, on soit contraint d'arriver à l'issue sans pouvoir retourner vsur ses pas 5 mais c'est une entreprise dont les tourments et la mort sont l'infaillible

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prix , que nos témoins peuvent abandonner tous les jours , et dans laquelle ils persévèrent tous les jours, quotidie morior. Ils pouvoient obéir au premier ordre que leur donna le Sanhédrin de ne plus prêcher au nom de Jésus, et la flagellation de Pierre et de Jean eût été la seule punition de leur première imprudence. Mais en poursuivant leur dessein ils s'exposent de plein gré chaque jour à toute la fureur de ce corps implacable : quotidie morior. Réfugiés à Antioche, dispersés dans la Grèce, portés en Italie et jusqu'aux extrémités de la terre , ils pouvoient y vivre inconnus et y laisser enfin pour jamais dans l'oubli des faits dont le récit leur avoit déjà coûté si cherj mais plutôt que de trahir leur mission , ils aiment mieux se créer encore de nouveaux ennemis et chaque jour être en butte à leur rage homicide : quotidie morior. Ainsi nos témoins ne sont pas seulement des hommes qui se sont immolés une fois pour sceller de leur sang leur déposition; mais ce sont des hommes qui , en faveur des miracles qu'ils attestent, ont renouvelé mille fois le sacrifice de leur vie : quotidie morior.

Qu'esl-il besoin après cela d'appuyer leur

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témoignage de celui de leurs eunemis?

Qu'est-il besoin d'appeler un Celse et un Porphire, convenant des miracles de Je'sus, mais les attribuant aux prestiges et aux ençhanlemenls f Un Julien4'Aposiat s'étonnant qu'on puisse compter pour quelque chose la guérison de quelques aveugles et de quelques boiteux, et montrant par cette surprise de'daigneuse qu'il ne conteste pas du moins à Jésus - Christ ces prodiges ? Qu'est-il besoin de faire paroitre tant de payens, illustres par leur savoir, conduits au Christianisme par les prédications de nos témoins ? Qu'est-il besoin de faire comprendre que leur témoignage, quoiqu'ils se soient faits Chrétiens, bien loin d'être suspect, n'en est que plus recommandable , puisqu'ils ne peuvent avoir embrassé la religion chrétienne qu'après un mûr examen des miracles dont elle étoit confirmée? Non, non, c'en est assez, nos témoins nous suffisent. La cause du Christianisme est jugée, et la certitude des miracles opérés pour le soutenir en démontre la divinité.

C'est vous, ô mon Dieu ! vous qui seul faites des choses grandes et vraiment dignes d'admiration 3 c'est vous qui avez environné

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de prodiges éclaiants le. berceau de no'trc Religion 5 c'est vous qui avez voulu donner pour sou lien à noire Foi ces preuves invincibles. Il est vrai, la discussion de ces preuves semble n'èlre point faite pour la plupart de ceux qui remplissent cette enceinte sa* crée. Dociles enfants de la Foi^ ils n'ont pas besoin de tant de raisonnemens poui respecter la Religion, pour en suivre avecfîdélilé les saintes ordonnances. Mais ces preuves , cependant , ils aiment à les enicndre, parce qu'elles leur rappellent vos bienfaiis, et parce qu'elles leur fournissent des re'ponses contre l'impiëlé. Mais si parmi cette troupe fidèle, le désœuvrement , la curiosité, ou quelque motif plus coupable encore avoit amené quelqu'un de ces liommes qui, nés au sein du Christianisme, sont assez malheureux pour blasphémer ses dogmes et pour abjurer ses lois, ô mon Dieu! ne laissez point votre parole retourner vers vous sans effet j ouvrez ses yeux , changez son cœur j faites-lui connoître le prix de cette Religion qu'il a abandonnée, et la solidité des fondements sur lesquels elle s'appuie 5 faites-lui comprendre surtout que cette Religion , qu'on lui peint comme sévère et repoussante, lui tend les bras et le

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recevra avec la plus tendre indulgence ; rappelez-lui les biens qu'il en a reçus , les promesses qu'il lui a faites , les malheurs qu'il a éprouves depuis qu'il s'est séparé d'elle. Déterminez-le à venir chercher auprès d'elle la fin de ses remords, le soulagement de ses peines, le seul moyen enfin d'adoucir les maux de la vie présente et de mériter les biens de la vie future. Ainsi soit-il.

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