POUR LE IIP DIMANCHE DE LAVENT
Quid ergo baptizas si tu non es Christus, neque Elias , neque propheta.
Pourquoi donc baplisei-vous , si vous n'ét&s ni le Christ ni Elie, ni un Prophète. Jean. t.
A ces questions indiscrètes, à ces soupçons outrageants , à cette injurieuse incertitude , Jean-Baptiste n'oppose qu'un calme céleste, une profonde humilité, une patience invincible, se montrant par ses vertus le précurseur de celui qui , doux et humble de cœur lui-même, devait, par ses exemples, apprendre à ses disciples à faire éclater, au milieu des imperfections du prochain ou de ses injustices, leur inaltérable douceur 5 mais cette douceur si chère aux vrais enfants de Dieu , qu'il est peu de Chrétiens qui en connoissent le prix, ou du moins qu'il en est peu qui, en convenant de ses avantages, ne prétendent justifier
l56 m'' DIMATSCUE DE l'aVETST.
leurs vivacités el quelquefois même leurs emporleraenls, par les circonstances où la Providence les a placés et par le caractère de ceux qui les entourent. Les uns pensent que cette vertu n'est propre qu'à étouffer cette énergie et cette élévation qui doivent être le caractère dislinctif de l'homme et son plus honorable apanage y d'autres croient qu'il est, en effet, d'une àme généreuse de pardonner de grandes offenses , de traiter avec bonté son ennemi j mais ils ne sauraient s'assujétir à une douceur de tous les jours et de tous les moments , ni lui accoi'der le sacrifice d'une vivacité qui leur échappe malgré eux, sans laisser dans le coeur aucune trace d'aversion et de mécontentement 3 ils ne peuvent voir de sangfroid les imperfections et les défauts grossiers de ceux avec qui la Providence les a condamnés de vivre, et ils renvoient à une patience plus qu'humaine le pouvoir de les supporter sans aigreur j ceux-là, pleins d'horreur pour le crime, appellent leurs emportements la suite inévitable de l'indignation qu'éprouve l'homme de bien à la vue de Tinjusiice. Ainsi, tous se séduisent eux-mêmes, ou par les fausses idées qu'ils se fout de la douceur, ou par les raisons
aVR LA DOUCEUR. iSj
frivoles par lesquelles ils voudroicut se dispenser de la praliquer , et dont ils voudroient colorer l'oiibli de celle vertu. II est doue important de faire connoître aux uns,
1*^ La nécessilc elles avantages de celle vertu : ce sera le sujet du premier point;
2,0 Aux autres la frivolité de leurs prétextes : ce sera le sujet du second point.
Implorons, etc.
PREMIER POINT
Les enfants du siècle et les hommes nourris des maximes profanes, reconnolssent eux-mêmes le prix de la douceur. On les voit s'atlachcr , avec ralteniion la plus scrupuleuse, à en adopter au moins le langage; ils y mettent leurs soins et leur plus constante étude; ils regardent celle science comme la plus importante pour un homme du monde; ils y appliquent leurs enfants; ils encouragent leurs efforts; ils exaltent leurs progrès en leur apprenant de bonne heure à composer leur contenance, leur visage, le ton même de la voix, à déguiser, sous un front serein, une aversion secrète, à parler avec bonté à l'ennemi
S58 III^ DIMANCHE DE l'AVENT.
dont ils ont juré la perte , à soutenir, sans se déconcerter, les contradictions les plus piquantes, et à supporter, avec un calme apparent, des imperfections qui chagrinent. Cet art difficile est celui que le monde exige avant tout de ses disciples, et l'on peut dire que ce qu'il appelle usage et politesse , n'est autre chose que le talent d'emprunter le masque de la douceur et de savoir avec adresse en afficher l'indulgence et la modération. Mais sans doute cette douceur extérieure n'est point la douceur à laquelle vient vous exhorter le ministre évaugélique; c'est à votre cœur qu'il vient inspirer l'amour d'une douceur chrétienne ; c'est à votre cœur qu'il veut en faire conuoître la nécessité et les avantages, bien assuré que , si une fois votre cœur en a su apprécier et goûter les charmes, elle passera d'elle-même à votre insu dans votre conduite, et même, à votre insu, embellira des plus aimables dehors votre commerce , et le rendra plein de consolations pour vos frères.
Quoique l'esprit de sévérité semble être l'esprit de l'ancienne loi, et la terreur le seul sentiment par lequel Dieu voulut dompter un peuple charnel et grossier, la
SUR LA DOUCEUR. iSg
douceur cependant y étoil en grande recommandation, et l'Esprit-Saint se plaît, en plusieurs endroits de l'Ecriture, à exhorter les Juifs à cette aimable vertu , et il n'omet rien pour fléchir et apprivoiser, en quelque sorte, ces cœurs farouches et indomptés. Mais les leçons qu'il leur adresse nous conviennent à plus d'un titre, et notre rudesse n'a que trop souvent besoin d'êlre amollie par ses touchantes exhortations. Tantôt, prétendant nous en tenir à la pratique des vertus essentielles, nous croyons pouvoir sans danger compter pour rien l'exercice de la douceur, et nous semblons ne la regarder que comme le vernis des autres vertus qui leur donne plus d'éclat, mais n'est point elle-même une vertu réelle.
L'Esprit- Saint nous détrompe, en nous apprenant qu'elle seule peut compléter, en quelque sorte, nos vertus et assurer à nos bonnes oeuvres leur véritable perfection : Filiy in mansuetudine opéra tua perf.ce. Tantôt, redoutant les jugements des hommes, nous craindrions de passer à leurs yeux pour foibles et pusillanimes, si nous écoutions les avis de cette vertu paisible , et nous la sacrifions à la méprisable réputation d'une fermeté déplacée. Mon fils, nous
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dit l'Esprit-Saint, assurez à voire âme, par la douceur, Ja véritable gloire, et méritezlui le seul honneur auquel elle doive prétendre : Fili nii^per majisuetudinem gloriam animœ tuœ concilia et eam honore (juem meretur afjîce. Quelquefois, enflés des prérogatives de nos places , nous pensons qu'il est digne de l'importance de nos fonctions de répondre avec hauteur et brusquerie aux hommes que la nécessité ou même de simples bienséances conduisent près de nous, et nous croirions déroger à notre dignité si nous présentions un air affable et plein de bonté à ceux qid nous abordent. L'Esprit-Saint nous apprend que Dieu se plaît à renverser les superbes du haut de leurs places éminentes, et que c'est à la douceur qu'il aime à en applanir le chemin : Sedes dii>itum superhoruni destruxit Deiis et sederefecit mites pro eis. Aussi voyez, toute sévère qu'elle est^ quels grands exemples de douceur vous fournit l'ancienne loi.
Moïse était chargé de la conduite d'un grand peuple, obligé de pourvoir à ses besoins et de le défendre contre ses ennemis, et loniefois sans cesse fatigué par les plaintes et les murmures de cette nation ingrate et Indocile j cependant bien loin que
SUR LA DOUCEUR. l6l
lant de soins et d'inquiétudes , d'obstacles et de chagrins épuisassent son inaltérable douceur, elle croissoit avec les contradictions, et la sainte Ecriture lui rend le témoignage qu'il étoit le plus doux d'entre les hommes. Aussi, sans vous parler de la patience avec laquelle il supportoit les révoltes d'un peuple qui lui de voit sa délivrance^ et auprès duquel il étoit le représentant et l'interprète de Dieu même, et pour m'en tenir à cette vertu de société et de commerce journalier dont nous nous entretenons aujourd'hui, voyez avec quelle douceur il supporte les étranges discours de Marie sa sœur et d'Aaron lui-même.
Eclate- t- il contre eux en plaintes et en invectives? se livre-t-il à toute l'amertume d'un cœur ulcéré par Pinjastice ? Il laisse à Dieu le soin de juger sa cause, et le conducteur d'Israël garde, en présence d'une femme et d'un frère jaloux, un modeste et admirable silence. Mais que dire du saint roi David, et comment raconter tous les traits de son ineffable douceur? Si Saïil le poursuit et ne néglige rien pour assurer sa perte, David a respecté le sommeil de son ennemi , emporte pour garant de sa modération cette lance qui , tant de fois ,
l62 me DlMANCBE DE l'aVENT.
l'avoit menacé lui-même, et joint encore à cette conduite magnanime les protestations les plus humbles et les plus pacifiques. Si dans sa fuite Séméi l'accable de malédictions et d'outrages , et qu'un de ses serviteurs propose de laver cette insolence dans le sang du coupable : Laissez, dit-il, c'est le Seigneur qui lui a ordonné de maudire David ; qui seroit assez téméraire pour récuser et contredire ses conseils? Mais quelque héroïque que puisse nous paroitre une telle douceur, c'est surtout dans la loi nouvelle qu'il faut étudier les leçons de cette vertu, c'est là qu'il faut contempler un Dieu qui en offre lui-même chaque jour l'attendrissant modèle; c'est là qu'il faut l'entendre exalter le bonheur de ceux qui ont la douceur en partage : Beati mites j proclamer leurs privilèges et déclarer que c'est pour eux, avant tout, qu'il est venu publier sa céleste doctrine : Ad annuntiandum mansuetis misit me. Aussi , voyftz avec quelle autorité vraiment divine Jésus-Christ nous ordonne de venir à son école, pour y apprendre, par son exemple, à pratiquer cette touchante vertu. Presque toujours au milieu des leçons qu'il daigne donner aux hommes , il oublie qu'il pourroit leur parler
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en maîlrej c'est plutôt un père qui instruit ses enfants , un ami qui converse familièrement avec ses amis. Mais s'il s'agit de leur inspirer l'amour de la douceur, il se souvient alors qu'il est leur législateur souverain , et c'est avec empire qu'il leur commande d'apprendre de son humble douceur, à en connoître le véritable prix : Discite à me quia mitis sum et humilis. Certes il avoit le droit de se proposer à nous comme le modèle de cette vertu j il l'avoit pratiquée dès les jours de sa première enfance j et n'est-il pas remarquable que, pour nous faire connoître quelle fut , dans ses premières années, l'admirable conduite de Jésus, les évaugélistes se bornent à nous parler de son humble et paisible soumission à Joseph et à Marie, et qu'ils semblent renfermer dans cette unique vertu toutes les vertus qui embellissent sa divine enfance. Ils auroient pu nous parler de sa patience dans les infirmités attachées au premier âge , de son application et de son activité dans les travaux auxquels il ne dédaigna point de se soumettre, de sa réserve et de sa discrétion dans ses paroles, de sa modestie au milieu, des éloges dont on combloit cet enfant de bénédiction j mais ils ne nous
l64- III® DIMANCHE DE L'aVENT.
parlentquedesa soumission, de sa douceur^ et tandis qu'ils se réservent dépeindre avec quelque de'lail les qualités divines qui répandirent sur sa vie publique un si brillant éclat, on voit qu'ils réduisent à ces humbles vertus tout ce qu'ils pourroient nous raconter de sa vie obscure et cacbéeaux yeux des hommes. Ce n'est point, sans doute, sans un dessein digne de sa sagesse, que l'Esprit- Saint a permis que les trente premières années de la vie de notre divin Sauveur ne nous présentassent point dans le texte sacré d'autres vertus à imiter j il savoit que ces vertus si humbles dévoient faire le caractère dislinclif des Chrétiens j il savoit qu'elles étoient liées, et supposoient l'exercice d'un grand nombre d'autres vertus j il savoit enfin combien d'obstacles l'homme trouvoit dans son orgueil pour les pratiquer avec constance, et comme la conduite de notre divin maître doit être le modèle de la nôtre , il vouloit nous apprendre que, pour marcher sur ses traces, il falloit commencer par s'exercer long-temps à ces vertus modestes avant de prétendre à des vertus plus sublimes , et que c'étoit sur ce fondement seul que les plus parfaits eux-mêmes pouvoient établir avec solidité l'édifice de
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la plus haute perfeclion.Et voyez-le dans louie la suite de sa vie : quelle douceur toute divine! quelle patience ineffable! soit qu'il fallût supporter rignorance et la grossièreté de ses Apôtres, prévenir leurs demandes, dissiper leurs préjugés, éclaircir leurs doutes , et leur apprendre par là quelle inaltérable douceur ils dévoient euxmêmes opposeï' aux imperfections du prochain et à ses défauts même les plus révoltants j soit qu'il fallut g'épondre à ces Pharisiens superbes , ou interroger ces docleurs jaloux dont il pouvoit démasquer la malice et confondre l'hypocrisie. Loin de là , c'est avec un calme divin , avec une bonté céleste, qu'il essaie d'attendrir la dureté de ces cœurs inflexibles j et par là, du moins, nous enseigne avec quelle douceur nous devons supporter le prochain, et répondre à ses contradictions les plus odieuses et à ses plus cruelles injustices.
Mais c'est surtou t quand il s'agit de pau-' vres pécheurs que notre adorable Maître se plaît à exercer cette vertu ; voyez avec quelle clémence il renvoie , sans la condamner, une femme conduite devant son tribunal et convaincue de son crime , moins encore par les dépositions des témoins que
l66 III* DIMANCHE DE l'aVEÎ^IT.
par la confusion qui couvre son visage ! Avec quelle indulgence il souffre les approches d'une pécheresse scandaleuse! avec quelle bonté il reçoit le baiser d*un disciple perfide! quelle réponse il fait à l'outrage sanglant d'un soldat sacrilège! Mais quoi! il faudroit suivre tous les détails de la vie de Jésus-Christ pour parler dignement de son incomparable douceur. Car tandis que les autres vertus ne s'y montrent que successivement et^ar intervalle , il semble que celle-ci , à laquelle il vouloit nous former avec plus de soin, soit celle dont il aime à multiplier en notre faveur les exemples.
Après de si puissants motifs pour vous engager à la douceur, qu'est-il besoin d'en relever les avantages ? La douceur nous accoutume à porter dans nos démarches ce calme et cette modération si nécessaires pour en assurer le succès : dans nos disgrâces, elle nous laisse la tranquillité pour en voir plus prompiement le remède et l'appliquer plus sûrement 5 dans nos imperfections et nos défauts, elle n'étouffe pas la juste peine que la vue de nos misères doit exciter en nous 3 mais elle la modère, et dans nos chûtes, elle fait taire les dépits de notre orgueil, et nous conserve le courage
SUR LA DOUCEUR. iGy
de travailler encore à notre avancement avec confiance et générosité : pour nos semblables , elle nous les attache avec des liens d'autant plus puissants, qu'ils en soupçonnent moins la force. Les caractères les plus difficiles, elle les dompte et les maîtrise à son gré j elle subjugue l'humeur farouche d'un mari violent , elle tempère les vivacités de la femme la plus emportée j l'enfant indocile et mutin ne sait point résister aux charmes de ses leçons; dans le choc des opinions diverses , elle ramène et réunit à un avis commun ceux qui n'opposoient d'abord à des raisons solides qu'une opiniâtre résistance ; dans les discussions d'argent et de fortune, elle obtient les plus généreux sacrifices, et applanit la conciliation désintérêts les plus opposés. En un mot, ladouceur nous procure le bien, qui de l'aveu de tous, est le plus désirable : la paix avec nos frères et la paix avec notre cœur. Et cependant, en dépit de notre propre intérêt, des plus puissants exemples, des plus touchantes leçons, on ne voit parmi nous qu'aigreur, que vivacité, qu'emportement, et rien n'est plus digne de compassion que ce contraste de notre conduite avec lu foi que nous professons, sinon , peui-cire.
l68 III« DIMANCHE DE L'aVENT.
la foiblesse des prétextes qui vondroient leur servir d'apologie et des motifs par lesquels nous prétendons la justifier.
DEUXIÈME POINT
Qnel est l'homme sage, et surtout quel est le Chrétien qui peut entendre sans pitié les prétextes par lesquels celui qui a oublié les lois de la douceur, prétend se justifier.
Il est si difficile de supporter patiemment des défauts qui choquent! Et d'ailleurs, n'est-il pas quelquefois nécessaire de reprendre avec fermeté des imperfections ou des vices qu'on ne saurait corriger autrement ?
Voilà les prétextes les plus plausibles à l'aide desquels l'homme emporté essaie de faire absoudre ses emportements et ses vivacités. Ainsi, tantôt c'est un homme grossier avec qui il a eu à traiter, et dont la rusticité révolterait le caractère le plus indulgent. Quelquefois c'est un importun qui est venu le troubler au milieu des occupations les plus importantes j d'autres fois, c'est un serviteur sans précaution et sans adresse, de qui la négligence et les distractions pousseraient à bout la patience la plus
SUR LA DOUCEUR. iGq
éprouvée. Que sais-je , et qui pourrait éuumérer toutes les allégations par lesquelles on prétend justifier ces vivacités si conlraires à l'esprit de chariié que Jésus-Christ est venu inspirer à la terre ? Cet homme était grossier 5 mais si ses demandes éloient légitimes, sa grossièreté leur a-t-elle i perdre ce caractère de justice qui devoit vous les rendre sacrées et vénérables ; et si elles étaient ondamnées par la raison, vos emportements étoient-ils bien propres à l'éclairer sur leu r injustice j et sa grossièreté, d'ailleurs, ainsi que vous le dites tant de fois vous-même, quand il s'agit d'autrui , sa grossièreté , dis-je , est-elle un titre pour justifier la vôtre?
C'était un importun. Yous faites donc de
tous vos momens un usage bien respectable
qu'on ne puisse venir vous troubler sans en
être aussitôt puni* par vos brusqueries^ et
lorsque l'Apôtre vous ordonne de montrer
pour tous une inaltérable patience, ^aize/i-
tes estote ad omnes , vous avez donc pensé
que les importuns étoient exceptés de cette
loi ? C'est un serviteur malhabile et inatten-
tifj mais s'il n'omet rien pour remplir son
devoir, et si vous êtes forcés de rendre à
sa fidélité un juste témoignage, récorapen-
Avctit. 8
lyo 111= DIMATSCUE DE L'avENT.
sez-le doue des vertus esseniielles , auxquelles vous ne pouvez refuser votre eslime , en lui pardonnant des imperfections qui échappent chaque jour, peut-être, à votre propre fragilité. Puisque vous vous piquez de religion, reconnoissez donc en lui votre frère en Jésus-Christ, racheté du même sang, admis aux mêmes privilèges , appelé aux mêmes espérances, et consolezle, par votre douceur, de l'état d'abaissement où la Providence a voulu le placer : mais d'ailleurs, qui que vous soyez, n'avezvous pas vos défauts aussi ? Nous avons tous les nôtres : il n'est point de principe plus reconnu , plus familiei à toutes les bouches : il n'en est point dont nous usions avec plus d'adresse , lorsque nous avons commis quelque*ïaute. Nous sommes habiles à parler de la malheureuse facilité que l'homme a pour le mal, lorsqvi'il s'agit d'excuser notre conduite auprès des autres, ou de la justifier à nos propres yeux : quoi de plus déraisonnable que de méconnaître cette vérité, lorsque nous devons juger nos frères, d'oublier de quel limon nous avons été formés, et combien est rapide le penchant déplorable qui nous entraîne tous vers le mal ! Quoi de plus injuste que d'avoir deux balances pour
peser noire conduiie et celle de notre prochain! Nous avons des yeux pleins d'indulgence quand nous nous examinons nousmêmes : nos défauts perdent leur laideur et se couvrent même quelcjuefois du masque de la vertu. Pour nous , les vices les plus' bas ne sont que des foiblessesj les travers les plus déplorables, des imperfections j les habitudes les plus criminelles, des penchants d'un cœur sensible : l'opiniâtreté devient force de caractère^ la colère, vivacité j l'insensibilité prend le nom de modération; l'avarice celui d'économie. Hypocrite, retirez donc cette poutre qui offusque votre œil , et vous viendrez ensuite délivrer l'œil de votre frère de cette paille qui le blesse !
Mais ce n'est point assez : et pour révolter ceux à qui la douceur est étrangère, il n'est pas même besoin de ces imperfections qui, bien que souvent involontaires, offensent après tout l'amour-propre ou causent quelque dommage; mais pour exciter leur humeur, il ne faut souvent qu'une démarche, qu'un langage qui ne soit pas à leur gré , et les défauts même dont on ne peut accuser que la nature suffisent pour leur faire repousser avec violence celui qui les aborde. Ne vous pré-
lya 111'= DIMANCBE DE L'aVEÎsT.
sentez point devant cet homme , si la nature ne vous a point accordé un extérieur agréable, un visage riant, une heureuse physionomie. Quelque humbles que puissent être vos supplications, et quelque attendrissante que soit la peinture de vos malheurs, évitez -le surtout si le ciel, en vous refusant les trésors de la terre, vous a revêtu des habits de l'indigence et des honorables livrées de Jésus-Christj il nesauroit avoir pour vous qu'un visage inexorable et des paroles pleines de rudesse et d'aigreur. Hélas ! il avoit jadis le cœur compatissant et sensible, mais la négligence à cultiver cette précieuse vertu de douceur a fait peu à peu svtccéder à ce qu'il appelait vivacité et force de tempérament, la déplorable habitude d'écarter avec emportement tout ce qui contrarie ses penchants ou ses préjugés. C'est ainsi qu'on voit s'altérer les inclinations les plus heureuses et s'aigrir le caractère le plus indulgent. C'est ainsi qu'au sein même de familles chrétiennes, l'oreille est sans cesse attristée par des querelles aussi contraires à la charité, que vaines et frivoles dans les causes qui leur ont donné naissance.
sua L.\ DoucfcUR. 1-3
Cepeudant il faut l'avouer , il est des liomiiKis dont ces imperfeclions excusables ne troublent point la paix, et qui même compatissent avec une tendre sensibilité', à des misères dont la condition humaine offre sans cesse le spectacle à leurs regards. Mais qu'il en est peu qui endui'ent avec une égale patience les erreurs de leurs frères et leurs défauts réels ! Aveuglés par un prétendu désir du bien , et ne sachant point distinguer les mouvemens de l'orgueil, qui prend plaisir à Wimilier ses semblables , de ceux d'un zèle éclairé qui veut les rendre meilleurs, on n'en voit que trop qui, pour inspirer aux autres l'amour des vertus, renoncent les premiers à celle qui devroit leur être si chère , et ne reprennent jamais leurs frères que la menace sur les lèvres et l'amertume dans le c œurj et cela sous prétexte qu'il est quelquefois nécessaire de ramener par la fermeté ceux qu'on ne sauroit corriger autrement j et c'est ici, mes Frères, une des plus dangereuses illusions, et quelquefois un des plus tristes scandales que la piété elle-même offre aux dérisions et aux justes reproches des mondains.
Autrefois aussi les Pharisiens superbes ,
^'/l^. Ille DIMATSCHE DE l'aVENT.
accoutumés à n'estimer que leur vertu fastueuse, et à mépriser tous ceux qui se laissoient entraîner vers le mal, murmuroient contre l'indulgence avec laquelle Jésus- Christ traitoil les pécheurs j ils ne pouvoient comprendre comment celui qui venoit appeler les hommes à une si haute perfection, pouvoit permettre son approche à ceux qui violoient ouvertement les préceptes les plus manifestes de la loi de Dieu, et dans leur aveuglement, ils osoient même tirer dé cette condescendance une preuve contre sa mission divine. Lorsqu'ils vovoient MîRleleine à ses pieds : S'il étoit prophète, disoient-ils, sans doute il sauroit quelle est cette femme qui ose ainsi l'approcher.
Remplis de vanité ils ne savoient que s'admirer eux-mêmes , et n'estimoient que cette justice d'appareil qui leur fesoit remplir avec scrupule des traditions bizarres , tandis qu'ils négligeoient des points importants de la loi ; ils regardoient le reste des hommes avec une orgueilleuse pitié, et ne réservoient à leurs erreurs que l'indignation ou le mépris. Et telle est encore aujourd'hui parmi nous la conduite de ces Chrétiens, fidèles , il est vrai , à remplir les préceptes extérieurs du Chris-
SUR L\ DOUCEUR. IjS
lîanisme, qui assisieiil avec exacliludeànos solenailés, enlendent avec joie la parole sainle, lespecienl les jours que l'Eglise consacre à l'absiinence ou au repos 3 que sais-je? qui s'imposent peul-élre des praliques pieuses qu'ils seferoient un crime de négliger ; mais qui, croyant avoir rempli toute juslice, s'établissent les censeurs des autres, les citent à leur tribunal et les jugent avec rigueur. Les erreurs de leurs frères sontle sujet le plus ordinaire de leurs culreliens ; ils se plaisent à en lolever les défauts, surtout s'ils ont quelque autorité à exercer j et s'aLusaut eux-mêmes sur les motifs secrets qui les animent, ils pensent n'écouter que leur zèle pour la gloire de Dieu, et le tendre intérêt que leur inspire le prochain : erreur déplorable ! étrange aveuglement! Il est vrai, Dieu a commis à chacun de nous le soin du salut de son frère : Mandapit uiiicuique de pro' xinio sito : c'est-à-dire qu'il a voulu que, par nos bons discours, et surtout par nos bons exemples, nous fissions tous nos efforts pour ramener au bien ceux qui s'en égarent ! Mais est-ce là ce que font ceux qui, pour corriger leurs frères, oublient toutes
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ies lois de la douceur ? S'ils Ips abordent , c'est avec un fronl sévère j s'ils leur parlenl, c'est avec rudesse 5 s'ils les reprennent, c'est avec emportement j s'ils les corrigent, c'est avec colère : ils croiroient trahir leur devoir, et s'accuseroient d'une indigne foiblesse, si la douceur venait lenij^rer leurs repioches et rendre moins amer un remède d'ailleurs salutaire. Si c'est à des égaux qu'ils adressent leurs avis, la charité leur fait une loi de mépriser de vaines considérations j si c'est à des inférieurs, ils doivent cette sévériié au poste éminent que leur a confié la Providence. Comme si en vous plaçant au-dessus de vos semblables, Dieu vous interdisoit les saints artifices d'une charité ingénieuse qui ne modère ses reproches que pour les rendre plus utiles j ou comme si, en essayant de ramener vos frères dans le sentier du devoir, vous deviez les exposer, par une rigueur hors de saison, aux impatiences, aux murmures et au désir de la vengeance! Quel bien, après tout, revient-il au prochain de cette excessive sévérité, quel fruit en retirons-nous nous-mêmes? A Dieu ne plaise, encore une fois, que je prétende
SUR LA DOUCELR. I77
blâmer ce zèle louable de rhommc de bien qui le porte à réprimer les défauts dç son frère, à lui en faire comprendre la honte et le danger, et à ne rien épargner pour le retirer de l'abîme où il se précipite j je conuois ce précepte de l'Apôtre : Conjurez, reprenez à temps et à contre -tempsj ohsecra opportune, importune. Mais s'exhaler en invectives contre ceux qui ont le malheur d'être infidèles à leurs devoirs, ne leur parler qu'avec dédain, les fuir comme des hommes indignes de partager notre société, quel prétexte peut justifier une pareille conduite ? Peut-être prétendez-vous les faire rentrer en eux-mêmes, quand ils verront que la fuite et l'indignation de tous les gens de bien sont le triste fruit de leurs désordres. Yous pourriez l'espérer si, en témoignant de l'horreur pour leurs vices, vous ne montriez pour euxmêmes que commisération et charité. Mais quand ils voient que vous ne les traitez ainsi que parce que vous vous croyez plus parfait^ que vous les jugez dignes de tout mépris, ou que vous ne pensez pas qu'ils méritent d'être honorés de vos regards, votre éloignement ou vos représentations ne font sur eux qu'une impression légère, ou plutôt
iyS m" DIMANCHE DE l'aVENT.
ajoutent à leurs vices l'iuseusibililé, l'endurcissement dans le mal. Ils se sont prémunis d'avance contre toutes vos exhortations. Yous mettez dans vos avis trop d'aigreur et d'emportement, pour qu'ils n'y soupçonnent pas quelques motifs secrets, autres que l'amour du bien et le désir de les rendre meilleurs. L'amour du bien est paisible, il ne se livre point aux excès d'un zèle bruyant et impétueux , et pour procurer l'avantage du prochain , il ne nous ravit point à nous-mêmes le plus précieux de tous les avantages, la paix et la tranquillité de l'àme.
L'amour du bien n'est donc pas la véritable cause de votre conduite, vous qui mettez tant de chaleur dans voire aversion pour les défauts de vos frères. Le zèle, voilà le prétexte 5 l'orgueil, voilà le motif. Et queseroit-ce encore, si Je vous parlois des malheureux effets que produit pour vousmême ce caractère triste et sombre qui vous porte à condamner les fautes d'autrui avec tant de rigueur, de cette humeur qui vous ronge et empoisonne vos jours , de cette aversion que vous inspirez à tous ceux qui veulent vivre paisibles, de votre mauvais renom, suite du penchant que l'on
vousconnoîLàcriliquer les imperfections des antres , et à les rcpreudre sans ménagement? O vons, qne ce disconrs regarde, éconlez l'étonnante leçon que Dieu donna autrefois à son Prophète Elie. Elie éioit plein de zèle pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères. Pénétré de douleur à la vue des désordres des enfants d'Israël, leurs abominations avoient allumé dans son àme It^s plus ardents transports. Le Seigneur , le voyant dans des dispositions si peu paisibles, lui ordonna de se préparer à voir sa divine majesté. Mais avant que le Seigneur ne se manifestât , dit l'Ecriture, il s'éleva un vent violent et impétueux capable de renverser les montagnes et de briser les rochers, et le Seigneur ne se montra pointa son Prophète. Peu après la terre paruts'ébranlersur ses fondements, et le Seigneur ne parut pas encore. Un feu s'alluma et le Seigneur tarda encore à se montrer. Enfin, on entendit le souffle d'un ventdoux et léger, leProphète se couvrit aussitôt le visage de sou manteau, et en même temps la voix de Dieu se fit entendre, et Dieu apprit par là à son Prophète, et il vous apprend à vous-mêmes que ce n'est point au milieu des agitations et des vioences qu'on peut espérer de faire ouïr sa
l8o lll"^ DIMAISCHE DE l'aVEIS'I'.
voix; quepour disposer les cœurs à lui prêler l'oreille , il n'est pas de moyen pins efficace que les louchâmes insinuations de la douceur : Non iiL commotione Dominas.
Mais quoi ! devrons-nous donc les mêmes égards à celui qui nous a comblés de preuves d'allachementeià celuiqui n'a c<ll5sé de nous poursuivre ? Trailerons-nous avec la même douceur l'homme dont nous avons tant de fois éprouvé la bonté, et celui que nous n'avons appris à connoîire que par ses fureurs, et surtout ceux que nous entendons si souvent blasphémer contre Dieu et contre son Christ ? faudra- t-il qu'ils puissent se soustraire à l'indignation de l'homme de bien ?De quel œil, en un mot, voir tant de crimes envers Dieu, tant d'injusliccs envers nous-mêmes! Du même œil dont les voit celui qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et répand sa rosée sur les justes et sur les injvistes. Une vive horreur pour le crime, une charité sans bornes pour le coupable, voilà l'invariable et constante maxime du Christianisme; maxime trop négligée , mais dont l'oubli est pour nous la source de tant d'excès, et fournira au dernier jour une trop ample matière au jugement dti Sei-
SUR LA nct'C.Kl'R. loi
giieur. Car, pour m'en teuir à ce zèle préleudu des iniérèis de la lleUj^iou , qui seul sembleroit pouvoir s'appuyer sur quelques raisous plausibles, pourquoi ces discours emportés contre de malheureux déserteurs de la foi ? Pourquoi ces airs méprisants et pourquoi ces outrages mé^ mes ? Vous prétendez venger la gloire de Dieu ! Livrez-vous moins à cette sollicitude^ mais observez plus fidèlement vous-mêmes ses commandements, et surtout cette loi de douceur el de charité que son divin Fils est venu vous apprendre. Yous voulez défendre les intérêts de la Religion ?
Craignez plutôt d'augmenter le nombre de ses ennemis , en les rendant les témoins et l'objet de cette aigreur qu'ils osent lui reprocher, toute contraire qu'elle est à ses pacifiques maximes. Car, encore une fois, il n'est pas de vertu que la religion nous recommande avec plus de soin que l'indulgence pour les défauts de notre prochain j il n'en est point , je ne me lasse pas de le redire, dont Jésus-Christ, notre divin modèle, nous ait donné plus fréquemment l'exemple. Il étoit Dieu et non-seulement exempt de toute foiblesse , mais de l'apparence même du péclié. Cependant vous
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avez vu avec quelle bonlé il reçoil les pécheurs , avec quelle douceur il les invile au retour; ils n'ont pas à craindre avec lui les emportemcns et les reproches, il a toujours les bras ouverts pour les accueillir; il ne leur parle pas de Jteurs égarements; il leur parle de sa tendresse. Madeleine a scandalisé Jérusalem par ses désordres ; elle ose cependant, dans un festin que Jésus-Christ honore de sa présence, paroître au milieu d'une assemblée nombreuse , et donner au divin Sauveur des preuves de sa vénération et de son repentir. Jésus-Christ le souffre, et par son silence autorise ces touchants témoignages de respect de la part de cette femme pécheresse. Mais quand il entend murmurer autour de lui , il daigne se charger de sa défense, et prend lui-même le soin de la justifier. Bien plus, une femme est surprise dans l'adultère et conduite devant ce divin maître; le crime est public, tous l'accusent; sans doute Jésus-Christ, la sainteté même , ne peut point excuser son offense. Mais rappelant à ses accusateurs leurs propres foiblesses, il les réduit au silence; et, lorsqu'ils se sont retirés remplis de coufusion, et que, pénétrée de la honte de son crime et de la bonté de son juge , cette
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femme est seule en sa présence et attend son redoutable arrêt, il ne se livre point à son zèle pour l'intérêt de son père, il n'ajoute point à l'ignominie de cette femme coupablelasévéritédeses reproches. Femme, lui dit-il, personne ne vous a condamnée? Personne, Seigneur ! Ni moi non plus, je ne vous condamnerai pas : allez et ne péchez plus. O paroles touchantes et vraiment dignes d'être à jamais gravées dans notre cœur! Si nous pouvions nous les rappeler, serionsnous donc si amers quand nous reprenons les autres, si pleins d'humeur quand nous leur reprochons leurs défauts? Et ne disons pas, encore une fois : c'est le désir de leur perfection qui nous anime : Dieu réprouve ce zèle mal entendu, ou plutôt il lit dans notre âme , et il voit que ces sentiments dont nous prétendons nous parer ne sont que sur nos lèvres, et que dans notre cœur ce n'est que vanité, caprice ou bizarrerie.
Où est donc cette charité que l'Apoire nous recommande , cette charité douce , patiente , qui ne s'irrite jamais ? Où est cette union qui, ne faisant de tous les Chrétiens que les membres d'un même corps, leur rend toutes les peines communes, et les fait
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compatir réciproquement à leurs maux? Si quelqu'un éprouve une perle considérable , si la mort lui enlève un objet qui lui éloit cher, allons-nous lui faire un crime de son malheur, ou lui reprocher sa disgrâce? Il est, disons-nous, enfant de notre Dieu, frère de Jésus-Christ 5 puisque cous devons pleurer avec ceux qui pleurent , nous devons donc partager sa douleur. Quoi donc î votre frère a perdu , non plus des objets mortels , non plus ses biens, ses dignités, ses honneurs j il a perdu son âme, ou du moins ses défauts et ses imperfections l'exposent à cette perte si déplorable, et vous, semblables aux amis du saint homme Job , au lieu d'apporter quelques secours ou quelques consolations à ses maux, vous venez les aggraver par vos reproches, et ajouter encore à son péril en l'exposant à l'impatience et aux emportemens.
Mais qu'est-il besoin de longs raisonnemens ? L'Apôtre a pris soin de nous enlever toute excuse , par ces paroles si remarquables : Supportez les défauts les uns des autres et vous remplirez la loi de Jésus-Christ j c'est-à-dire qu'il ne suffit point de mener une conduite régulière en apparence, d'observer avec fidélité les lois de l'Eglise, d'être
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assidu à ses sole uni lés ; mais qu'il tant encore aimer son prochain , l'aimer comme soi-même, supporter ses défauts ou les reprendre avec'charilé. Laissez donc, pourroit-on dire à ces personnes qui font profession d'une certaine piclé, laissez loul cet extérieur si imposant, laissez ces pratiques pieuses auxquelles vous êtes si fidèles, et qui sont en effet par elles-mêmes si respectables, mais par lesquelles vous prétendez acheter le droit de censurer les défauts d'autrui avec amertume , et commencez par vous exercer à cette vertu qui est pour vous d'un précepte rigoureux : La charité pour votre prochain et l'indulgence pour ses imperfections et ses foihlesses. Revètezvous, ainsi que le dit encoie l'Apôtre, car ses épîtres sont pleines des leçons de la charité, revêtez-vous comme des élus de Dieu saints et hien-aimés, des entrailles de la miséricorde, de la douceur, de la modération , de l'humilité , de la patience ; vous supportant mutuellement et vous pardonnant, si vous avez des plaintes à former les uns contre les autres, ainsi que le Seigneur vous a pardonné à vous-mêmes.
En effet, le souvenir des miséricordes de Dieu sur nous suffiroit bien, s'il étoit
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présent à noire esprit , pour nous rendre plus indulgents envers nos frères. Nous sommes peut-être réguliers, et, sans examiner si nous n'avons |> oint des défauts beaucoup plus révoltants que ceux qui nous choquent dans les autres, je veux bien supposer que notre conduite est exactement conforme aux lois de l'Evangile; mais en reportant nos regards sur notre vie passée , la trouvons-nous toujours également à l'abi i de tout reproche ? Nous sommes fidèles aujourd'hui j cette fidélité ne s'est-elle jamais démentie, et ne sommes-nous pas obligés de dire à Dieu en secret , ainsi que le Roi- Prophète : Seigneur, ne vous souvenez point de mes égarements, et oubliez les erreurs de ma jeunesse. Nous étions éloquents alors à représenter à Dieu la fragilité de noire nature et la force des inclinations qui entraînent l'homme vers le péché; et nous l'oublions maintenant qu'il s'agit de juger nos frères, et nous exigeons d'eux une vertu exemple de la tache la plus légère ! Où en serions-nous si Dieu nous eût traités avec la même rigueur, et s'il eût attendu pour nous pardonner nos offenses, qu'il ne se trouvât dans notre conduite aucune imperfection qui put blesser ses regards?
Quelle injuslice ! peut-èlre que cel infortuné dont les défauls vous blessent et vous irritent, ne les reconnoît en lui qu'avec la plus vive douleur j peul-étre chaque jour, prosterné devant le Seigneur, il kii demande avec larmes de le délivrer de ses penchants malheureuxj'il le prie de briser les chaînes qui l'attachent au péché j il le conjure de rendre la paix à son àme , et la vue de sa misère est pour lui une source de chagrins et d'amertumes. Quelle cruauté d'augmenter encore sa peine par la vivacité de vos reproches et d'ajouter douleurs sur douleurs!
Pour nous, mes Frères, fidèle au ministère évaugélique, et dussions-nous blesser des préjugés qui ne sont plus respectables pour nous puisqu'ils s'accordent si mal avec la véritable piéié, nous ne cesserons de faire retentir à votre oreille ce précepte de l'Apôtre : Supportez-vous les uns les autres, et que chacun remette à son frère tous les sujets de plainte qu'il pourrait avoir contre lui. Supporte?-- vous les uns les autres, et que l'erreur ou la foiblesse trouvent toujours auprès des chrétiens , non une molle indifférence, mais une indulgente charité. Nous vous dirons, comme notre divin Sau-
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veur aux Apôtres donl le zèle indiscret vouloit faire descendre le feu du ciel sur les habitans de Samarie : Vous ne savez pas à quel esj3rit vous appartenez, nescitis cuj'us spifitus esds.^ous vous dirons avec le sai^e, que l'esprit de sagesse est un esprit de charité; avec l'auteur de l'Ecclésiastique, que l'esprit de Dieu est plus doux que le miel; enfin , nous ne négligerons rien pour vous porter à cet esprit de douceur si désirable pour alléger les maux de notre pèlerinage, et si nécessaire pour obtenir un jour les récompenses éternelles !