‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 41 sur 57 · SUR LA NÉCESSITÉ DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

SUR LA NÉCESSITÉ DU TRAVAIL

Quand je parle, MM., des prélvesdésceuvi-és , je ne prétends pas désij^ner ici ces hommes qui, niinlslres de l'Eglise aux jours «le sa prospérité, Font indignement délaissée dans son infortune , ont échangé sans retour le vêlement de leur gloire contre les livrées du siècle, que le monde rencontre sans cesse mêlés à ses affaires, à ses intrigues, à ses ])laisirs, et qui, soit qu'ils se cachent dans d^is professions obscures, soit qu'ils affrontent l'opinion en se jetant au milieu de nos orages politiques, et montant sur le iliéàtre de l'ambition et de l'orgueil, non seulement laissent la religion sans protection et sans défense, mais lui font partager encore leur opprobre , puisqu'ils livrent chaque jour aux dérisions et aux mépris l'ineffaçable souvenir du caractère augusledoni elle les a jadis revêtus : je parle d'un prêtre qui jamais à la vérité ne mit en oubli ses premiers sermons et respecta toujours l'incomparabledigniiéque lui conféra l'Eglise, qui paye chaque jour au Seigneiir le tribut d'une indispensable prière, monte chaque jour à l'autel, mais qui, content de donner à l'Eglise ces preuves rapides et faciles de sa fidélité , croit y trouver un litre pour se livrer à un indigne repos ou consumer ses journées dans les empresse-

menlseï les solliciludes d'une profane et stérile aciivité. Or, un tel prêtre, quellequesoit d'ailleurs la régularité de sa conduite, la sat;esse de ses principes, la modération de ses désirs, la prudence de ses discours, doit trenibler pour son salul éternel, s'il pense sérieusement à la matière que fournira un jour au jugement de Dieu son seul désœuvrement.

Car ce désœuvrement le rend un juste objet de douleur pour la religion, de mépris pour les mondains, de scandale pour lesjidèles, d'indignation pour ses frères.

Quelle douleur, MM. , pour la religion au milieu des ruines dont elle est entourée, des ravages que font chaque jour dans son héritage l'indifférence ou l'impiété, des perles nouvelles qu'elle déplore chaque jour, des espérances que chaque jour elle voit s'éteindre, quand ses regaids rencontrent, parmi les ministres qui doivent lui servir de soutien, des hommi s qui, pour se livrer sans remords à leuroisiveté, ferment l'oreille aux cris de sa détresse et le cœur à ses plus louchantes invilaiions. Que peut se promettre la religion d'un prêtre de ce caractère pour relever ses ruines et réparer ses malheurs? Quel secours peut-elle en attendre et

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à quoi faut-il l'adresser ? La religion le deslinera à évangéliser les campagnes j mais au lieu de ranimer son zèle à la vue de ces hommes qui, en échange de leurs denrées, ne rapporlenl de nos cilés qu'une corruption brutale etunesiupide impiété, ce pasieur am'i de son repos cherchera, dans l'excès même des maux qu'il doit guérir, un prétexte à son désœuvrement; il dira que sou troupeau est frappé d'une plaie incurable et ne cherchera pas à discerner les brebis languissantes , mais dociles, qui n'attendent qu'une main charitable pour découvrir leurs blessures et y laisser appliquer le remède; il dira qu'on repousse son zèle, qu'on dédaigne ses empressemenis, et il se renfermera dans sa demeure pour y languir solitaire , étranger à son troupeau et connaissant à peine quelques-unes de ses brebis. Il dira qu'il est au milieu d'un peuple ignorant et sauvage, et il ne tente rien pour adoucir cette férocité, pour dissiper cette ignorance. Il redoute les assujétissemenls d'une aclive et ingénieuse charité; il ne visite point des hommes dont par cette preuve de bonté il s'atiacheroit le cœur ; s'il les rencontre sur son passage, ce sont des inconnus à qui, au lieu d'un langage; bienvcillani et paternel,

DANS UN PRÊTRE. a8l

il n'adresse qu'une froide salutation^ sans jamais aller les entretenir ni de leurs affaires pour pouvoir leur parler quelquefois de la seule importante , ni de leurs travaux pour leur apprenrde à ne pas en perdre le fruit, ni de leurs chagrins pour leur montrer le seul remède qui peut les gidoucir. Il est vrai qu'aux jours consacrés au Seigneur il leur fait enleudre sa voix ; mais quelles leçons pour ce malheureux peuple, et quel remède pour son ignorance! Tantôt ce seront les ve'rités les plus touchantes de la religion sur lesquelles il a écrit à la hâte quelques réflexions communes et glacées par sa langueur et son indifférence. Tantôt ce sont les vérités les plus suhlimes sur lesquelles il n'a pas trouvé le loisir de méditer et qu'il travestit et déshonore par son langage familier et ses expressions triviales. T-rop souvent ce sont des discours sans intérêt et sans onction qu'il emprunte à des auteurs obscurs et dont il charge sa mémoire, au lieu de préparer par un utile et honorable travail des leçons intelligibles pour son peuple et adaptées à ses besoins.

Mais quelle douleur surtout pour la religion, si c'est dans les villes qu'elle applique aux saintes fonctions du ministère un

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