‹ Œuvres de M. Borderies, évêque de VersaillesChapitre 48 sur 57 · DE LA DIGN1T3B SACERDOTALE · texte numérisé non relu

DE LA DIGN1T3B SACERDOTALE

VD]gaire sans importance et sans honneur. Mais pour qu'un prêtre sente sa dignité compromise, est-il besoin de cette indifférence affectée, de ces rebuts publics, de ces témoignages indubitables de mépris ? Non, Messieurs, et Ces humiliations extérieures qu'on lui épargne souvent, peut-être, et qu'aprèd tout on pourrait excuser, en les attribuant à la légèreté , à la distraction, au caprice , ces humiliations ne sont pas celles que je redoute le plus pour lui; mais la dégradation que je crains est celle dont il sera lui-même le complice, ou plutôt qu'on ne pourra imputer qu'à lui seul. Vous le verrez , au lieu d'entourer sa dignité de circonspection et de sagesse , l'avilir par ses airs dissipés et ses dégoûts frivoles , la traîner au miheu des intrigues des mondains, lui faire parler leur langage^ adopter leurs maximes, vanter peut-être leurs coupables plaisirs. Est-ce un prêtre, et reconnaissezvous sa dignité sous cet habit léger dont les formes enipnintées à l'élégance de la mode effacent si bien du sacerdoce tout soupçon et tout souvenir? A peine entre-t-il dans le cercle où il est depuis long-temps attendu , qu'il s'annonce par sa démarche assurée , son ton ferme , ses vives saillies ,

réclalbruyantdesa gaielé^ c'est luiqu*onattend pourranimer une conversation près de s*éteiiidre, par ses traits nialins,ses anecdotes et ses bons mots; c'est lui qui complète et anime par sa présence ces jeux et ces amusements équivoques que la gravité dédaigne et dont s'alarme la pudeur, du qui prend place familièrement et sans s'étonner à côté de l'immodestie étalant sans contrainte les plus coupables atours. Il s'intéresse aux progrès du luxe, vante les recherches de la mollesse. Il a lu et juge tous ces livres qu'enfante chaque jour parmi nous la corruption ou la malice. Le théâtre lui-même ne lui est pas étranger; il en parle avec intérêt, pèse les auteurs et leurs vils instruments dans la balance, et fixe gravement entre eux les places et les rangs.

Quelle honte pour un prêtre de se laisser entraîner a ces lâches condescendances , et pour défendre sa dignité de ne pas puiser dans sa foi une force que les enfants du siècle trouvent si souvent dans leur seule raison! quel crime de flétrir lui-même , dans le sacerdoce de Jésus-Christ, la gloire la plus éclatante et les privilèges les plus hauts auxquels l'homme ici-bas puisse prétendre!

Au reste les mondains eux-mêmes, pour

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qui ce prèlre léi^er et frivole se dépouille de sa gloire el semble déchirer ses litres de noblesse, le paient de tous ses sacrifices par de secrets mépris. Est-ce lui pour qui les cœurs s'ouvrent à la confiance ? Est-ce lui dont on veut, dans des occasions graves, interroger la prudence et suivre les conseils f Mais surtout est-ce près de Inique le malheur veut trouver sa consolation, la foiblesse son soutien, le repentir son espérance? Non, il oublie qu'il est prêtre , et les mondain» l'oublient à leur tour j ils l'appeloient pour être le compagnon de leurs plaisirs , le convive de leurs festins et l'âme de leurs fêtesf mais s'il s'agit de réflécbir et de délibérer, on l'exclut comme un homme sans conséquence, dont il faut, dans des affaires sérieuses, écarter la dissipation et la frivolité. Gardons notre dignité, Messieurs^ si nous nous ne consentons à nous en dépouiller nous-mêmes, nul ne pourra nous la ravir. Lespassionsetl'impiétéontvainement'essaxré contre elle leurs artifices et leurs fureurs. Nous l'avons conservée plus belle , plus brillante au milieu des outrages, des proscriptions , de l'indigence et des menaces de la mort. La guerre l'a resj)ectée; défendonsla contre les dangers de la paix : que le sen-

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