SUR LA NÉCESSITÉ DU TUAVAIL
prêire inaclif et désœuvré. Il ei>L vrai qu'il remplira peut-êlre ses devoirs extérieurs avec une fidélité servile dont son intérêt tout seul lui fait après tout une loi j mais il ne connaîl d'empressement que quand il s'agit d'accomplir à la hâte ses oLlii^alions les plus sacrées. A peine est-il délivré des assujéiissemenis qu'elles lui imposent qu'il se précipite hors de la maison de Dieu pour aller chercher dans les innombrables distractions que piésente une grande ville un aliment à son oisiveté j c'est lui que vous rencontrerez traînant son inutilité dans nos rues et nos places publiques , grossissant la foule que rassemble autour des objets les plus frivoles un puérile intérêt, et surtout fidèle à tous les rendez- vous que les réjouissances publiques ou les cérémonies d'appareil assignent si souvent à la curiosité. Yoilà les affaires importantes , les graves intérêts pour lesquels il s'acquitte de ses obligations les plus saintes avec tant de précipitation et peut-être d'iuipaiience. Yoilà la véritable cause de l'accueil froid et repoussant qu'il réserve à un pénitent qui va le retenir quelques instans dans le sacré tribunal, de i'huxneur chagrine qu'il témoigne même avant de monter au saint-autel, si des obstacles
imprévus ou lacliariié pour ses fi ères exigent de lui le plus léger relardj eufindesses visites si rares chez les pauvres, de ses exhortations si courtes chez les malades, de son indifférence, de son dégoût et peuL-êlre de son horreur pour les mourants.
Hélas! MM., lorsquejadis durant les jours de sa paix et de son opulence, la religion poursuivait de ses menaces les prêtres désœuvrés , alors qu'elle leur reprochait avec tant d'amertume de consumer dans l'inaction et la mollesse des biens qu'elle ne leur donnait que poiu' épargner à leur zèle la distraction des sollicitudes temporelles, ou environner leur ministère d'un juste et pieux éclat : les ministres objets de ses plaintes pouvaient étouffer lecri du remords, et trouver je ne sais quelle excuse dans l'état florissant et la prospérité de la vigne du Seigneur , qu'entretenaient par leurs travaux infatigables d'innombrables ouvriers répandus de toute paris sur le champ du père de famille, et travaillant nuit et jour à assurer sa fécondité par leurs fatigues et leurs sueurs; mais aujourd'hui la religion^qui a vu égorger dans ses bras, ses ministres Içs plus savaus et les plus renommés, et qui n'a plus pour partage que l'avilissement et l'indigence, au-
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jovird'IiLiila religion fait eoiendre conlre le désœuvrement d'un préire, descris plus perçants et de plus redoutables accusations. Ce n'est plus son inutilité, sa mollesse, sa lâcheté qu'elle lui reproche, c'est son ingratitude, son injustice , sa barbarie. Son ingratitude: n'est-ce pas à la religion qu'un prêtre doit son savoir, sa considération, sa gloire, son existence peut-être, et il voit ses maux sans en être attendri, ses plaies sans y porter remède, ses travaux sans la soutenir, ses ennemis sans la défendre. Son injustice: sans doute, IVlM.,leministred'un Dieu pauvre ne trouve dans la pauvreté rien qui puisse l'a-, vilirj toutefois, le prêtre désœuvré ne doiv point oublier que l'aumône qu'il demande^ chaque jour et reçoit à la face de tous, est le salaire d'un travail auquel il ne peut se refuser sans une criante injustice. Sa barbarie : le prêtre désœuvré est un homme à part, qui se sépare de ses frères et refuse de, s'associer à leurs peines et à leurs travaux; quand tous les autres veillent, il s'endort dans un lâche repos ; quand tout est dans l'agitationautour de lui il demeure seulimmobilej c'est son désœuvrement qui réunit et accumule sur quelques ministres pleins de zèle de si pesants fardeaux. C'est son désœu-
vrement qu'il faut accuser, si des hommes blanchis dans le saint minislère et courbés sous le poids des ans, sont contraints de porter encore le poids du jour et de la chaleur, quand leur zèle depuis long-temps devrait être payé du moins par une honorable indépendance^ c'est son désœuvrement qu'il faut accuser, si de jeunes ministres à peine sortis de l'école sacerdotale, se voient assaillis tout- à-coup par des sollicitudes sans nombre, succombent sous le faix de tant de travaux réunis, ou traînent désormais une vie languissante, ne pouvant plus offrir à l'église que leurs regrets, un 7-èle impuissant qui les consume , et des vertus dont ils recueillent seuls le fruiij voilà, dans les prêtres, les suites du désœuvrement : quelle barbarie !
Aussi lorsque des fidèles qui s'intéressent à la gloire de la Religion , qui pleurent sur ses désastres , qui compatissent à ses douleurs, voient des prêtres oublier de si chers ijitérêtsdans une coupable indifférence, ei croupir daYis une indigna oisiveté : quelle douleur el quel scandale! Car si les ministres laborieux dont un prêtre désœuvré refuse de partager les peines et de seconder le zèle, étaient lesseuls témoins de salAcîie inaction, ils ^terniraient sur son aveuglement, mais
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renfermeraient dans le secret cette honte du sanctuaire. Dieu seul serait le confident de leur confusion et de leur amertume, à la vue d'un prêtre qui ne remplit ses devoirs sacrés qu'avec une révoltante précipitation, ne paraîtau pied des aulels qu'autantqu'onypaye sa présence, ou qui, s'il faut qu'à son tour il prenne la maison de Dieu sous sa garde, consume cette longue journée non dans des lectures utiles ou des prières plus fréquentes, mais dans le dégovit et l'assoupissement , ou dans des entretiens frivoles avec des hommes qui ne sont là que pour recevoir ses ordres et dont, pour charnier son ennui, il devient alors le familier et presque l'égal. Mais, hélas! ce n'est pas dans l'enceinte du sanctuaire que sera renfermé ce triste secret; les fidèles n'auront que trop souvent roccaslon de rencontrer le prêtre désœuvré dans leurs salles d'assemblées ou dans leurs réunions profanes et de gémir sur l'inutilité de sa vie , la frivolité de ses goùls , la vanité de ses occupations. C'est lui qi>e l'on voit îissidu dans tous les cercles où se rassemblent les oisifs, fidèle à tous leurs rendezvous , convive de tous leurs repas. Il est prêt toutes les fois qu'il s'agit d'aller oublier aux champs le fracas de la ville; on compte sur
lui s'il faut égayerune fêle. Surloul c'est lui que l'on appelle autour d'une table de jeu , nonpours'y livrerun momeulàune distraction innocente , mais pour prolonger bien avantdans lanuitun plaisir qu'il doit payer du sacrifice de son temps, de sa fortune, cl tropsouventdesasantéj que doit penser le fidèle quand il voit les journées s'écouler ainsi pour un prêtre qui sait que le temps ne nous est donné que pour acheter l'éternité, et qui du moins par ses exemples devroit sans cesse redire à ses frères comme autrefois l'apôtre: Faisons le bien tant que nous avons encore le loisir : diim tempusliahemu operemujhonum . Mais il est un désœuvrement non moins scandaleux dans un prêtre, et plus incurable peut-être : c'est celui qui se cache sous les dehors même de l'activité j oui l'on voit quelquefois des ministres de la religion à qui tous les intérêts sont chers, hors ceux de la religion ; même la gloire de Dieu, le salut des âmes, les maux de l'église, ses consolations et ses espérances , tous ces objets si chers aux veux d'un bon prêtre, le» laissent froids et insensibles. Mais les sollicitudes du siècle,lessvstèmesde la politique, les spéculations de la fortune, quelquefois les* détails les plus obscurs et les iutérêis
a88 sun la nécessité do travail.
les plus grossiers, un établissement qu'ils s'engagent à ménager, un procès qu'ils se chargent de poursuivre, des entreprises dont ils veulent assuier le succès; voilà les soins qui enflamment leur ardeur, remplissent leurs journées , ne leur laissent point de repos; mais est-il un empressement plus vain, un travail plus stérile, ou plutôt pour un prêtre, pourcei homme de Dieu dont la conversation doit être dans le ciel, qui ne doit travailler, ne vivre, ne respirerque poursoutenir la religion, étendre sa gloire, instruire ses enfants, terrasser ses ennemis, toutes ces agitations et ces sollicitudes louchant des intérêts périssables, n'offrent- elles pas aux fidèles qui en sont les témoins le scandale d'un lâche désceuvrement ?
Et toutefois ces mêmes hommes, contents de donner la première heure de leur journée aux obligations les plus indispensables de leur état et d'en respecter peut-être les plus rigoureuses bienséances, étouffent le cri de la conscience et s'endorment dans une sécurité déplorable en se confiant dans une fidélité si commode et dans ce qu'ils appellent leur régularité. Leur régularité : arrêtons-nous à ces honorables dehors et n'examinons pas avec trop de soin quel est le
nANS UN PRKTKK, ■28<)
rare privilège qui les soustrait aux fragilités et aux **,hutes dont l'Esprit-Saint menace les hommes désœuvrés. Omne malum docuit otiositas. Mais est-on régulier lorque, eonent d'avoir lempli quelques pratiques failles dont l'opinion publique compose ellemême la loi , on contredit d'ailleurs dans toute sa «onduiie les règles de l'Evangile, les règles de l'Eglise, et s'il faut le dire, les règles même de l'honneur. On est la lumière du monde et on étouffe dans les téuèbres le flambeau qui devait les dissiper. On est le sel d<; la lerre et on laisse l'innocence se corroiu|>re et la piété s'affadir. Le champ de l'Eglise est couvert de ronces et on ne veut pas le défricher ; on voit jaunir la moisson du père de famille et on refuse de le seconder; et au milieu de celle lâche indifférence, de cesinexcusables illusions, de tous ces vains prétextes , on est peu à peu conduit au pied du tribunal de celui qui prononcera contre l'arbre stérile un si juste jflsais SI terrible arrêt.
!Vou, Messieurs, nous ne sommes plus à uous. iVon esds uestri. Nous avons consacré à Dieu notre cœur, notre intelligence ; nos forces, notre santé, uotre vie elle-même, tout lui appartient ei nous n'avons plus rien que
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Tiiovis puissionsdonner aux imérèts terreslres^ ,iux homievir.s du siècle ci uioinseucoreàses plaisirs. lîeuienx les jeunes niiinslres qui iiietteut le premier pas dai>s la carrière saoerdolale, de yoir s'ouvrir devant eux de Ioniques ann<;es qu'ils pourront consacrer sans réserve au soutien de la religion, à la i^loire jle leur maître, à l'instruction de l'ignoranccy au soutien de la faiblesse, à la consolation del'infortuneetau saku de tous! Pour ncflis. Messieurs, anciens du sanctuaire, rïn\\<, dont les cheveux blanchissent et qui sentons nos forces s'affaiblir cliaqvu! jour, nous consacrerons à Dieu les dcJ)ns d'une santé chancelante et les restes d(? nos talens. lielujuiœ cogltatioiils dieni j'estuina gent tlbi.Heu reux aussi de pouvoir lui offrir encore ces faibles témoignages de notre amour! Heureux de pouvoir comme la lampe du sanctuaire nous consumer et nous éteindre pour lui!