‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 46 sur 57 · SEÎITIMENT DE LA DIGNITÉ SACERDOTALE · texte numérisé non relu

SEÎITIMENT DE LA DIGNITÉ SACERDOTALE

leur grave modestie, et ne leur permet que ^dans l'exercice de leurs fondions augustes les recherches et les profusions d'une sainte magnificence. Toutefois , si elle refuse à leur élévation les soutiens extérieurs, elle veut qu'ils n'en soient que plus vigilants à la maintenir et à la défendre. Elle veut que le souvenir de leur dignité leur donne, au milieu des hommes irréligieux , de leurs dédains et de leurs outrages, une sainte fierté et une généreuse indépendance j au milieu des hommes vulgaires, une noble gravité et une prudente circonspection; enfin au milieu des puissants dn siècle, une réserve qui les savive d'une coupable condescendance et d'un honteux avilissement.

En un mot , un prêtre doit conserver le sentiment de sa dignité avec les impies, avec le peuple, avec les grands.

Je ne veux point, Messieurs , considérer ici le prêire livré aux nobles et saintes fonctions dont la religion lui a commis l'emploi, ni craindre qu'il ne descende et ne se dégrade, quand tout, dans le ministère qu'il remplit , le rappelle à sa grandeur. Non, s'il chante les louanges de Dieu, il ne voudra point, par une légèreté scanda-

leuse , alarmer la coDscience des peuples et déshonorer le ùire de leur médialeur j s'il monte au saint autel , son niainden respectueux et son profond recueillement imprimeront dans tous les cœurs une terreur salutaire; s'il va s'asseoir au tribunal sacré, ses yeux baissés, son front serein, sa démarche modeste diront que c'est un ange de paix chargé de réconcilier la terre avec le ciel, et de faire entendre aux affligés le langage de la consolation, aux pécheurs celui de la miséricorde.

Mais s'il quitte la maison du Seigneur, et que, guidé par son zèle pour les âmes ou sa charité pour le malheur , il scvoie contraint de pénétrerdaus cesdemeures d'oùla crainte de Dieu est bannie , où l'on ne connaît la religion que pour la blasphémer, ses dogmes que pour leur faire outrage , ses fêtes enfin et son culte que pour les couvrir de dérisions et de mépris , de quelle constance n'aura-t-il pas besoin et à quelles épreuves sa dignité ne doit-elle pas s'attendre! Tantôt il y rencontrera des hommes ennemis de cette religion dont il est le ministre, armés contre le sacerdoce do préjugés et de défiances, et dont la vue de son vêtement seul excite le dédain ou enflamme la haine j

^DE L\ DtGNI'ÇÉ SACERnOTALE. SaS

il faudra qu'il subisse l'aniertume de leurs railleries, la fier lé de leurs réponses, l'insolence de leurs regards; c'est quelquefois à leur tribunal qu'il se verra contraint de plaider la cause de la relij^ion elle-méuie, de réclamer contre son oppression, d'en exposer le dénùment et la détresse , de solliciter quelque allégement à ses malheurs. Toutefois daus cette abjection apparente sa noblesse ne l'abandonnera point . il se courbe, sans se plaindre, sous une humiliation dont il connoît le véritable auteur; il adore en secret une justice qui ne frappe jamais plus sévèrement les peuples que quand elle livre ht reliîiion et ses ministres à l'avilissement. Mais en s'humiliant ainsi devant Dieu , il ne perd devant les hommes rien de sa dignité. Il ne répond pas aux dédains par le dépit et par l'aigreur, ni moins encore par les emportemens à la hauteur et à l'arrogance; mais la noblesse de son maintien, la sérénité de son front, la modération et la fermeté de son langage, tout montre qu'il sait qu'il est des opprobres que les leçons et les exemples de son maître» ont depuis long-temps ennoblis, que l'honneur a dans son cœur nu asile d'où les dérisions et les outrages des hommes ne

SaG SENTIMENT

sauroîent l'arracher, et qu'enfin la honte n'est pas à subir le mépris , mais à le mériter. Du moins n'exigez pas de lui que jamais l'impiété en crédit le voie grossir la foule de SCS adulateurs , qu'il aille en attendre un sourire, en solliciter un regard, qu'il compte au nombre de ses jours glorieux ceux où elle lui permet de s'asseoir à sa table. Non, jamais un prêtre, pénétré du sen* liment de sa dignité, ne se montrera jaloux d'une parciflè gloire. Que pour l'intérêt de la religion, pour le salut des âmes , pour le triomphe de la justice, pour le soulagement de l'infortune, il lui faille assiéger les avenues du crédit et de la puissance, consumer de longues journées en démarches et en sollicitations, affronter les mépris, essuyer les rebuts, il pourra, prèsderimpiélé même, se condamner à de tels sacrifices : car les vues célestes qui le guident , les intérêts qui l'animent, le relèvent et l'ennoblissent dans celte apparente humiliation. Mais s'il ne s'agit plus que de lui, de son élévation, de sa fortune, il s'éloigne et va chercher dans sa chère solitude et dans les humbles fonctions de son ministère une obscuritéi. qui sert de rempart et de sauve-garde à sa dignité.

DE LA DIGNITÉ SACERDOTALE. Saj

Toiilefois , Messieurs, même loin de ces hommes Irrélijjieux, de leur aversion cl de leurs dédains , en ne vivant qu'au milieu des enfants de la foi qui vénèrent le ministère saint dont il est revêtu, qui recourent à sa puissance , qui écoulent ses leçons, ou du moins qui n'ont pas entièrement effacé de leur «feur les traditions honorables que leurs Pères letir ont transmises, et en qui survivent encore, après tant d'excès et de fureur, quoique amour pour la religion, quelque obéissance à ses lois, qvielque respect pour ses ministres, même avec les chrétiens, le prêtre a besoin de veiller sur sa dignité et de l'entourer constamment d'une sage circonspection et de justes réserves.

Le prêtre est redevable à tous. L'habile et l'ignorant, l'homme caché dans une condition obscure, et celui qu'environne l'éclat des dignités et des honneurs, le pauvre habitant d'une chaumière, le somptueux habitant d'un palais , tous ont un droit égal à l'intérêt de son cœur, aux sacrifices de sonzèle; il est le serviteur de tous, omnium me seivum feci. Mais si c'est de saint Paul qu'il a reçu l'exemple de ces généreux sentiments et de ce noble langage, c'est aussi de

ce grand apôtre qu'il apprend à se montrer vénérable aux yeux dos grands et des petits, et à mainienir toujours l'honneur et la dignité de son divin ministère. Ministerium meum hoiior\p.caho»

Sans doute. Messieurs, ceux que la Providence a placés dans des rangs vulgaires, doivent trouver près de nous des égards et de la bienveillance 5 s'ils sont pauvres, la pauvreté les ennoblit à nos yeux ; s'ils gémissent sous un travail pénible, nous devons à leurs fatigues une tendre commisération 5 s'ils contient aux spéculations du commerce l'espoir de leur fortune, nous devons accompagner leur probité industrieuse de nos bénédictions et de nos vœux. Mais quelque justes que soient les démonstrations de notre intérêt, elles doivent être réglées par une prudente circonspection et une sage retenue. Que ne pas craindre en effet pour la dignité d'un prêtre qui, oubliant le rang honorable où le sacerdoce l'a fait monter, va chercher, parmi des hommes séparés de lui par leurs intérêts, leurs goûts et leur langage , ses familiers et ses amis! Croyez- vous qu'il y conserve longtemps cette réserve dans le maintien, cette sagesse dans les discours , ce respect pour

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