‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 4 sur 57 · SUR LA GRANDEUR DESSAIMS · texte numérisé non relu

SUR LA GRANDEUR DESSAIMS

DEUXIÈME POI>ÎT.

Que l'hérésie ait rejette des pratiques qui imporlunoient les passions et des dogmes qui pesoient à la foiblesse, et que, refusant de croire aux excès de la miséricorde d'un Dieu et au mystère le plus touchant de son amour, elle ait renversé les tribunaux de réconciliation et chassé Jésus- Christdenos tabernacles: ce sont des fureurs que je déplore, et que m'expliquent toutefois l'orgueil de l'homme et sa corruption lamentable 5 mais qu'elle ose dégrader les amis de Dieu , calomnier leur fidélité, ou se rire de leur puissance, et qu'oubliant les conseils mêmes de la raison, elle aille jusqu'à outrager l'Eglise qui les offre à notre vénération, et encourage pour eux nos hommages , il faut y reconnoître , Chrétiens, cette profondeur d'aveuglement, où l'erreur va s'eufonçant chaque jour quand elle aune fois brisé le joug salutaire de la foi et de l'obéissance. La Religion, au reste, se met peu en peine de ces soulèvements, et se plaît à reconnoître dans les Saints la véritable grandeur. Les Saints sont grands, en effet, aux yeux de la Religion, lorsqu'elle considère

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retendue de leur pouvoir, l'éclat de leurs vertus , l'intrépidité de leur courage.

Quelle puissance , en effet , la Religion découvre dans ces élus de Dieu , désormais irrévocablement fixés dans son amour, et les éternels objets de ses complaisances et de ses faveurs ! Sur la terre, le partage des Saints étoit l'obscurité et l'humble dépendance sous laquelle les courboit ou la haine ou l'orgueil ; dans le Ciel , Dieu les revêt de splendeur et de gloire , leur communique son autorisé suprême et les place sur un trône , inébranlable comme le sien. Regnahunt cum illo. Sur la terre , les Sainis furent traînés tantôt devant le tribunal de levirs persécuteurs , et tantôt devant le tribunal des mondains , pour expier le crime de leur fidélité à l'Evangile, au milieu des tourments, ou du moins, des mépris 5 dans le Ciel , le souverain juge leur confie le soin de peser dans la balance les crimes de la terre, et ils doivent, comme lui, voir un jour les nations à leurs pieds attendre en tremblant leur sentence. Judicahunt nationes. Sur la terre, les peuples soulevés s'armèrent contre les Saints , comme ils s'étoient armés contre Jésus- Christ lui-même j mais ainsi que ce Dieu

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sauveur , ils foulent mainienant leurs ennemis vaincus et partagent avec lui l'empire de l'univers , dojninahuntar populis.

Mais ce pouvoir, Chrétiens, si glorieux pour les Saints, et qui nous découvre en eux tant de grandeur, ne nous laisse pas sans alarmes 5 s'il excite dans notre âme l'admiration, il y porte aussi l'épouvante. Que notre cœur se repose bien plus doucement quand nous contemplons dans les Saints un usage plus consolant, et pour parler ainsi, plus fraternel de leur puissance 5 quelle joie de considérer dans les Saints les amis de Dieu, qui sont aussi les nôtres 5 des passagers arrivés au port qui nous suivent de l'œil , et nous montrent la route au mlfieu des orages; des favoris dti Roi des rois qui ne puisent si librement dans ses trésors que pour répandre sur nous d'abondantes largesses; des intercesseurs pleins de zèle qui jamais ne se lassent de parler pour nous, et ne parlent jamais en vain; des ministres du Tout-Puissant qui profitent de sa confiance et de sa faveur , pour écarter les fléaux qui nous menacent, humilier nos persécuteurs, terrasser nos ennemis , nous sauver de l'indigence , nous délivrer de la maladie, quelquefois nous

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arracher des bras mêmes de la mort.

Que je plains ceux de nos frères que séparent de l'Eglise leurs coupables et tristes erreurs, de vouloir enlever aux Saints leur pouvoir, et à nous, notre confiance! Yous craignez pour l'autorité de Dieu ? quoi ! Dieu ne reste-t-il pas toujours l'arbitre souverain des grâces et des bienfaits ? Les Saints ne sont pour nous auprès de lui que d'humbles suppliants; mais l'efficacité de leurs supplications leur vaut les privilèges de la toute puissance. Omnipotentia supplex. Vous craignez d'outrager les mérites de Jésus-Christ, de dégrader l'honneur de sa médiation ? Mais qui jamais connut une autre source de tous les biens? Quel Chrétien, dans l'ordre de la nature, comme dans l'ordre de la Grâce, plaça jamais en un autre que l'Homme- Dieu toute son espérance? Mais les Saints furent ici-bas ses amis , dans le Ciel ne pounont-ils rien pour nous siu^ son cœur? Mais les Saints furent ici-bas pour lui de fidèles et intrépides soldats; dans le Ciel, feront-ils vainement parler en notre faveur le souvenir de leurs épreuves , de leurs combats et leur mort ? Yous craignez les excès de la superstition ? quoi ! lorsque les Saints

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