‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 23 sur 57 · HAIÎ^E POUR LE .MONDE · texte numérisé non relu

HAIÎ^E POUR LE .MONDE

classes les plus vulgaires ont aussi un monde qu'elles doivent à leur lovir redouter, puisqu'elles ne sout étrangères ni à la cupidité de l'avarice, ni à l'insolence de l'orgueil, ni à la fureur du plaisir j que dii>-je, d'indignes excès peuvent dégrader une condition obscure, et les plus brillantes vertus rehausser l'éclat du diadème. Les cabanes de la pauvreté peuvent donner asile à de hardis infracteurs des lois de Jésus-Christ, et les demeures somptueuses de la richesse cacher de fidèles disciples de l'Evangile; les humbles vêtemens de la médiocrité, ou de l'indigence, peuvent servir de voile à la plus honteuse corruption , et les éclalanies livrées du siècle receler des cœurs pleins d'innocence et brûlant pour leur Dieu du plus ardent amour. Donc, chrétiens, dans quelque état que la Providence nous ait fait naître, au faîte des honneurs, comme dans les derniers rangs d'une vie commune, au milieu de l'opuleuf e comme dans les rigueurs de la détresse , la religion nous fait a. tous de la fuite et de la haine du monde une indispensable loi.

Aimer, il est vrai, ions les hommes, faire à tous du bien, plaindre ceux qui s'égarent, les soulager dans l'infortune, leur apprendie

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par ses bienfaits à chérir cette Religion qu'ils ont délaissée et qui sans cesse leur tend les bras, tel est l'esprit de l'Évangile j il ne donna jamais d'autres conseils à ses enfants. Mais fuir un monde corrupteur, mais fermer l'oreille à ses enchantements , mais résister au torrent de ses coutumes, mais condamner sans ménagement ses désordres, telle est la haine pour le monde que la Religion nous ordonne de vous prêcher : eh comment pourroit-elle ne pas vous commander de haïr le monde, quand le monde est l'ennemi du Chrétien et l'ennemi de Jésus- Christ lui-même ?

Le monde est l'ennemi du Chrétien : ennemi cruel, ennemi peifide, ennemi irréconciliable.

Ennemi cruel j vous regardez comme votre ennemi celui qisi par sa malice vient troubler la paix de votre maison et semer dans le sein de votre famille les craintes, les soupçons et les défiances. Une fois que le monde vous aura surpris dans ses filets, votre cœur, ainsi qu'un royaume désolé par les factions et les révoltes, sentira s'élever une guerre intestine qui le tourmentera par les plus cruelles agitations. Touché de Ja beauté de la vertu , et dé-

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chiré par le regret de lui être infidèle, ramené quelquefois dans le sentier du devoir par la voix de la giâce, et bieulôt entraîné de nouveau dans le chemin du crime par la tyrannie des passions j honteux d'un esclavage qui vous avilit, et ne pouvant vous résoudre à briser d'indignes liens, an lieu de cette paix que le monde vous avait promise, jamais vous ne trouverez au fond de votre àine que troubles et que remords. Vous regardez comme votre ennemi celui qui par d'iudignes artifices vous enleva l'attachement d'un cœur qui vous éloit plus cher que votre propre vie. Le monde, en vous engageant sous ses lois, vous ravit l'amitié de votre Dieu, le meilleu r, le plus sur, le plus fidèle de tous les amis. Au lieu de son amour vous n'aveii plus à attendre que sa colère^ au lieu de ses grâces, que ses vengeances j au lieu de ses inspirations saintes , que ce silence redoutable, avant-coureur de votre endurcissement. Vous regardez comme votie ennemi celui qui par un procès injuste vous à dépouillé de l'héritage de vos aïeux j ah. Chrétiens, le monde vous arrache , non un héritage périssable, mais vos espérances éternelles j non des biens amassés par le travail de vos

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aucélres , mais un loyaunic aclielé par le sang memede J.-C! Encore §ic'ctail à voire âme que s'ari êiât sa liaine , vous vous consoleriez peu l être d'obtenir à ce prix de houleuses satisfactions; mais votre corps luimême est l'objet de sa fureur : le monde énerve votre corps par la volupté, il le ruine par l'iulempérance , il le consume par les veilles qu'il vous force de donner à ses plaisirs.

Le monde est un ennemi perfide ; il semble ne demander d'abord au chrétien que de pardonnables foiblesses, mais bientôt il le conduit avix plus déplorables excès. 11 veut d'abord qu'on soit discret dans la mortification , et bientôt que l'on vive au sein de la mollesse; qu'on lolère ceux qui s'égarent, et bientôt qu'on partage leurs égarements; (ju'on «sache dans ses vêlemens s'accommodei- aux usaires reçus, et bientôt qu'on foule aux pieds les plus saintes lois de la pudeur; qu'on ne ferme pas son cœur à un atlachemenl honnête, et bientôt qu'on se déshonore par des passions scandaleuses. Ennemi perfide, après avoir fait de pompeuses promesses, il s'inquiète peu de les accomplir, et pourvu qu'il vous ait enveloppé dans ses pièges, il lui importe

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peu de vous voir dans les soucis et l'ameitame. Parlisan du monde qui avez, vieilli dans Ja jiiaiique de ses lois et de ses coulumcs, n'espéicz de lni> sur le déclin des ans, ni consolaiion, ni support ^ si vous ne savez pas dissimuler avec soin les misères d'un corps qtii se dissout, et taiie le récit de vos iufirmilés, votre présence bieulôl lui devient importune, et ses dégoûts et ses rebuts vous disent assez que, comme un esclave désormais inutile, il est temps pour vous d'c-tUer dévorer à l'écart vos ennuis et le regret d'avoir sacrifié pour un ingrat vos plus belles années. Amateur du monde que la foi tune vient tout-à-coup accabler de revers , n'allez pas le troubler en lui racontant vos malheurs, il donnera d'abord par ostentation quelques larmes à l'histoire de vos infortunes, mais il se hâtera bientôt de les oublier au milieu de ses plaisirs, et se dérobera désormais par la fuite à vos plaintes éternelles sur les rigueurs du sort. Esclave du monde, que la maladie a étendu sur le lit de la douleur, ne l'appelez point pour être le témoin et le consolateur de vos souffrances. Yaiuement cherche riez-vous à l'attendrir, vainement lui diiiez-vous, comme Job autrefois : Ayez pitié de moi,

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ayez piiié de moi, vous au moins, mes amis, car la main du Seigneur m'a fiappé. Le monde accourait avec joie quand vous l'appeliez à vos fêtes j mais il fuit les maisons des larmes et du deuil , et vous devenez son ennemi quand vous devenez malheureux.

Le monde est pour le Chréilen un ennemi irréconciliable I rien ne peut le fléchir, ni la candeur et l'innocence de la jeunesse : c'est contre elle qu'il prépare ses plus cruelles armes ; ni les soucis importants de l'âge mur : il arrache sans pilié un père aux iniéréis de sa famille , une mère aux soins domestiques et à l'éducalion de ses enfants; et la dégradation des noms les plus illustres, et la ruine des maisons les plus opulentes, sont les jeux les plus ordinaires de sa malignité; ni le déclin des ans , etle front vénérable de la vieillesse; le monde triomphe insolemment de l'avilissement des vieillards, qu'il traîne encore enchaînés à son char ; et ce contraste révoltant entre la gravité de leur visage et la licence de leurs discours, entre leurs cheveux blancs et leur corruption effrontée , devient pour le monde un trophée de plus qui atteste sou déplorable pouvoir. Et n'espérez point faire

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lin pacieaveclui, ni pouvoir acheter la paix au prix, de quelques sacrifices} n'espérez pas calmer sa haine en consentant à céder sur quelques points, et vous promettant sur les autres une généreuse résistance. Un malheureux qui , pressé par sa misère, arrache au voyageur sa fortune, lui laisse du moins les véteraeuts et la vie. L'ennemi le plus forcené, s'il voit couler le sang de son ennemi, s«mt sa fureur s'amortir, et oublie toute sa haine. Mais le monde, c'est peu pour 1 ui d'enlever à votre âme les dons les plus précieux, s'il ne l'avilit par un entier dépouillement. C'est peu pour lui de blesser votre àme ; la mort de cette âme infortunée, sa mort éternelle , voilà ce que le monde demande , voilà ce qu'il faut pour assouvir la rage de cet implacable ennemi. N'accusez donc plus notre rigueur, vous qui voudriez nous rendre complices de votre perle, et nous arracher des décisions qui pussent calmer vos remords, quand vous commencez à prêter une oreille imprudente à la voix trompeuse du monde, et à porter un pas encore mal assuré dans la rouie de la perdition. Ne vous plaignez plus de nous, si nous ne voulons approuver ni vos ro-

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mans, ni vos danses volupiueuses, ni vos chansons efféminées, ni ie crime, enfin, si souvent excusé, de vos immodestes atours. En vous interdisant ces lâches condescendances aux criminels usages du monde, que vous voudriez vainement justifier, nous prévenons des foiblesses plus criminelles encore, et peut-être, quoi qu'en puisse dire votre inexpérience présomptueuse, et peutêtre les plus déplorables égarements.

Mais celte haine du monde pour un Chrétien n'a rien qui doive nous suprendre, quand notre divin maître a pris soin de nous présenter dans son propre exemple un sujet d'encouragement et de joie. Si le monde vous hait, nous dit-il, sachez qu'il m'a haï moi-même le premier. Si muiuius vos odit, scitote quia nie prioreni vohis odio habidt. Car le monde n'est pas seulement l'ennemi du Chrétien , il est encore l'ennemi de Jésus-Christ lui-même.

Le monde fait la guerre à la gloire de Jésus-Christ, qui l'importune, à ses maximes qui le révoltent, à sa croix elle-même qui, pour le monde, est un objet d'horreur.

Le monde, mes Frères, n'épargne rien

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pour enlever à Jcsiis-Clirist la gloire dont l'environncnL les hommages de ses nombreux adoralcurs. Quelquefois il emploie la force ouverte, poursuit les amis de Jésus avec fureur, les charge de chaînes, dresse d'innombrables échafaud«, s'épuise à invenler pour eux les plus cruels supplices, essayant d'effacei' dans le sang des disciples le nom du maître et son odieux souvenir; niais plus souvent , c'est par les mépris , les dérisions et les opprobres, qu'il s'efforce d'éloigner de Jésus-Christ ceux que la voix de la grâce et de vertueux penchants avoient appelé sous ses étendards. Appartenir à Jésus-Christ est un crime impardonnable aux yeux du monde ; respecter ses oracles , une méprisable crédulité j suivre fidèlement ses lois, une puérile foiblesse. Paroissez sans crainte au milieu du monde, vous qui brûlant des flammes honteuses de la volupté, suivez, sans ménagement comme sans remords les plus honteuses passions^ paroissez : si vous savez plaire au monde par l'élégance de vos manières et la grâce de vos discours, il vous pardonneia vos c'Kcès, et saura trouver pour vos débordements le nom d'excr. sables foibi esses. Pa-

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roissez dans le monde avec assurance, père de famille, Indigne de ce nom, vous dont le luxe et les folles profusions consument la fortune honorable que vous teniez de vos ancêtres! Paroissez : le monde, en attendant, votre chute inévitable, profitera de vos prodigalités , et se rira des pleurs de votre femme et de la ruine prochaine de vos enfants. Montrez-vous vous-même le front levé, montrez-vous au milieu du monde, vous dont l'opulence est un scandale et dont la fortune a été cimentée par le sang et par des larmes j montrez-vous avec votre faste , votre luxe et votre arrogance : le monde admirera le noble usage que vous faites de vos biens, et absoudra vos injustices. Mais gardez-vous de paraître dans le monde , humble disciple de Jésus-Christ , ou préparez-vous à être couvert de mépris et abreuvé d'amertume. Les vices de ses partisans obtiennent grâce devant ses yeux ^ il a pour vos moindres écarts d'inexorables arrêts î il jette sur leurs crimes le voile de l'indulgence , il trouvera pour vos vertus de perfides explications. Etes-vous jeune, vous n'avez pas encore dépouillé les préjugés de l'enfance; éies-vons sur le déclin de l'âge , vous abandonnez prudemment un monde

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