‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 47 sur 57 · DE LA. DIGKIÏÉ SACERDOTALE · texte numérisé non relu

DE LA. DIGKIÏÉ SACERDOTALE

lui-même que lui coramaudeut l'honneur du sacerdoce et la conscience de sa propre grandeur ? Commenl l'espérer quand tout y conspire à lui ravir ce goût des bienséances, celle politesse aimable, cette délicatesse de seniinicnls, cette élévation de pensées dont à l'école du sanctuaire, les avis de ses maîtres vénérables , les exemples de ses jeunes amis, les conseils de la piéié elle-même luidonnèrenl jadis la leçouetlui inspirèrent le goût ? S'il consent à se mêler à ces conversations iute<|innables , dont le moindre péril pour lui est l'abseuce de tout intérêt et une fastidieuse uuiformité, que de vaines considérations, que de détails méprisables, que d'anecdotes scandalauses! Est-ce lui qui rappellera l'entretien à des sujets plus graves, à des vériiés plus utiles, quand la familiarité à laquelle il consent à descendre le dépouille de toute autorité et le force peut-être à garder un honteux silence au miliei^ des objections les plus futiles contre la religion, ou des plus grossières dérisions contre ses ministres ? SM faut qu'il les entende discuter sur leurs intérêts temporels, sur le produit de leurs domaines, sur les spéculations de leur négoce, sur les succès de leurs industries ; s'il faut qu'il soit le

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confident de leurs projets, de leurs craintes, de leurs espérances, quelles basses inclinations, quelle avidité honteuse, quel amour de l'or et quelle idolâtrie, et peut-être quel oubli des premières lois de la justice, de l'honneur, de la délicatesse! Est-ce lui qui fera parler la probité, qui réveillera la conscience, qui dira que les trésors ne servent de rien, et que la justice seule délivre de la mort , que la cupidité est la source de tous les maux, et qu'enfin il ne sert de rien à l'homme de gagner le nnHïide entier, s'il vient à perdre son âme, lui qui en se confondant avec ces hommes attachés à la terre, devient grossier et terrestre comme eux, et ne se souvient dos choses du ciel que lorsqu'il est dans la maison de Dieu, et qu'un devoir inévitable et peut-être un triste intérêt lui en rappellent le langage ?

S'il s'asseoit avec eux, et surtout s'il se mêle aux nombreux convives que rassemble autour d'une table somptueuse une fête de famille ou quelque joyeux souvenir, quel bruyant éclat, quelle agitation et quel tumulte, quelles provocations à l'intempérance , quelle honteuse rivalité, et peutêtre quelles méprisables équivoques, quels odieux bons mots , et dans d'indignes cou-

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plets, quel oubli de toute réserve et de toute pudeur ! Est-ce lui dont le front sévère et la sainte auiorilc saura calmer cette ardeur, captiver cette pétulance, imprimer à celte audace effrontée le respect et la pudeur j ou du moins est-ce lui qui , s'arrachant soudainement à ces coupables joies, réclamera, par sa fuite, contre ce mépris public des premières lois de la bienséance et de l'honneur ? Non , Messieurs , n'uttendez point ce courage d'un prêtre qui, familiarisé depuis si long-temps avec des hommes ignorants ou sans culture, s'est accoutumé à voir leur grossièreté sans dégoût, leurs foiblesscs sans scandale, leurs vices sans douleur, et compte pour rien l'avilissement de sa dignité, pourvu que l'on vante la facilité de son humeur et l'indulgence de son caractère.

Sans doute. Messieurs, ce n'est pas à nous qu'il convient d'être orgueilleux et fiers : nous trouvons des leçons trop pressantes d'humilité dans l'Evangile dont nous sommes les ministres, dans les exemples de notre adorable Maître, dans la vue de notre appauvrissement et de notre détresse. Mais, puisque Dieu nous a choisis pour être les dépositaires de ses oracles, les interprètes

de sa loi, l'inlërél même des peuples, vers lesquels il nous envoie, exigeque nous conservions à notre dignité son éclat pour assurer à ses décrets une plus prompte et plus facile obéissance j il faut que , comme d'autres Moïses, le peuple ne nous voie que de loin, et que si nous abandonnons un moment nos retraites et descendons de nos hauteurs, que ce soit, non pour nous mêler à ses inlélèls profanes, ni moins encore pour prendre part à ses frivoles satisfactions, mais pour lui parler de Dieu, pour tonner contre ses vices, encourager ses vertus. Sans doute, quand saint Paul exige avec empire que les fidèles considèrent dans les apôtres les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs de ses mystères , il n'a pas oublié ni leur humble origine, ni leurs barques , ni leurs filets. Sic nos existiniet Jiomo ut ministros Christi et dispensatores mysteriorum DeL

Mais c'est surtout au milieu du monde, parmi les grands et les riches du siècle qu'un prêtre a besoin de conserver le sentiment de sa dignité. Commençons par reconnoître , Messieurs, qu'il est même au milieudu monde,de vrais enfants delà foiqui, ne connaissant de vrais biens que les biens invisibles.

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d'espérances solides que les espérances immortelles, environnent de leurs respects le divin sacerdoce, d'où découlent les seules grâces et les seuls trésors auxquels ils attachent du prix , et qui font gloire d'honorer dans le prêtre le Dieu dont il est ici-has le représentant et le ministre j dans un tel monde ne craignons pas pour la dignité du prêtre, craignons plutôt pour son détachement et son humilité.

Mais je parle ici d'un monde qui, enfoncé dans les intérêts périssables , n'estime que ce qui nourrit l'orgueil , satisfait la cupidité ou enchante les sens, d'un monde qui, ne connaissant ni pensées graves, ni goûts sérieux, ni réflexions profondes, se laisse amollir par la volupté, entraîner par la coutume, étourdir par la frivolité, d'un monde enfin qui peut-être instruit par nos longs malheurs, n'insulte plus à la religion par ses discours, mais l'outrage plus vivement par son oubli et son dédaigneux silencej ne blasphème plus ses mystères , mais transgresse sans pudeur ses plus saintes loisj n'outrage plus ses ministres, les introduit même quelquefois dans ses cercles , mais leur fait payer par une assiduité servile ou une basse complaisance sa toléranceou sou accueil, Or,

Messieurs, dans un lel, monde, quel danger pour un prêtre d'y perdre bientôt le sentiment de sa dignité! Et comment ne pas craindre pour lui , lorsque ses goûts , sa condescendance, safoiblesse peut-être le conduisent au milieu des enfants du siècle pour s'occuper de leurs intérêts , partager leurs sollicitudes , payer à leurs convenances un tribut inévitable^ ou même chercher dans leur entretien et leur commerce ce qu'il appelle une distraction innocente et un nécessaire délassement?

Je ne veux pas ici refuser d'ajouter foi au langage si ordinaire avix prêtres engagés dans les sociétés du monde. Je suppose avec eux qu'un prêtre s'y voit toujours entouré de considérations et d'égards, que jamais son habit et ses fonctions n'y sont exposés aux railleries et aux sarcasmes, qu'on n'en est point venu avec lui à cette familiarité commode qui le laisse entrer sans qu'on y pense et sortir sans être aperçu, qui lui a pour toujours assigne la place du dernier convive, comme inévitablement la sienne, enfin qui ne le désigne plus que par un nom vénérable , sans doute , puisqu'il est propre à son état , mais devenu pour lui, par une application facile ou dédaigneuse, un titre

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